Présences le magazine de la cci de Grenoble
Dossier
143 Février 2002
Le magazine économique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Grenoble
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Ce dossier réalisé par la Chambre régionale de commerce et d'industrie, est diffusé par les magazines : Informations économiques, Saint-Etienne-Montbrison (20 000 ex.) - Infos CCI, Haute-Savoie (28 000 ex.) - L'économie Drômoise (16 000 ex.) - Liaison, Ardèche Méridionale (6 300 ex.) - Nord-Isère économie (13 000 ex.) - Partenaires Savoie (23 000 ex.) - Présences, Grenoble (40 000 exemplaires) - Roanne éco (10 000 ex.). Photos : Thierry Beguin (Roanne), Pierre Borasci (Grenoble), Box & Fred (Lyon), Jean-Claude Crépet (Saint-Médard-en-Forez), Gilles Piele (Meythet), Studio Alligator (Aubenas) - Tous droits réservés. Contact : Elisabeth Ballery. Tél. 04 76 28 28 66.


Mobilisation pour la transmission

Etape décisive de la vie d'une entreprise, la transmission recouvre à la fois des aspects psychologiques, patrimoniaux, sociaux, juridiques, financiers et fiscaux. C'est pourquoi réussir une transmission peut nécessiter cinq à dix années de préparation. Ses enjeux sont, en outre, déterminants pour le maintien de l'emploi et l'aménagement du territoire.
Des dirigeants rhônalpins évoquent leur expérience de cédant ou de repreneur.

Par Fabienne Combier.


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Selon les données de l'Association des Chambres françaises de commerce et d'industrie, 450 000 entreprises de tous secteurs changeront de mains dans les dix prochaines années, dont plus de la moitié en raison du départ à la retraite du dirigeant. Plus précisément, une étude nationale réalisée par l'Observatoire de la petite entreprise révèle qu'un chef d'entreprise sur trois compte transmettre sa société dans les cinq prochaines années. Soit 120 000 projets de transmission chaque année en France pour les seules TPE et le commerce. La préoccupation est donc majeure, car la réussite - ou bien l'échec - de ce passage de relais aura des répercussions directes sur l'activité économique locale, sur l'emploi et, plus globalement, un impact en terme d'aménagement du territoire pour des zones géographiques déjà fragilisées. Dans le Diois (Drôme), par exemple, une étude réalisée par la CCI de la Drôme montre que 20 % des entreprises sont en quête d'un repreneur.

 

Bernard Périllat, Buro 2000, multiplie les démarches pour trouver un repreneur à sa société de fournitures de bureau et de loisirs créatifs.

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En jeu : la survie d'une entreprise.
Une question d'autant plus préoccupante qu'en 2000, la banque de développement des PME constatait un taux de défaillance multiplié par deux pour les sociétés reprises par rapport aux autres sociétés. Les trois premières années qui suivent la reprise sont considérées comme les plus sensibles et s'avèrent décisives pour la survie de l'activité. Selon la Société française de garantie des financements des PME, 30 % des transmissions échouent dans les sept ans, et plus de 20 % dans les cinq premières années. Plusieurs raisons expliquent ces échecs : manque d'information, d'anticipation, de préparation, du côté du cédant ; précipitation, sous-estimation des difficultés d'une cession, mauvaise organisation du passage de relais qui peut se traduire par une démotivation du personnel, une démobilisation ou un changement de clients et de fournisseurs, du côté du repreneur. "Une affaire reste souvent liée à la personnalité et au savoir-faire du cédant. Quand celui-ci s'en va, les clients et fournisseurs ont tendance à partir aussi", confie Georges Ancel, ancien responsable du service Conseils aux entreprises au sein de la CCI de la Drôme et expert de la transmission reconnu au niveau régional.
La cession devrait, en réalité, faire partie intégrante de la stratégie du dirigeant. "Toute entreprise a vocation à être transmise, renchérit pour sa part Philippe Polge, qui a repris, en 1997, la Compagnie d'Ancône, fabrique de calissons de la Drôme. Mais il faut qu'elle soit saine, juridiquement et financièrement, pour être vendable facilement et à tout moment." Une transmission bien gérée et bien anticipée peut aussi être à la source d'un second départ pour une activité qui se situait à la limite de la rentabilité. "Une société qui vivote peut très bien fonctionner suite à un changement de direction", confirme Georges Ancel. Des reprises réussies après liquidation judiciaire ou dépôt de bilan en sont la preuve.

Par exemple, à Porte-les-Valence, Pavailler BVP, société de fabrication d'équipements pour la boulangerie-pâtisserie, fondée en 1946, a connu plusieurs rachats au cours de ces 20 dernières années. En 1997, le PDG de la Financière de la Motte, Patrick Blaise, reprend une société en difficulté financière. Deux ans plus tard, une réorganisation du capital est réalisée, avec création d'une holding, Patrick Blaise restant l'actionnaire majoritaire. Le groupe, qui s'est depuis largement agrandi par croissance externe, a aujourd'hui atteint une renommée mondiale dans sa spécialité. Partie d'un chiffre d'affaires de 15,2 ME pour 102 salariés en 1997, Pavailler a réalisé 39,8 ME de chiffre d'affaires en 2000 avec une cinquantaine de salariés supplémentaires. "Inversement, une re-prise mal étudiée ou une transmission mal organisée peut déboucher sur un dépôt de bilan, prévient Me Thierry Druenne, avocat au barreau de Saint-Etienne. Il y a un risque à apprécier aussi bien du côté du cédant que du repreneur. Pour bien évaluer ce risque, les deux parties doivent s'entourer d'un maximum d'acteurs, car chacun a son expertise : agent immobilier, expert-comptable, avocat, banquier, assureur et huissier de justice. La transmission est une addition de spécialistes."

 

"Une société ne doit pas mourir avec le départ de son dirigeant", alerte Georges Ancel, spécialiste de la transmission d'entreprise.


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Une réelle prise de conscience.
En tant qu'interlocutrices privilégiées des entreprises, les Chambres de commerce et d'industrie sensibilisent les dirigeants et les accompagnent au moment décisif de la transmission. "Une entreprise ne doit pas mourir avec le départ de son dirigeant, relève Georges Ancel. Tout doit être fait pour pérenniser une activité. Il appartient aux CCI d'informer, de conseiller et d'accompagner les cédants et futurs repreneurs dans leurs démarches, et de se préoccuper de la transmission de toutes les entreprises situées sur leur territoire." Ainsi, en Haute-Savoie, un service d'aide et de sensibilisation des dirigeants, placé sous la responsabilité de Doriane Stark, sera opérationnel à la fin du premier semestre 2002. Même objectif et même échéance à Saint-Etienne : "Nous devons détecter les chefs d'entreprises concernés, les sensibiliser et les orienter vers les professionnels correspondants à leur problématique", explique Anne Damon, directrice du développement économique de la CCI. A Valence, la Chambre consulaire met en place un service d'accompagnement à la transmission. Le Centre des cédants et repreneurs d'affaires (CRA), association couvrant les départements de la Drôme et de l'Ardèche, au sein duquel œuvre Georges Ancel, poursuit ce même objectif de mise en relation des cédants et repreneurs. C'est également la mission du Club des créateurs repreneurs d'entreprises des Alpes (CCREA) qui siège à la CCI
de Grenoble. "Le repreneur reste souvent isolé, explique Nathalie Maisonniac du CCREA. Nous comptons 65 adhérents, en majorité des repreneurs, issus de l'industrie ou des services aux industries, sur toute la région Rhône-Alpes. Ils se réunissent régulièrement pour échanger des contacts, des conseils ou des méthodes de travail. Les repreneurs trouvent ici un parrain qui les accompagne dans leurs démarches. Et le CCREA peut leur accorder un prêt d'honneur allant jusqu'à 15 200 E environ."
A la demande de dirigeants, les CCI ont aussi développé une formation au "métier" de chefs d'entreprise. En France, depuis 1987, huit écoles des managers ont ainsi été créées. La formation dure 55 jours, répartis sur un an. Elle permet aux futurs repreneurs d'acquérir des connaissances indispensables à la gestion de PME-PMI. Ouverte en 1989, l'école d'Annecy a déjà accueilli une centaine de managers. Seule condition : le candidat doit faire partie de l'entreprise. "C'est un concept de "formation-action" basée sur l'alternance," précise son responsable, Michel Franet. Souvent, il s'agit d'une affaire de famille.
Arnaud Béranger est entré à l'école des managers en 1999 en vue de reprendre la société de son père, Moulages Plastiques du Léman. Issu d'une formation purement technique, il souhaitait acquérir des compétences en "gestion globale" d'entreprise (finances, ressources humaines, communication...). Cette école lui a permis de s'immerger dans les différents soucis de gestion auxquels est confronté un dirigeant. "Pour moi, la reprise s'effectuera progressivement, raconte-t-il, jusqu'à ma prise de fonction, d'ici deux ans."


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Les commerces en première ligne. Les activités de commerce et de services aux particuliers sont les premières concernées par les transmissions. Sur plus de 43 000 reprises d'activités en 1999, 83 % étaient constituées par des fonds de commerce (source : Livre blanc sur la transmission, décembre 2000). Les études réalisées par la CCI de la Drôme alertent sur la question des transmissions de commerce. En effet, 77 % des entreprises à transmettre sont des commerces de détail. Une autre étude, effectuée auprès de 35 communes du Val-de-Drôme, révèle que 36 % des dirigeants ont plus de 50 ans et que près de la moitié des affaires à transmettre sont issues du secteur du commerce... A Grenoble, le dispositif transmission de commerce a été fortement réactivé depuis septembre dernier. Une réunion d'information mensuelle permet aux commerçants de connaître les étapes à franchir pour céder son fonds de commerce. "Les cédants peuvent bénéficier d'un accompagnement personnalisé, être conseillés par des professionnels, experts-comptables, agents immobiliers, notaires et autres spécialistes", expliquent Isabelle Cornillet et Gérard Lollini, en charge du dispositif. "Mais attention, nous n'avons pas pour intention de nous substituer aux experts déjà existants ! La chambre donne simplement son avis." Même mise en garde à Valence, où Georges Ancel précise : "Il ne s'agit pas de prendre la place des professionnels ! Pour évaluer une affaire, trouver des repreneurs, nous travaillons en étroite collaboration avec un bureau d'intermédiation, le cabinet Ancrage, qui s'est spécialisé, depuis deux ans, dans l'étude des petits dossiers de transmission, représentant un chiffre d'affaires inférieur à 458 000 E."
Contrairement aux commerces, les entreprises industrielles se montrent beaucoup plus réticentes à évoquer la question de la transmission. "Il existe dans l'industrie un caractère plus confidentiel", précise Isabel Marouard, responsable de l'Espace Entreprendre à la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble. "Plus de 50 % des cessions industrielles ou de services se font sans aucune intervention extérieure", poursuit-elle. Pour les grandes entreprises, la transmission ne se pose pas dans les mêmes termes. Le successeur est bien souvent choisi en interne, ou bien le groupe décide de modifier la structure de son capital. Récemment, Roche et Bobois, le spécialiste du meuble d'origine lyonnaise, a par exemple ouvert son capital social, moyen pour les fondateurs actionnaires d'assurer la pérennité et développement du groupe.
Devant les enjeux suscités par la transmission, le manque d'anticipation de certains cédants ou la difficulté pour trouver un repreneur, le gouvernement réfléchit aujourd'hui à la mise en place de mesures financières, fiscales et sociales afin de faciliter cette étape de la vie de l'entreprise. Un livre blanc mettant en avant dix priorités sur ce sujet a été remis, en décembre 2000, à François Patriat, secrétaire d'Etat aux PME, au Commerce et à l'Artisanat. Il préconise notamment de créer un statut du repreneur, d'améliorer sa protection sociale, de simplifier les procédures et démarches administratives, de favoriser l'accès à l'information et à la formation en créant une cartographie de l'offre et de la demande, de créer des financements spécifiques ou de réorienter certaines formes d'épargne vers les projets de reprise…
Faciliter la transmission permettrait sans nul doute une meilleure anticipation pour des dirigeants qui attendent parfois le dernier moment pour se poser la véritable question de la pérennité de leur entreprise.


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Les règles d'or de la transmission.


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