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Février 2004





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Dossier : STRATEGIE
Par Richard Gonzalez


>> Des outils pour bien gérer la force commerciale

Aux avant-postes de la croissance de l'entreprise, les commerciaux sont aussi les premiers éléments touchés en cas de turbulences ou de concurrence exacerbée. La vulnérabilité des vendeurs est aussi forte que leur implication sur le terrain. Leur motivation reste pourtant essentielle à la bonne marche de l'activité.

Comment alors encourager leurs efforts ?

Témoignages :
- Go Sport soutient l'effort de ses équipes.
- Royal SA roule vers l'uniformisation européenne.
- Dufieux Industrie construit sa force avec les agents commerciaux.
- La Samse s'est bâtie sur les vertus du dialogue.
- Opsys se livre à la rémunération collective.
- Dix erreurs à ne pas commettre en management commercial.


On assiste aujourd'hui à une évolution tangible du management commercial. Et le métier de la direction commerciale évolue plus vite que celui du métier de vendeur. Si tout a été dit et écrit sur les techniques de vente, le manager commercial doit rester particulièrement attentif au niveau de l'accompagnement des vendeurs. La vigilance doit porter notamment sur la préparation des entretiens, l'organisation en vue de l'accroissement de l'activité, les moyens de production, la négociation des marges et leur façon de rendre compte aussi bien de leurs échecs que de leurs réussites.

"Nous militons pour que le management donne de la V.U.E. (Visibilité, utilité, envie) à ses collaborateurs", insiste Jean-Pierre Martin, directeur d'Appui.com, cabinet de formation commerciale à Grenoble. Donner de la V.U.E ? C'est, selon une théorie chère à certains cabinets, donner de la Visibilité, expliquer où l'on va et le chemin choisi. C'est ensuite faire comprendre l'Utilité des actions entreprises, comment les mener et avec quels moyens. Pour finalement donner Envie au vendeur de s'impliquer. "Le temps du "y'a qu'à, faut qu'on" est révolu", martèle Jacques Garcin. Les entreprises ont donc intérêt à investir sur l'accompagnement des vendeurs sur le terrain. Si l'entreprise compte des commerciaux juniors, ceux-ci attendent particulièrement d'être tutorés, et pas seulement au moment où il ne reste qu'à signer le contrat. "Au travers de cette attente, il y a ici un formidable levier de management en utilisant la compétence terrain des seniors", complète Jean-Marie Boulé, chercheur-enseignant des négociations commerciales et du management des ventes à Grenoble Ecole de Management. L'entreprise a beaucoup à y gagner car les anciens de l'entreprise se trouvent alors valorisés et parfois aussi remotivés. Elle prépare aussi son avenir en favorisant la transmission de l'information.



"Diriger une éq
uipe commerciale, c'est en permanence se situer en management collectif et individuel", met en garde
Jean-Pierre Martin,

directeur d'Appui.com.

Accompagner ses vendeurs. Dans la vente, un grand principe s'applique et s'appliquera toujours : la préparation, c'est 90 % de la réussite. Faciliter la tâche des commerciaux, c'est donc être un manager vigilant sur la qualité de la préparation. Dans ce domaine, l'emploi des technologies de l'information allège le travail en amont et en aval de l'acte de vente. "Un agenda électronique partagé, un micro portable et l'usage d'Internet et de l'intranet pour les comptes-rendus d'activité deviennent autant d'éléments qui participent à la réussite du commercial", insiste Jean-Pierre Martin. C'est d'autant plus vrai dans une période d'activité ralentie ou sur un marché difficile, lorsque le vendeur doit concentrer tous ses efforts sur la signature des contrats. C'est aussi dans ces moments-là qu'on se penchera sur la révision des plans de tournée, de manière à optimiser les temps de trajets. "Mais surtout ne rien faire qui puisse entraver sa liberté, alerte Jacques Garcin, directeur du cabinet RG Consultants. Le marquer à la culotte à travers la multiplication des reportings et des réunions risque de le démotiver. D'où la nécessité d'alléger ces tâches au maximum, voire de déléguer." Un commercial passerait aujourd'hui 40 % de son temps en moyenne à faire de l'administratif. "On lui demande de fournir une masse d'informations trop lourde, qui ne sera d'ailleurs même pas exploitée convenablement. On a pensé que ces tableaux de bords étaient un moyen de bien les contrôler. Erreur ! Ils sont toujours plus fastidieux à remplir. Il est impératif de laisser aux commerciaux une marge d'initiative et de leur redonner confiance", insiste Jacques Garcin. D'autant que ces tableaux inextricables alourdissent le travail des chefs de ventes, quand il faudrait qu'ils accompagnent plus souvent le représentant sur le terrain. Car libérer le vendeur des contraintes ne signifie pas l'isoler. "Au contraire, explique Jean-Pierre Martin, passer du temps avec eux, entretenir et prolonger des conversations, même informelles, les aide à évacuer le stress, et même à faire jaillir des idées nouvelles.".

Des commerciaux bien intégrés. Quand le moral n'y est plus, que faire ? Il est certain que la motivation ne se décrète pas. "Il est difficile de motiver l'autre malgré lui, comme il est impossible d'imposer le bonheur", concède Jean-Pierre Martin. Il est pourtant une constante chez les vendeurs : ils aiment être aimés. "Chasser toute attitude qui consiste à laisser croire que les commerciaux sont ceux qui n'ont pas réussi à faire autre chose. Nous avons un demi-siècle d'écart avec les Etats-Unis, où le commercial est choyé, valorisé, considéré comme la pièce maîtresse de l'entreprise", résume Jacques Garcin. Comme tout collaborateur, un commercial doit se sentir partie intégrante de la stratégie commerciale de son entreprise. Les aider à mieux contrer l'adversité, c'est d'abord préserver leur motivation, et en même temps les impliquer dans l'entreprise. "Le danger est de les isoler du reste du corps de l'entreprise. Ils doivent percevoir que l'entreprise tout entière est consciente de la difficulté qu'ils vivent.


"Le temps du "y'a qu'à, faut qu'on" est révolu", affirme Jacques Garcin.

Ce qui n'empêche pas qu'il faille continuer à exiger beaucoup d'eux", estime Jean-Marie Boulé. Dernière ficelle pour que le commercial se sente concerné par la vie de son entreprise : réunir régulièrement l'équipe autour d'un intervenant d'un autre service, du marketing à la qualité en passant par l'informatique. Certes, la plupart de ces recettes exigent des managers une bonne dose de diplomatie, de résistance au stress et d'optimisme. "En tous cas, compter les boulons est l'attitude à proscrire. Ces réunions où seuls les objectifs quantitatifs sont assénés assomment le vendeur", insiste Jacques Garcin.

 

Des managers à responsabiliser. Un directeur crédible et respecté, montrant charisme, tact et audace, a aussi plus de chances de remotiver ses troupes. "Qu'il garde en mémoire que diriger une équipe commerciale, c'est en permanence se situer en management collectif et individuel", met en garde Jean-Pierre Martin. D'où l'importance des managers suivis par des cabinets spécialisés. C'est à ce niveau-là que le coaching est préconisé : "L'accompagnement régulier de la personne, pendant deux à trois mois, doit lui permettre d'apprendre notamment à gérer son stress et à réagir à bon escient face aux conflits", explique Jacques Garcin. "Dans les périodes difficiles, le manager doit, plus que d'ordinaire, développer des qualités de communicant, pédagogue, consistance, courage et détermination", poursuit Jean-Marie Boulé. Le manager a tout intérêt à adopter des attitudes et des comportements spécifiques, mais aussi à laisser parler sa créativité et affûter sa batterie de petits trucs. Pourquoi pas en s'appuyant sur la théorie des 4 I. "Les quatre I, c'est Intéresser, au double sens du terme, mental et financier, Innover, pour éviter l'ennui et la routine, Impliquer et s'impliquer, enfin Incarner, avec charisme et exemplarité", assène Jean-Pierre Martin. Dans ces moments-là, un nouveau type de reporting intelligent peut être lancé : celui qui offrirait à la fois une meilleure visibilité des performances, une reconnaissance de l'effort, une valorisation de l'action commerciale et l'aide aux commerciaux en difficulté. "Et puis surtout, entretenir une relation authentique et sincère avec eux : pas de double discours, qui risque de décrédibiliser le management. Ce point d'inflexion doit être l'occasion de réfléchir à l'amélioration de l'efficacité des vendeurs, mais aussi à penser à de nouveaux canaux de distribution ou à de nouvelles relations avec les clients.

Rémunération : l'équilibre entre stimulation et protection. Quant à la politique de rémunération, "rien n'est plus cher dans une entreprise qu'un vendeur bon marché". Le paradoxe apparent de la formule souligne toute l'ambiguïté du management commercial. Pour beaucoup de dirigeants, le vendeur doit être payé en fonction de ses résultats de vente. Si cette information paraît évidente, la difficulté consiste à arbitrer entre le fixe et la partie variable dès le départ. Par la suite, une période de difficulté ne doit pas remettre en cause l'équilibre acquis. "On ne peut pas prendre le risque de changer un modèle de rémunération et d'aller le calquer sur une autre entreprise : la part variable reste déterminée par la rareté du profil recherché, son expérience, la complexité ou la ligne des produits à vendre, les obligations contenues dans les conventions collectives et la culture de la société", souligne Jean-Pierre Martin. Quelles que soient les bourrasques, les commissions sur les résultats restent indispensables pour éperonner le vendeur. Même fonction pour les bonus sur les objectifs. "Les objectifs demeurent des outils managériaux valables, tant que les gens ont une probabilité suffisante de les atteindre. Attention aux chiffres irréalistes qui peuvent être contre-productifs et témoigner d'une mauvaise visibilité du dirigeant", alerte Jean- Marie Boulé, qui propose l'instauration de bonus dès lors que les objectifs sont atteints. Objectifs au semestre, voire au trimestre, pour éviter de courir en fin d'année et achever d'épuiser les vendeurs. L'instauration d'objectifs progressifs, que l'on peut nommer (par exemple, l'objectif 2 CV, l'objectif Ferrari, etc.), aide aussi à dégripper les moteurs. Et cette pratique est préférable à la réévaluation à la baisse des objectifs principaux, facilement interprétée comme un signal de démission de l'entreprise. .

Préserver l'esprit de corps. La rémunération collective, soit l'intéressement sur les résultats globaux de l'entreprise, reste difficile à gérer quand les temps sont durs. "Si elles forment une part importante du revenu, les primes contaminent l'ensemble de la population concernée en cas de baisse soudaine de l'activité commerciale, et dégradent l'ambiance", insiste Jean-Marie Boulé. L'organisation globale de l'entreprise et notamment l'équilibre de l'ensemble de la chaîne commerciale (marketing, service après-vente, logistique.) doit être préservée en toutes circonstances. Il en va de la survie de l'indispensable "hygiène relationnelle", vantée par les sociologues d'entreprise. Verser une partie de la rémunération variable à l'ensemble d'une équipe permet pourtant de préserver un esprit de corps. "La réalisation personnelle du commercial ne doit pas se départir de l'envie de gagner ensemble", abonde Jean-Pierre Martin. Comment alors consolider une équipe en évitant la pénalisation financière ? La réponse est peut-être dans l'introduction du qualitatif dans la rémunération.De plus en plus de managers s'accordent à dire que les seuls critères chiffrés de performances ne peuvent plus suffire, surtout quand la satisfaction des clients devient prépondérante.


"Dans les périodes difficiles,
le manager doit, plus que d'ordinaire, développer des qualités de communicant, pédagogue, consistance, courage et détermination", explique Jean-Marie Boulé.

"C'est la culture du résultat global de l'entreprise qu'il faut savoir insuffler à ses commerciaux. On peut alors mettre en place un système de récompense à critères multiples, sur la qualité des prévisions du vendeur par exemple", suggère Jean-Marie Boulé. Et puis on ne se laisse pas abattre. Même en temps de crise, des challenges et des concours permettent de galvaniser les équipes. Le côté festif de la compétition remet du baume au cour et insuffle une énergie nouvelle à la communauté commerciale de l'entreprise. A condition de bien préparer ces challenges : "Prévoir que tout le monde puisse gagner, ou du moins que les chances de chacun soient préservées", recommande Jean-Marie Boulé.

 
Les objectifs avant la prime. Des recherches sociologiques ont abouti récemment à une étonnante conclusion : les commerciaux cherchent moins à maximiser leurs gains qu'ils ne veulent atteindre des objectifs. Leur besoin de réalisation prime sur les ambitions financières. "D'où la nécessité d'assortir les objectifs quantitatifs d'objectifs de qualité. Certains dirigeants n'hésitent plus à transférer les objectifs de résultats vers l'effort : en nombre de prospects, en taux de renouvellement, en largeur de gamme vendue, à la vente de produits complémentaires, etc.", explique Jean-Marie Boulé.
Face à de telles vérités, le manager doit parfois avoir la modestie d'accepter de remettre à plat les méthodes. A lui alors de faire que cette crise devienne une nouvelle chance pour l'entreprise. "Les commerciaux quittent une entreprise parce qu'ils ne se sentent pas impliqués, bien plus souvent que lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur", affirme Jean-Marie Boulé. Leur offrir des perspectives de développement personnel, afin de leur faire sentir qu'ils représentent une valeur stratégique pour l'entreprise est une condition indispensable à la redynamisation de l'activité globale.
 

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