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Février 2004





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Interview

Propos recueillis par Elisabeth Ballery


>> Gérard Lanvin Lespiau, président du Medef Isère

Gérard Lanvin Lespiau, DG de Gras-Savoye Rhône-Alpes Auvergne, a succédé en janvier à Patrice Joppé, président du conseil de surveillance de la Samse, à la tête du Medef Isère.
Cette année d’élections régionales, cantonales, sénatoriales et consulaires, sera plus que jamais l’occasion pour lui de servir la cause des entrepreneurs. Portrait d’un homme combatif, mais qui, à l’image d’un sport qui l’a forgé, le rugby, est animé par l’esprit d’équipe et la recherche du consensus.

Quel style de présidence imprimerez-vous au Medef Isère ?
-Gérard Lanvin Lespiau : Je m’inscris en parfaite continuité avec l’action de mes prédécesseurs, Patrice Joppé et Gérard Mezin. Tous deux ont contribué à moderniser le Medef Isère, et à corriger en cela l’image “d’organisation de notables” que notre syndicat a trop souvent vis-à-vis de l’extérieur. Ces dirigeants d’entreprise ont transformé le Medef Isère en profondeur. Ils ont su recruter autour d’eux de nouveaux membres, issus du secteur des services (informatique, distribution, banque et assurances…), ce qui a assuré une plus large représentativité de l’organisation par rapport aux activités économiques présentes sur le département. Ils ont également su engager les membres du Medef sur le terrain. Mes prédécesseurs ont enfin instauré un système de pilotage à trois têtes pour diriger l’organisation, qui me paraît constituer un modèle d’équilibre et de collégialité. Celui-ci se compose d’un président élu pour deux ans, et dont le mandat est renouvelable une seule fois, un premier vice-président, lui-même ancien président, et en tant que tel chargé d’apporter toute son expérience, et un deuxième vice-président, appelé normalement à succéder au président en exercice. Les mandats électifs sont très courts. On ne vient donc pas au Medef pour faire carrière, mais pour servir. La présidence représente un engagement fort dans un espace de temps limité, et c’est à cette condition que le Medef Isère attire à sa tête des entrepreneurs en pleine activité, qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pendant deux ou quatre ans. C’est dans ce contexte que Gérard Mezin m’a demandé de le rejoindre et que j’ai accepté de le suivre. Il me semble qu’ainsi, le Medef Isère renvoie plutôt une bonne image de notre organisation, avec des gens complètement au fait des enjeux des entrepreneurs car totalement impliqués dans leur activité professionnelle, et en même temps animés par le désir de travailler et d’avancer en équipe.

 

Quelles sont les caractéristiques du syndicat en Isère ?
- Le Medef Isère réunit 3 500 entreprises adhérentes. Il s’agit d’un syndicat de terrain : 85 % des sociétés que nous représentons emploient moins de 50 salariés, et 60 % comptent moins de dix salariés. Le Medef Isère est en cela très représentatif du tissu économique français, qui se caractérise avant tout par le nombre de ses PME-PMI. Cette réa-lité nous situe bien loin de l’image que l’on peut se faire du Medef au niveau national, vu à travers le prisme des médias. Les entreprises ont la possibilité d’adhérer au Medef Isère directement, ou bien de le faire par le biais de leur syndicat professionnel.

 

Avez-vous vous-même participé à la “refondation sociale” lancée par le président Ernest-Antoine Seillière ?
- Toutes les idées de la “refondation sociale” partent de la base. Les adhérents sont interrogés en permanence sur les différents chantiers de la réforme. J’ai donc été amené à donner un avis, notamment à l’occasion de notre assemblée générale annuelle. Elle constitue un moment fort au cours duquel chacun peut s’exprimer. Le Medef évolue de plus en plus vers sa base, et l’on oublie souvent que son numéro deux, Guillaume Sarkozy, dirige une entreprise qui compte moins de 150 personnes. Nous sommes donc tous, au sein du Medef, concernés par la refondation. Celle-ci a vu en 2003 la signature de l’accord sur les retraites, qui a réuni les voix de quatre syndicats de salariés sur cinq. Il s’agit d’une victoire importante. L’accord permet de pérenniser et de régler le problème des retraites pour dix ans, et de résorber les déficits du régime par répartition à l’horizon de 2025. De mon côté, au cours de l’année 2003, je me suis plutôt occupé de toutes les questions relatives au logement social, dans le cadre notamment de la préparation de la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, présentée par le ministre Jean-Louis Borloo. J’ai ainsi participé à une commission nationale du Medef spécialisée sur le logement social et la refonte du 1 % logement.

 

Quelles seront vos priorités au cours de votre mandat ?
- Je tiens absolument à relayer sur le terrain l’opération nationale “Le Medef voit jeune”. A partir de 2006, plus de 250 000 actifs supplémentaires partiront chaque année à la retraite, quand, dans le même temps, il entrera seulement 150 000 jeunes sur le marché du travail. Cette réalité démographique pèsera sur la pérennité des activités existantes et sur le dynamisme de la création d’entreprise. Or, la France connaît déjà un déficit de création d’entreprise très fort. Le Medef doit contribuer à corriger cela si nous voulons que notre pays continue à créer les emplois de demain. Il nous appartiendra donc de poursuivre les interventions dans les écoles et auprès des établissements d’enseignement supérieur pour tenter de réhabiliter l’image de l’entreprise et de donner aux jeunes le goût d’entreprendre. Nous souhaitons aussi nous associer pleinement à des opérations comme les “Journées portes ouvertes” organisées par les chambres de commerce et d’industrie, qui provoquent, on l’a bien vu en région grenobloise, un fort engouement. Le public n’a plus du tout la même vision d’une entreprise après une visite. Je suis d’ailleurs assez consterné par l’image que les hommes politiques, quelle que soit leur appartenance politique, entretiennent vis-à-vis de l’entreprise. Pour sensibiliser les jeunes à la création d’entreprise, il semble que nous ne devions compter que sur nos propres forces. Je souhaite aussi que le Medef se situe aux avant-postes sur la question de la transmission des savoirs. De vraies compétences existent en France dans les entreprises, mais celles-ci sont plombées par les 35 heures, la fiscalité, les carcans réglementaires, qui brident l’initiative et toute innovation dans ce domaine. L’allongement de la durée du travail, la réforme de la formation professionnelle, et les données démographiques devraient représenter l’opportunité d’infléchir cela.

 

Voyez-vous la conjoncture s’améliorer pour les entreprises en 2004 ?
- Elle devrait déjà se révéler meilleure qu’en 2003. Mais nous estimons que certains chantiers, comme la réforme de l’Etat, tardent beaucoup trop. Dans une conjoncture comme celle que nous traversons, il faudrait que l’Etat montre l’exemple en réalisant des économies. La perspective des élections régionales et cantonales, et plus globalement, le thème de la décentralisation, nous préoccupe au même titre, car on a tendance en France à empiler les structures, et donc à cumuler les coûts, en oubliant dans le même temps de rationaliser l’existant. Or, toutes ces structures qui s’ajoutent sont extrêmement “budgétivores”. Nous essayerons à l’occasion de la campagne électorale de peser dans le débat pour infléchir ces tendances. Concernant l’attractivité de la France, une étude réalisée par le cabinet KPMG montre que notre pays conserve de multiples atouts aux yeux des investisseurs : des infrastructures de qualité, de vraies compétences, un cadre juridique clair… Ces éléments positifs n’empêchent pas des entreprises françaises de poursuivre leur mouvement de délocalisation, davantage d’ailleurs pour suivre leurs nouveaux marchés que dans une logique d’expatriation d’activités. A coté de cela, nous avons beaucoup de points qui pèsent négativement dans la balance, comme le poids de l’Etat et des dépenses publiques dans l’économie, et la fiscalité. L’Etat devrait accompagner les activités économiques, non les entraver. La seule réponse à ces difficultés doit être la réforme. Le Medef est clairement du côté de ceux qui refusent le déclin de la France. Nous sommes du côté de l’action, et sur tous les grands enjeux de société, nous souhaitons contribuer à apporter des réponses.

 

Ces objectifs passent par l’accroissement de l’audience du Medef. Que ferez-vous localement pour aller en ce sens ?
- Voilà deux ou trois ans déjà que nous augmentons régulièrement et significativement le nombre de nos adhérents. Nous devons poursuivre dans cette voie, ne serait-ce que pour ouvrir nos services à un plus grand nombre d’entreprises. Le renforcement de nos services et de notre présence sur le territoire de l’Isère passera aussi en 2004 par la construction d’une Maison des entreprises à l’Isle-d’Abeau. Il s’agit d’un projet initié par Patrice Joppé et dont je vais suivre la réalisation avec les principales branches professionnelles concernées. Le secteur du Nord-Isère a pendant longtemps été laissé en déshérence. Nous amorçons un processus de reconquête, qui doit nous permettre de peser comme une force qui compte dans les débats qui concernent ce territoire.
Même si nous partons de beaucoup moins loin en région grenobloise, nous sommes aussi déterminés à accroître notre audience pour avoir notre mot à dire sur les grands dossiers. Nous ne devons pas attendre d’être sollicités, mais au contraire nous trouver prêts à faire valoir notre point de vue, dans des rapports étayés. Je souhaiterais que la qualité du dialogue entre les instances politiques et économiques soient aussi bonnes sur l’ensemble du département qu’elles le sont dans le Pays Voironnais, où les interlocuteurs politiques et économiques ont pris l’habitude de se consulter.
Notre capacité d’influence passera en outre par la qualité de nos mandataires. Nous assumons actuellement quelque 500 mandats patronaux en Isère auprès d’instances que nous contribuons de cette façon à piloter. Nous sommes décidés à remplir pleinement notre rôle de mandataire à l’avenir, en l’exerçant avec toute l’éthique, la transparence, et le professionnalisme nécessaires. Les élections consulaires de novembre 2004 constitueront enfin une autre occasion de faire entendre notre voix. Les entrepreneurs sont par essence de tempérament assez individualiste. Ils prennent globalement trop peu de temps à défendre le point de vue des entreprises auprès du monde politique. Je sais pour ma part que j’ai deux à quatre années devant moi pour défendre ces dossiers, soit autant d’années où je serai comptable de mon action auprès de nos adhérents. Ensuite je me retirerai. Peu importe si je dois pour cela prendre des coups. Mon passé de sportif, de rugbyman notamment, m’a préparé à cela.

 
 
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