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Denis Quattrocchi, président de la CGPME Isère |
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Elu
depuis plus d’un an président de la CGPME Isère,
Denis Quattrocchi, dirigeant de la société voironnaise
Antésite, fait du renforcement des capitaux propres et de
la solidité financière des PME-PMI son cheval de bataille.
Un enjeu pour l’emploi et la compétitivité des
territoires. La CGPME Isère lancera également pour
accompagner les petites entreprises un “centre de performance
des PME” au cours du premier semestre.
Explications.
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Denis Quattrocchi, comment vont les PME-PMI en ce début d’année
2004 ?
- Denis Quattrocchi : Nous sortons d’une année
2003 qui s’est révélée médiocre
pour l’activité des entreprises. Or, le problème
majeur des PME-PMI est qu’elles ne bénéficient
pas d’une structure financière assez solide pour laisser
passer les revers de conjoncture sans effets immédiats sur
leur bilan. Les années difficiles pénalisent un peu
moins les grands groupes qui disposent de fonds propres importants
ou qui bénéficient de marges de manœuvre en
externalisant certaines fonctions, en optimisant leurs achats, voire
en délocalisant. Ces leviers, les PME-PMI n’en disposent
pas. Toutes les périodes de crise ont donc inévitablement
tendance à fragiliser structurellement ces entreprises. Je
crois que c’est comme cela que la plupart des PME-PMI ont
vécu l’année 2003. Avec ces corollaires : nous
entendons souvent dire que dans le monde d’aujourd’hui,
il n’y a plus de visibilité. Ces incertitudes, couplées
à des fondamentaux qui ne sont pas excellents, ont alimenté
en fin d’année l’angoisse des dirigeants. Toutes
les entreprises espèrent donc que la reprise se fera en 2004.
On peut penser que le niveau faible du dollar par rapport à
l’euro aura pour effet d’accélérer la
reprise aux Etats-Unis, ce qui, on le sait, aura des effets positifs
en Europe. Mais, à contrario, un dollar peu élevé
ne sert pas les entreprises européennes exportatrices dans
la zone dollar… L’avenir est donc encore très
incertain. De surcroît, la période d’échéances
électorales qui se présente m’amène à
penser qu’il faudra certainement attendre le printemps avant
que les entreprises ne se projettent dans une dynamique à
la fois plus visible et plus sereine. Cette analyse globale, qui
reflète une situation moyenne, ne doit cependant pas occulter
la très bonne santé de certaines PME-PMI.
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Quels
sont les secteurs qui réussissent mieux que les autres ?
- Ce sont moins les secteurs d’activité qui sont
en question, que des situations particulières d’entreprises,
liées sans doute aux choix de leurs dirigeants. Certaines
d’entre elles appartiennent au secteur du bâtiment,
d’autres à l’agroalimentaire ou aux secteurs
dits high-tech… Ces entreprises évoluent favorablement
parce qu’elles ont su aller à contresens de la pensée
unique. Les PME-PMI qui s’en sortent présentent en
général une vraie cohérence globale, tout en
ayant su se préserver d’une dépendance trop
importante vis-à-vis de leurs donneurs d’ordres. Et
de fait, elles ne sont pas seulement sous-traitantes. Ces entreprises
ont su conserver des savoir-faire exclusifs, ou bien des marques,
qu’elles arrivent encore à valoriser auprès
de leurs clients. Elles ont su s’écarter des seules
prestations techniques qui les rendent vulnérables, lorsqu’un
important donneur d’ordre décide par exemple de se
désengager d’une activité, ou bien de quitter
une région pour s’installer ailleurs. Car dans ce cas,
il ne faut pas l’oublier, ce sont les entreprises sous-traitantes
qui sont en première ligne.
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Mais comment résoudre cette question de la “fragilité”
des PME-PMI que vous évoquez ? Qu’est-ce qui vous semblerait
devoir être proposé ?
- Un grand chantier de l’Etat pourrait être engagé
pour réfléchir aux moyens visant à renforcer
les fonds propres et l’indépendance de ces entreprises.
Les PME-PMI, plutôt que d’aides ponctuelles, ont en
effet besoin d’une politique qui les rende structurellement
plus solides. A mon sens, l’Etat pourrait intervenir –
et la CGPME aussi d’ailleurs – pour créer des
organismes financiers et des leviers fiscaux qui soient capables
d’intervenir pour consolider les fonds propres de ces entreprises.
Nous faisons tous le constat que les outils existants ne répondent
que très partiellement à cet objectif. Et lorsqu’elle
tente de le faire, c’est en suivant des mécanismes
d’action qui ressemblent davantage à ceux des banques
classiques. Une branche professionnelle comme l’Udimec fonctionne
déjà avec une telle structure financière. Il
me paraît tout à fait intéressant d’envisager
de dupliquer cette formule, peut-être par branche.
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Cette
situation de fragilité est-elle typiquement française
?
- Ce qui me paraît tout à fait caractéristique
est d’observer comment les économies de l’Espagne
et de l’Italie, qui étaient soi-disant à la
remorque du couple franco-allemand, nous ont rattrapés. Et
même si ces pays ne nous ont pas déjà dépassés
pour le dynamisme de leurs petites entreprises. Or, pour les entreprises
italiennes ou espagnoles, l’accès au financement s’avère
beaucoup moins difficile qu’en France ou en Allemagne, et
elles ont de surcroît une fiscalité tout à fait
privilégiée lorsque leurs résultats sont réinvestis
dans l’entreprise. Cela n’est pas du tout le cas en
France, où les entreprises se trouvent lourdement imposées,
d’abord lorsqu’elles font des bénéfices,
puis une deuxième fois lorsque les dividendes sont réinvestis
dans l’entreprise. Je pense vraiment que le renforcement de
la structure financière des PME-PMI doit être une priorité,
car ce qui vaut pour les entreprises qui subissent des périodes
difficiles vaut aussi pour celles qui ont des projets de développement.
Ces entreprises peuvent en effet avoir toutes les bonnes idées
– et bien souvent elles n’en manquent pas – si
elles n’ont pas les moyens de financer leur développement.
Il ne faut donc pas s’étonner que beaucoup de PME-PMI
à potentiel se trouvent absorbées par de grands groupes…
ou que des porteurs de projets français s’installent
ailleurs pour développer leurs idées.
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Comment comptez-vous, en tant que président de la CGPME Isère,
aider les entreprises adhérentes sur ces problématiques
?
- Je souhaite avant tout que cessent les grands discours lénifiants,
pour m’attacher à apporter les réponses les
plus concrètes et les plus pragmatiques possibles aux chefs
d’entreprise. Par exemple, je crois inutile de philosopher
sur les 35 heures. Il faut bien davantage rechercher tous les moyens
de retrouver les points de rentabilité qui ont pu être
perdus dans nos entreprises avec cette législation. De même,
notre syndicat rassemble 3 500 à 4 000 PME en Isère,
représentant tous les secteurs de l’industrie, du commerce,
des services. Je tiens à cette vocation interprofessionnelle,
car il me semble qu’avant de travailler à l’étranger,
les entreprises françaises doivent d’abord rechercher
à travailler entre elles, et développer sur leur territoire
des rapports “gagnant-gagnant”. Un autre rôle
de la CGPME consiste à représenter et faire entendre
la voix des PME-PMI dans tous les lieux où l’on traite
de l’entreprise et de son avenir, c’est-à-dire
dans les chambres de commerce et d’industrie, les tribunaux
de commerce, les tribunaux des prud’hommes, les branches et
organisations territoriales. Nous avons en effet vocation à
fédérer, à rassembler les entreprises locales
autour de valeurs fortes qui placent l’homme et le dirigeant
au cœur du système, plutôt que l’organisation.
Pour nous, la définition d’une PME-PMI correspond moins
à une notion de taille, qu’à une entreprise
animée par un dirigeant responsable sur ses biens propres.
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Relayerez-vous
par ailleurs les chantiers impulsés par la CGPME au niveau
national ?
- La CGPME dispose maintenant d’un président, Jean-François
Roubaud, qui apparaît tout à fait capable d’assurer
la représentativité du cœur de la création
de richesses que représentent les PME-PMI. Le président
a ainsi défini des chantiers qui nous vont bien, comme le
renforcement des fonds propres des PME-PMI, mais aussi le développement
des échanges grands donneurs d’ordres-sous-traitants,
ou industrie-commerce. Une façon de répondre à
cette problématique peut être de promouvoir le concept
du small business act à l’américaine, qui incite
les grandes entreprises à réaliser 30 % de leurs échanges
avec les PME-PMI de leur territoire.
Par ailleurs, la CGPME travaille sur la création d’entreprise,
mais surtout la transmission, qui apparaît comme un enjeu
tout à fait considérable. Il l’est pour les
PME-PMI encore davantage que pour les groupes ou les grandes entreprises.
Pour ces structures, le capital se transmet plus facilement, seul
l’actionnaire change, alors que dans les PME-PMI, ce sont
des métiers, des savoir-faire essentiels qui partent lorsqu’un
dirigeant cesse son activité. Nous voyons la problématique
de la transmission faire actuellement des ravages dans les bassins
d’emploi. Les coûts associés à la transmission
et à la succession sont tels, que les héritiers se
voient contraints de vendre un peu n’importe comment pour
payer les droits qui lui sont rattachés. On pourrait imaginer
qu’un héritier direct bénéficie d’aménagements
fiscaux lui permettant de ne pas d’emblée plomber le
démarrage de son activité, lorsqu’il a la volonté
de reprendre une entreprise historiquement implantée.
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| Quels
autres objectifs vous fixez-vous pour votre mandat ?
- Avant d'accepter la présidence de la CGPME Isère,
j'étais juge au tribunal de commerce, ce qui m'a permis de
bien mesurer la problématique de la défaillance des
entreprises, et d'avoir une sensibilité particulière
sur ce sujet. J'ai ainsi vu passer devant le tribunal de commerce
des dirigeants qui avaient une maîtrise fantastique de leur
métier, qui travaillaient souvent 12 heures par jour, parfois
même le week-end, et dont les biens personnels allaient être
saisis... Il est à mon sens irréaliste d'exiger d'un
dirigeant de PME-PMI qu'il soit à la fois excellent dans son
métier, bon stratège, expert en gestion et en marketing,
doté de surcroît d'un sens commercial. Pour répondre
au vide dans ce domaine, la CGPME a souhaité créer au
niveau départemental un "centre de performance des PME",
développé avec Grenoble Ecole de Management. Cet outil,
lancé au cours du premier semestre, aura pour vocation d'apporter
aux patrons de PME-PMI des réponses très pragmatiques
sur la gestion et l'optimisation des ressources de l'entreprise. Je
souhaite proposer aux dirigeants un ensemble de services de formation,
d'échanges, pour nos adhérents, dans le but de délivrer
les connaissances qu'ils doivent connaître. Pour le marketing
par exemple, il ne s'agira pas de leur faire avaler tous les livres
qui font autorité, mais d'aller à l'essentiel, en peu
de temps.
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Vous regrettez que la voix des PME-PMI ne soit pas suffisamment
relayée en France…
- Par culture, et par tradition, cette voix est certainement
moins audible que celle des grandes entreprises. Mais nous avons,
toutes les organisations professionnelles réunies, à
œuvrer auprès des pouvoirs publics pour les aider à
mesurer de façon plus précise ce qu’est le monde
de l’entreprise. Lorsque nous discutons avec des élus,
ceux-ci nous disent “Mais faites de la politique !”
Si les dirigeants ne s’engagent pas, c’est bien souvent
qu’ils ne le peuvent pas. C’est un paradoxe sur lequel
il nous faut réfléchir. J’en arrive à
me demander si le Medef, la CGPME et l’UPA ne devraient pas
avoir les moyens de sélectionner et former aux affaires publiques
quelques-uns d’entre nous afin qu’ils nous représentent.
Nous avons par exemple fait le constat, avec les élus du
Pays Voironnais, que s’ils étaient compétents
pour travailler sur un plan de développement économique
du territoire, à aucun moment nous n’avions été
assez proches de cette structure pour enrichir le projet. Il est
évident que plus l’entreprise sera présente
dans ces organes de représentation, plus les entreprises
s’approprieront la représentation, et plus l’économie
y trouvera son compte !
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