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Février 2004





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Interview

Propos recueillis par Elisabeth Ballery


>> Denis Quattrocchi, président de la CGPME Isère

Elu depuis plus d’un an président de la CGPME Isère, Denis Quattrocchi, dirigeant de la société voironnaise Antésite, fait du renforcement des capitaux propres et de la solidité financière des PME-PMI son cheval de bataille. Un enjeu pour l’emploi et la compétitivité des territoires. La CGPME Isère lancera également pour accompagner les petites entreprises un “centre de performance des PME” au cours du premier semestre.

Explications.

Denis Quattrocchi, comment vont les PME-PMI en ce début d’année 2004 ?
- Denis Quattrocchi : Nous sortons d’une année 2003 qui s’est révélée médiocre pour l’activité des entreprises. Or, le problème majeur des PME-PMI est qu’elles ne bénéficient pas d’une structure financière assez solide pour laisser passer les revers de conjoncture sans effets immédiats sur leur bilan. Les années difficiles pénalisent un peu moins les grands groupes qui disposent de fonds propres importants ou qui bénéficient de marges de manœuvre en externalisant certaines fonctions, en optimisant leurs achats, voire en délocalisant. Ces leviers, les PME-PMI n’en disposent pas. Toutes les périodes de crise ont donc inévitablement tendance à fragiliser structurellement ces entreprises. Je crois que c’est comme cela que la plupart des PME-PMI ont vécu l’année 2003. Avec ces corollaires : nous entendons souvent dire que dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a plus de visibilité. Ces incertitudes, couplées à des fondamentaux qui ne sont pas excellents, ont alimenté en fin d’année l’angoisse des dirigeants. Toutes les entreprises espèrent donc que la reprise se fera en 2004. On peut penser que le niveau faible du dollar par rapport à l’euro aura pour effet d’accélérer la reprise aux Etats-Unis, ce qui, on le sait, aura des effets positifs en Europe. Mais, à contrario, un dollar peu élevé ne sert pas les entreprises européennes exportatrices dans la zone dollar… L’avenir est donc encore très incertain. De surcroît, la période d’échéances électorales qui se présente m’amène à penser qu’il faudra certainement attendre le printemps avant que les entreprises ne se projettent dans une dynamique à la fois plus visible et plus sereine. Cette analyse globale, qui reflète une situation moyenne, ne doit cependant pas occulter la très bonne santé de certaines PME-PMI.

 

Quels sont les secteurs qui réussissent mieux que les autres ?
- Ce sont moins les secteurs d’activité qui sont en question, que des situations particulières d’entreprises, liées sans doute aux choix de leurs dirigeants. Certaines d’entre elles appartiennent au secteur du bâtiment, d’autres à l’agroalimentaire ou aux secteurs dits high-tech… Ces entreprises évoluent favorablement parce qu’elles ont su aller à contresens de la pensée unique. Les PME-PMI qui s’en sortent présentent en général une vraie cohérence globale, tout en ayant su se préserver d’une dépendance trop importante vis-à-vis de leurs donneurs d’ordres. Et de fait, elles ne sont pas seulement sous-traitantes. Ces entreprises ont su conserver des savoir-faire exclusifs, ou bien des marques, qu’elles arrivent encore à valoriser auprès de leurs clients. Elles ont su s’écarter des seules prestations techniques qui les rendent vulnérables, lorsqu’un important donneur d’ordre décide par exemple de se désengager d’une activité, ou bien de quitter une région pour s’installer ailleurs. Car dans ce cas, il ne faut pas l’oublier, ce sont les entreprises sous-traitantes qui sont en première ligne.

 

Mais comment résoudre cette question de la “fragilité” des PME-PMI que vous évoquez ? Qu’est-ce qui vous semblerait devoir être proposé ?
- Un grand chantier de l’Etat pourrait être engagé pour réfléchir aux moyens visant à renforcer les fonds propres et l’indépendance de ces entreprises. Les PME-PMI, plutôt que d’aides ponctuelles, ont en effet besoin d’une politique qui les rende structurellement plus solides. A mon sens, l’Etat pourrait intervenir – et la CGPME aussi d’ailleurs – pour créer des organismes financiers et des leviers fiscaux qui soient capables d’intervenir pour consolider les fonds propres de ces entreprises. Nous faisons tous le constat que les outils existants ne répondent que très partiellement à cet objectif. Et lorsqu’elle tente de le faire, c’est en suivant des mécanismes d’action qui ressemblent davantage à ceux des banques classiques. Une branche professionnelle comme l’Udimec fonctionne déjà avec une telle structure financière. Il me paraît tout à fait intéressant d’envisager de dupliquer cette formule, peut-être par branche.

 

Cette situation de fragilité est-elle typiquement française ?
- Ce qui me paraît tout à fait caractéristique est d’observer comment les économies de l’Espagne et de l’Italie, qui étaient soi-disant à la remorque du couple franco-allemand, nous ont rattrapés. Et même si ces pays ne nous ont pas déjà dépassés pour le dynamisme de leurs petites entreprises. Or, pour les entreprises italiennes ou espagnoles, l’accès au financement s’avère beaucoup moins difficile qu’en France ou en Allemagne, et elles ont de surcroît une fiscalité tout à fait privilégiée lorsque leurs résultats sont réinvestis dans l’entreprise. Cela n’est pas du tout le cas en France, où les entreprises se trouvent lourdement imposées, d’abord lorsqu’elles font des bénéfices, puis une deuxième fois lorsque les dividendes sont réinvestis dans l’entreprise. Je pense vraiment que le renforcement de la structure financière des PME-PMI doit être une priorité, car ce qui vaut pour les entreprises qui subissent des périodes difficiles vaut aussi pour celles qui ont des projets de développement. Ces entreprises peuvent en effet avoir toutes les bonnes idées – et bien souvent elles n’en manquent pas – si elles n’ont pas les moyens de financer leur développement. Il ne faut donc pas s’étonner que beaucoup de PME-PMI à potentiel se trouvent absorbées par de grands groupes… ou que des porteurs de projets français s’installent ailleurs pour développer leurs idées.

 

Comment comptez-vous, en tant que président de la CGPME Isère, aider les entreprises adhérentes sur ces problématiques ?
- Je souhaite avant tout que cessent les grands discours lénifiants, pour m’attacher à apporter les réponses les plus concrètes et les plus pragmatiques possibles aux chefs d’entreprise. Par exemple, je crois inutile de philosopher sur les 35 heures. Il faut bien davantage rechercher tous les moyens de retrouver les points de rentabilité qui ont pu être perdus dans nos entreprises avec cette législation. De même, notre syndicat rassemble 3 500 à 4 000 PME en Isère, représentant tous les secteurs de l’industrie, du commerce, des services. Je tiens à cette vocation interprofessionnelle, car il me semble qu’avant de travailler à l’étranger, les entreprises françaises doivent d’abord rechercher à travailler entre elles, et développer sur leur territoire des rapports “gagnant-gagnant”. Un autre rôle de la CGPME consiste à représenter et faire entendre la voix des PME-PMI dans tous les lieux où l’on traite de l’entreprise et de son avenir, c’est-à-dire dans les chambres de commerce et d’industrie, les tribunaux de commerce, les tribunaux des prud’hommes, les branches et organisations territoriales. Nous avons en effet vocation à fédérer, à rassembler les entreprises locales autour de valeurs fortes qui placent l’homme et le dirigeant au cœur du système, plutôt que l’organisation. Pour nous, la définition d’une PME-PMI correspond moins à une notion de taille, qu’à une entreprise animée par un dirigeant responsable sur ses biens propres.

 

Relayerez-vous par ailleurs les chantiers impulsés par la CGPME au niveau national ?
- La CGPME dispose maintenant d’un président, Jean-François Roubaud, qui apparaît tout à fait capable d’assurer la représentativité du cœur de la création de richesses que représentent les PME-PMI. Le président a ainsi défini des chantiers qui nous vont bien, comme le renforcement des fonds propres des PME-PMI, mais aussi le développement des échanges grands donneurs d’ordres-sous-traitants, ou industrie-commerce. Une façon de répondre à cette problématique peut être de promouvoir le concept du small business act à l’américaine, qui incite les grandes entreprises à réaliser 30 % de leurs échanges avec les PME-PMI de leur territoire.
Par ailleurs, la CGPME travaille sur la création d’entreprise, mais surtout la transmission, qui apparaît comme un enjeu tout à fait considérable. Il l’est pour les PME-PMI encore davantage que pour les groupes ou les grandes entreprises. Pour ces structures, le capital se transmet plus facilement, seul l’actionnaire change, alors que dans les PME-PMI, ce sont des métiers, des savoir-faire essentiels qui partent lorsqu’un dirigeant cesse son activité. Nous voyons la problématique de la transmission faire actuellement des ravages dans les bassins d’emploi. Les coûts associés à la transmission et à la succession sont tels, que les héritiers se voient contraints de vendre un peu n’importe comment pour payer les droits qui lui sont rattachés. On pourrait imaginer qu’un héritier direct bénéficie d’aménagements fiscaux lui permettant de ne pas d’emblée plomber le démarrage de son activité, lorsqu’il a la volonté de reprendre une entreprise historiquement implantée.

 

Quels autres objectifs vous fixez-vous pour votre mandat ?
- Avant d'accepter la présidence de la CGPME Isère, j'étais juge au tribunal de commerce, ce qui m'a permis de bien mesurer la problématique de la défaillance des entreprises, et d'avoir une sensibilité particulière sur ce sujet. J'ai ainsi vu passer devant le tribunal de commerce des dirigeants qui avaient une maîtrise fantastique de leur métier, qui travaillaient souvent 12 heures par jour, parfois même le week-end, et dont les biens personnels allaient être saisis... Il est à mon sens irréaliste d'exiger d'un dirigeant de PME-PMI qu'il soit à la fois excellent dans son métier, bon stratège, expert en gestion et en marketing, doté de surcroît d'un sens commercial. Pour répondre au vide dans ce domaine, la CGPME a souhaité créer au niveau départemental un "centre de performance des PME", développé avec Grenoble Ecole de Management. Cet outil, lancé au cours du premier semestre, aura pour vocation d'apporter aux patrons de PME-PMI des réponses très pragmatiques sur la gestion et l'optimisation des ressources de l'entreprise. Je souhaite proposer aux dirigeants un ensemble de services de formation, d'échanges, pour nos adhérents, dans le but de délivrer les connaissances qu'ils doivent connaître. Pour le marketing par exemple, il ne s'agira pas de leur faire avaler tous les livres qui font autorité, mais d'aller à l'essentiel, en peu de temps.

 

Vous regrettez que la voix des PME-PMI ne soit pas suffisamment relayée en France…
- Par culture, et par tradition, cette voix est certainement moins audible que celle des grandes entreprises. Mais nous avons, toutes les organisations professionnelles réunies, à œuvrer auprès des pouvoirs publics pour les aider à mesurer de façon plus précise ce qu’est le monde de l’entreprise. Lorsque nous discutons avec des élus, ceux-ci nous disent “Mais faites de la politique !” Si les dirigeants ne s’engagent pas, c’est bien souvent qu’ils ne le peuvent pas. C’est un paradoxe sur lequel il nous faut réfléchir. J’en arrive à me demander si le Medef, la CGPME et l’UPA ne devraient pas avoir les moyens de sélectionner et former aux affaires publiques quelques-uns d’entre nous afin qu’ils nous représentent. Nous avons par exemple fait le constat, avec les élus du Pays Voironnais, que s’ils étaient compétents pour travailler sur un plan de développement économique du territoire, à aucun moment nous n’avions été assez proches de cette structure pour enrichir le projet. Il est évident que plus l’entreprise sera présente dans ces organes de représentation, plus les entreprises s’approprieront la représentation, et plus l’économie y trouvera son compte !

 
 
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