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Vous
venez d'être réélu à la présidence de
la Cci de Grenoble : qu'est-ce qui vous motive ?
Je viens
effectivement d'être réélu à la présidence
de la Chambre, et je remercie celles et ceux qui m'ont renouvelé
leur confiance. Je me réjouis de pouvoir ainsi rester au service
du développement économique local, en me faisant le porte-parole
des entreprises, en favorisant la concertation entre les acteurs concernés
par le développement économique, et en jouant un rôle
de facilitateur. Je souhaite mettre en uvre des actions concrètes,
pour promouvoir le développement des entreprises, dans le secteur
du commerce, des services ou de l'industrie, petites, moyennes ou grandes.
Tout cela constitue de vraies responsabilités, que je suis fier
d'assumer, même si c'est aussi un engagement lourd et consommateur
de beaucoup de temps.
Les élections
qui viennent d'avoir lieu ont fait l'objet d'un taux de participation
modeste. Comment l'expliquez-vous ?
Trois
mille chefs d'entreprise qui votent, ce n'est pas rien, ce n'est pas si
modeste. C'est néanmoins insuffisant, mais le niveau de participation
reflète la tendance d'un mouvement général d'érosion
pour toutes les élections, de toute nature. Il faut bien reconnaître,
qu'en plus, pour les Cci, il n'y a pas d'enjeux idéologiques, à
supposer que cela mobilise. Les candidats sont proposés par les
organisations interprofessionnelles sur la base d'un choix fondé
sur la qualité de leur engagement au sein de leurs organisations
respectives. Il s'agit donc d'élections consensuelles et sans concurrence.
Si on ajoute l'extraordinaire complexité du système, avec
notamment des collèges multiples et un double vote et l'absence
de publicité, comparée par exemple à la place occupée
dans les médias par le feuilleton des élections présidentielles
américaines, on relativise le niveau de participation. Sans oublier
que le gouvernement n'a pas consacré un centime à la promotion
des élections dans les Cci, qui sont pourtant des établissements
publics d'Etat.
A votre
avis, quels sont les points forts de la Cci de Grenoble ?
La Cci
de Grenoble a la double chance de pouvoir s'appuyer, d'une part sur une
équipe d'élus engagés et volontaires, d'autre part
sur des collaborateurs compétents et dynamiques, exerçant
des métiers bien maîtrisés. Qui plus est, ces deux
sous-ensembles travaillent dans le même sens, fonctionnent dans
la complémentarité, avec des objectifs partagés,
ce qui ne peut que renforcer l'efficacité.
Et ses
faiblesses ?
Sa plus
grande faiblesse est une richesse
Je veux parler de la dimension
et de la diversité de la "clientèle" de la Chambre
: près de 23 000 ressortissants, commerçants, industriels,
prestataires de services, très petites, petites, moyennes et grandes
entreprises.
Il est évidemment très difficile d'entretenir un lien de
communication avec les ressortissants, et ce d'autant qu'il y a forcément
une contradiction entre la démarche d'intérêt général
qui doit guider l'action de la Cci et l'intérêt individuel
de chaque entreprise.
De manière tout aussi contradictoire, la Cci est sollicitée
dans des domaines multiples, plus nombreux encore que la diversité
des métiers qu'elle exerce, alors que ses moyens et ses compétences
ne permettent pas de répondre tous azimuts. Cela nous conduit à
effectuer des choix stratégiques quant à ce qui nous semble
prioritaire pour les entreprises, afin de rester professionnels dans nos
domaines d'intervention.
Si vous
deviez donner cinq chiffres significatifs
Parmi
les chiffres qui contribuent aux exercices de bilan que nous réalisons
régulièrement, parce que je suis attaché à
ce que nous rendions des comptes aux entreprises, je retiendrais les suivants
:
- 2 200 : c'est le nombre d'apprentis accueillis chaque année par
l'Institut des métiers et des techniques, qui prépare à
52 métiers.
- Sixième : c'est le rang qu'occupe le groupe Esc Grenoble dans
le classement des grandes écoles françaises de gestion,
réalisé récemment par le magazine l'Etudiant, et
qui place la très jeune école grenobloise (créée
par la Ccig en 1984) dans le groupe des leaders.
- 0,91 % : c'est le taux de pression fiscale 2000 de la Ccig, qui, appliqué
à la base de la taxe professionnelle, détermine le montant
de la contribution de chaque entreprise au fonctionnement de la Chambre.
Il est en baisse régulière depuis 1990, soit moins 10 %
sur cette période.
- 6 200 : c'est le nombre d'entreprises qui ont bénéficié
en 2000 d'au moins une prestation à valeur ajoutée de la
part de la Ccig.
- 20 000 : c'est le nombre d'informations fournies par Grex, centre de
commerce international de la Cci, aux entreprises pour leur développement
international.
Combien
coûte la Cci de Grenoble aux entreprises ?
Le budget
annuel consolidé est proche de 330 MF. Un peu moins de 30 % sont
financés par l'imposition additionnelle à la taxe professionnelle
(Iatp) acquittée par les entreprises. A titre d'exemple, celle-ci
représente environ 200 F par an pour un commerçant.
Mais, surtout, il convient de rappeler qu'au cours des 20 dernières
années, les actifs de la Cci sont passés de 20 MF à
près de 400 MF, ce qui signifie que la contribution des entreprises
n'est pas consommée dans le fonctionnement, mais essentiellement
réinvestie dans l'élaboration d'outils dédiés
au développement économique local (Ecole supérieure
de commerce, World Trade Center, etc.), qui constituent le patrimoine
commun des entreprises.
On reproche
parfois à la Cci d'intervenir en concurrence avec certains de ses
propres ressortissants
Ce procès
d'intention vise clairement les activités de formation. Je rappelle
que la formation est une fonction régalienne de l'Etat et de ses
établissements. La Cci de Grenoble, pour sa part, forme environ
5 000 jeunes chaque année, et accueille 10 000 stagiaires
en formation professionnelle. Dans le domaine de la formation continue,
qui n'est pas un marché, mais la réponse à une obligation
légale résultant d'une taxe, nous apportons une réponse
adaptée aux attentes des entreprises.
Nous avons pour cela recours à des professionnels, assurant pour
notre compte un rôle d'ingénierie, c'est-à-dire de
vérification de l'adéquation des informations aux besoins
des entreprises.
J'ajoute qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de contester l'intervention
dans ce domaine, et dans des proportions sans commune mesure, de l'Education
nationale et de ses organismes annexes (Greta
).
On a parfois
tendance à faire l'amalgame entre la Cci et le monde politique.
Qu'en pensez-vous ?
Les
Cci sont les seuls établissements publics dirigés par des
chefs d'entreprise élus et exerçant bénévolement
leur mandat. Elles ont une vocation légale d'interface avec les
pouvoirs publics, y compris les collectivités locales. En tant
qu'établissements publics, elles doivent dialoguer et construire
avec tous les acteurs économiques, et exprimer les attentes des
entreprises pour tenter d'influencer les décisions touchant de
près ou de loin à leur environnement, en termes de fiscalité,
d'aménagement du territoire, de formation, etc. C'est donc un positionnement
précis, à côté du monde politique et administratif,
mais en relation avec celui-ci, qui débouche sur le développement
de partenariats, où chacun apporte sa contribution, sa légitimité
et sa crédibilité au travers d'actions au bénéfice
de l'économie. A Grenoble, la Cci recense chaque année une
centaine de partenariats de ce type.
Le fait d'être président de la Cci et d'exercer par
ailleurs des mandats d'élu local ne constitue-t-il pas une contradiction
?
Pas
du tout. Je regrette qu'il n'y ait pas plus de représentants de
l'entreprise qui s'engagent pour la cause publique. Il ne faut pas s'étonner
que les problèmes des entreprises et de l'économie ne soient
pas toujours bien compris, et, pire, soient appropriés, voire confisqués,
par les élus politiques, issus souvent d'autres mondes. Cela se
traduit fréquemment par des décisions inadaptées
au contexte concurrentiel, alors que la mondialisation existe bel et bien.
Je ne peux que recommander aux chefs d'entreprise d'être présents
là où se lève l'impôt et où se prennent
les décisions, qui se traduisent pour eux par des charges et des
contraintes.
Quels
sont les enjeux de la Cci de Grenoble dans les trois prochaines années ?
Notre
préoccupation est l'amélioration constante de la performance
des entreprises. Dans le contexte actuel, cela passe par l'employabilité
permanente des hommes, c'est-à-dire la formation, par l'accès
à l'information, qui suppose la maîtrise des nouvelles technologies,
et par le développement international, avec le mouvement d'accélération
de la mondialisation que nous connaissons.
La Cci de Grenoble se met en ordre de marche pour répondre à
ces attentes prioritaires et les anticiper. Encore faut-il que l'environnement
des entreprises soit favorable, le premier enjeu en la matière
étant celui des voies de communication, qui constituent le premier
critère d'attractivité d'une région économique.
Force est de reconnaître que, dans la région grenobloise,
nous ne sommes pas particulièrement bien lotis, avec notamment
une autoroute vers le Sud dont les chances de réalisation s'amenuisent
chaque jour, un Tgv Lyon-Turin qui se déplace tellement vers le
Nord qu'il ne concernera pas Grenoble, et un plan de déplacements
urbains de l'agglomération grenobloise qui inverse les priorités
en engageant la réalisation de la troisième ligne de tramway
avant d'achever la rocade par le tunnel sous la Bastille. Sans oublier
les problèmes de stationnement au centre-ville, qui constituent
de plus en plus un handicap pour le commerce traditionnel, par rapport
à la concurrence des grandes surfaces de périphérie.
Enfin, les trois années à venir seront marquées par
l'avénement de l'euro et la généralisation de l'application
des 35 heures, notamment aux petites entreprises, qui n'ont pas la moindre
idée de la manière, d'intégrer cette contrainte sans
remettre en cause leur exis-tence même.
Sur tous ces fronts, la Cci de Grenoble sera à la fois à
l'écoute, présente et active. Les entreprises peuvent compter
sur elle.
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