Actu : économie.
133 Janvier 2001
Le magazine économique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Grenoble
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Dix questions à Roger Pellat-Finet, réélu président de la Cci de Grenoble.

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Vous venez d'être réélu à la présidence de la Cci de Grenoble : qu'est-ce qui vous motive ?

Je viens effectivement d'être réélu à la présidence de la Chambre, et je remercie celles et ceux qui m'ont renouvelé leur confiance. Je me réjouis de pouvoir ainsi rester au service du développement économique local, en me faisant le porte-parole des entreprises, en favorisant la concertation entre les acteurs concernés par le développement économique, et en jouant un rôle de facilitateur. Je souhaite mettre en œuvre des actions concrètes, pour promouvoir le développement des entreprises, dans le secteur du commerce, des services ou de l'industrie, petites, moyennes ou grandes.
Tout cela constitue de vraies responsabilités, que je suis fier d'assumer, même si c'est aussi un engagement lourd et consommateur de beaucoup de temps.

Les élections qui viennent d'avoir lieu ont fait l'objet d'un taux de participation modeste. Comment l'expliquez-vous ?

Trois mille chefs d'entreprise qui votent, ce n'est pas rien, ce n'est pas si modeste. C'est néanmoins insuffisant, mais le niveau de participation reflète la tendance d'un mouvement général d'érosion pour toutes les élections, de toute nature. Il faut bien reconnaître, qu'en plus, pour les Cci, il n'y a pas d'enjeux idéologiques, à supposer que cela mobilise. Les candidats sont proposés par les organisations interprofessionnelles sur la base d'un choix fondé sur la qualité de leur engagement au sein de leurs organisations respectives. Il s'agit donc d'élections consensuelles et sans concurrence. Si on ajoute l'extraordinaire complexité du système, avec notamment des collèges multiples et un double vote et l'absence de publicité, comparée par exemple à la place occupée dans les médias par le feuilleton des élections présidentielles américaines, on relativise le niveau de participation. Sans oublier que le gouvernement n'a pas consacré un centime à la promotion des élections dans les Cci, qui sont pourtant des établissements publics d'Etat.

A votre avis, quels sont les points forts de la Cci de Grenoble ?

La Cci de Grenoble a la double chance de pouvoir s'appuyer, d'une part sur une équipe d'élus engagés et volontaires, d'autre part sur des collaborateurs compétents et dynamiques, exerçant des métiers bien maîtrisés. Qui plus est, ces deux sous-ensembles travaillent dans le même sens, fonctionnent dans la complémentarité, avec des objectifs partagés, ce qui ne peut que renforcer l'efficacité.

Et ses faiblesses ?

Sa plus grande faiblesse est une richesse… Je veux parler de la dimension et de la diversité de la "clientèle" de la Chambre : près de 23 000 ressortissants, commerçants, industriels, prestataires de services, très petites, petites, moyennes et grandes entreprises.
Il est évidemment très difficile d'entretenir un lien de communication avec les ressortissants, et ce d'autant qu'il y a forcément une contradiction entre la démarche d'intérêt général qui doit guider l'action de la Cci et l'intérêt individuel de chaque entreprise.
De manière tout aussi contradictoire, la Cci est sollicitée dans des domaines multiples, plus nombreux encore que la diversité des métiers qu'elle exerce, alors que ses moyens et ses compétences ne permettent pas de répondre tous azimuts. Cela nous conduit à effectuer des choix stratégiques quant à ce qui nous semble prioritaire pour les entreprises, afin de rester professionnels dans nos domaines d'intervention.

Si vous deviez donner cinq chiffres significatifs…

Parmi les chiffres qui contribuent aux exercices de bilan que nous réalisons régulièrement, parce que je suis attaché à ce que nous rendions des comptes aux entreprises, je retiendrais les suivants :
- 2 200 : c'est le nombre d'apprentis accueillis chaque année par l'Institut des métiers et des techniques, qui prépare à 52 métiers.
- Sixième : c'est le rang qu'occupe le groupe Esc Grenoble dans le classement des grandes écoles françaises de gestion, réalisé récemment par le magazine l'Etudiant, et qui place la très jeune école grenobloise (créée par la Ccig en 1984) dans le groupe des leaders.
- 0,91 % : c'est le taux de pression fiscale 2000 de la Ccig, qui, appliqué à la base de la taxe professionnelle, détermine le montant de la contribution de chaque entreprise au fonctionnement de la Chambre. Il est en baisse régulière depuis 1990, soit moins 10 % sur cette période.
- 6 200 : c'est le nombre d'entreprises qui ont bénéficié en 2000 d'au moins une prestation à valeur ajoutée de la part de la Ccig.
- 20 000 : c'est le nombre d'informations fournies par Grex, centre de commerce international de la Cci, aux entreprises pour leur développement international.

Combien coûte la Cci de Grenoble aux entreprises ?

Le budget annuel consolidé est proche de 330 MF. Un peu moins de 30 % sont financés par l'imposition additionnelle à la taxe professionnelle (Iatp) acquittée par les entreprises. A titre d'exemple, celle-ci représente environ 200 F par an pour un commerçant.
Mais, surtout, il convient de rappeler qu'au cours des 20 dernières années, les actifs de la Cci sont passés de 20 MF à près de 400 MF, ce qui signifie que la contribution des entreprises n'est pas consommée dans le fonctionnement, mais essentiellement réinvestie dans l'élaboration d'outils dédiés au développement économique local (Ecole supérieure de commerce, World Trade Center, etc.), qui constituent le patrimoine commun des entreprises.

On reproche parfois à la Cci d'intervenir en concurrence avec certains de ses propres ressortissants…

Ce procès d'intention vise clairement les activités de formation. Je rappelle que la formation est une fonction régalienne de l'Etat et de ses établissements. La Cci de Grenoble, pour sa part, forme environ 5 000 jeunes chaque année, et accueille 10 000 stagiaires en formation professionnelle. Dans le domaine de la formation continue, qui n'est pas un marché, mais la réponse à une obligation légale résultant d'une taxe, nous apportons une réponse adaptée aux attentes des entreprises.
Nous avons pour cela recours à des professionnels, assurant pour notre compte un rôle d'ingénierie, c'est-à-dire de vérification de l'adéquation des informations aux besoins des entreprises.
J'ajoute qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de contester l'intervention dans ce domaine, et dans des proportions sans commune mesure, de l'Education nationale et de ses organismes annexes (Greta…).

On a parfois tendance à faire l'amalgame entre la Cci et le monde politique. Qu'en pensez-vous ?

Les Cci sont les seuls établissements publics dirigés par des chefs d'entreprise élus et exerçant bénévolement leur mandat. Elles ont une vocation légale d'interface avec les pouvoirs publics, y compris les collectivités locales. En tant qu'établissements publics, elles doivent dialoguer et construire avec tous les acteurs économiques, et exprimer les attentes des entreprises pour tenter d'influencer les décisions touchant de près ou de loin à leur environnement, en termes de fiscalité, d'aménagement du territoire, de formation, etc. C'est donc un positionnement précis, à côté du monde politique et administratif, mais en relation avec celui-ci, qui débouche sur le développement de partenariats, où chacun apporte sa contribution, sa légitimité et sa crédibilité au travers d'actions au bénéfice de l'économie. A Grenoble, la Cci recense chaque année une centaine de partenariats de ce type.

Le fait d'être président de la Cci et d'exercer par ailleurs des mandats d'élu local ne constitue-t-il pas une contradiction ?

Pas du tout. Je regrette qu'il n'y ait pas plus de représentants de l'entreprise qui s'engagent pour la cause publique. Il ne faut pas s'étonner que les problèmes des entreprises et de l'économie ne soient pas toujours bien compris, et, pire, soient appropriés, voire confisqués, par les élus politiques, issus souvent d'autres mondes. Cela se traduit fréquemment par des décisions inadaptées au contexte concurrentiel, alors que la mondialisation existe bel et bien. Je ne peux que recommander aux chefs d'entreprise d'être présents là où se lève l'impôt et où se prennent les décisions, qui se traduisent pour eux par des charges et des contraintes.

Quels sont les enjeux de la Cci de Grenoble dans les trois prochaines années ?

Notre préoccupation est l'amélioration constante de la performance des entreprises. Dans le contexte actuel, cela passe par l'employabilité permanente des hommes, c'est-à-dire la formation, par l'accès à l'information, qui suppose la maîtrise des nouvelles technologies, et par le développement international, avec le mouvement d'accélération de la mondialisation que nous connaissons.
La Cci de Grenoble se met en ordre de marche pour répondre à ces attentes prioritaires et les anticiper. Encore faut-il que l'environnement des entreprises soit favorable, le premier enjeu en la matière étant celui des voies de communication, qui constituent le premier critère d'attractivité d'une région économique. Force est de reconnaître que, dans la région grenobloise, nous ne sommes pas particulièrement bien lotis, avec notamment une autoroute vers le Sud dont les chances de réalisation s'amenuisent chaque jour, un Tgv Lyon-Turin qui se déplace tellement vers le Nord qu'il ne concernera pas Grenoble, et un plan de déplacements urbains de l'agglomération grenobloise qui inverse les priorités en engageant la réalisation de la troisième ligne de tramway avant d'achever la rocade par le tunnel sous la Bastille. Sans oublier les problèmes de stationnement au centre-ville, qui constituent de plus en plus un handicap pour le commerce traditionnel, par rapport à la concurrence des grandes surfaces de périphérie.
Enfin, les trois années à venir seront marquées par l'avénement de l'euro et la généralisation de l'application des 35 heures, notamment aux petites entreprises, qui n'ont pas la moindre idée de la manière, d'intégrer cette contrainte sans remettre en cause leur exis-tence même.
Sur tous ces fronts, la Cci de Grenoble sera à la fois à l'écoute, présente et active. Les entreprises peuvent compter sur elle.

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