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Juin 2003




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Dossier : STRATEGIE
Par Richard Gonzalez

>> L'information, une valeur stratégique pour l'entreprise

L'intelligence économique, la veille concurrentielle, le partage des savoirs, ou encore le benchmarking, autant de pratiques plus ou moins intégrées par les entreprises, qui concourent à un même objectif : maîtriser un environnement que l'interdépendance entre sociétés complexifie à outrance.

Facilités par l'explosion des technologies de la communication, la collecte et le traitement de l'information nécessitent une gestion rigoureuse pour déboucher sur de nouveaux gisements de richesses ou renforcer la position de l'entreprise sur ses marchés.

Experts et entreprises en témoignent.

Témoignages :
- Le partage des connaissances à l'échelle de l'économie grenobloise.
- Les Papeteries de Lancey étendent leur toile interne.
- La Caisse d'épargne standardise l'information.
- Catepillar mise sur le partage du savoir.
- Wheelabrator missionne ses experts.

- La Sogreah dans le flot de l'information qualité.
- STMicroelectronics fertilise ses connaissances.


"A la différence de la terre ou du capital, la connaissance s'accroît quand on la partage. Il est nécessaire de la faire circuler pour qu'elle prenne de la valeur", explique Gérard Mézin, directeur marketing de Cap Gemini Ernst & Young (CGEY), à Montbonnot. Experte dans la gestion opérationnelle des connaissances sur l'ensemble des secteurs d'activité, la société dispose d'une agence de veille intégrée pour ses clients : le Shop, véritable boutique de recherche, scanne l'évolution technologique et organisationnelle des métiers. "Nous devons être capables de produire en une semaine un rapport stratégique très complet sur une information triée et adaptée aux besoins de l'entreprise, quel que soit son secteur d'activité", détaille Marie-Anne Bucci, responsable de la communication. Les sociétés de taille moyenne et à fort potentiel de développement sont particulièrement concernées par une connaissance ultra-fine de leur écosystème. Leur effort de surveillance porte en particulier sur les techniques émergentes, celles qui vont leur permettre d'accroître la productivité à moindre coût. En même temps, elles doivent chercher à capitaliser au maximum les connaissances de leurs propres salariés. "C'est sur une double perspective que les entreprises doivent aujourd'hui ouvrir et optimiser leur système d'information : vers l'extérieur aussi bien qu'au cœur de leur organisation", complète Gérard Mézin.


Ordonner sa démarche de veille. Quand l'intranet, principal outil de transmission des connaissances, voit s'échanger chez CGEY plus d'un million de messages par jour (pour 54 000 collaborateurs dans le monde), on comprend la difficulté de maîtriser l'information pour une société qui choisit d'internaliser la veille. "En fait, chaque entreprise est amenée à surveiller son environnement. La concurrence plus vive y pousse, et Internet en facilite la démarche. Encore faut-il être capable d'avancer de façon structurée", prévient Marie-Anne Bucci. L'automatisation a facilité la collecte, autant qu'elle place l'entreprise face à une surabondance de données. Elle donne aussi l'illusion d'être une fin en soi, alors qu'elle n'est rien sans un ensemble de processus, de méthodes et d'outils préalables. Pour Armelle Thomas, consultante au cabinet d'ingénierie documentaire Inforizons, à Domène : "C'est la manière d'isoler, de filtrer l'information qui lui confère sa réelle valeur." Du coup, la gestion du tri de l'information devient l'enjeu nouveau. Comment choisir rapidement l'information la plus pertinente pour l'aide à la décision ? "Des grilles d'évaluation sont nécessaires pour mettre de côté par exemple l'information redondante et celle, peu fiable, des sites web personnels, ou au contraire privilégier l'importance de certains émetteurs stratégiques", explique Armelle Thomas. En aval de la chaîne de traitement, la description du contenu, son classement et sa diffusion efficiente auprès des bonnes personnes dans l'entreprise demeurent des étapes cruciales, à peaufiner soigneusement. Autant de missions assignées à un système d'information…


Marie-Anne Bucci, responsable de la communication,
et Gérard Mézin,
directeur marketing de CGEY, à Montbonnot : "Nous devons être capables de produire en une semaine un rapport stratégique très complet sur une information triée et adaptée aux besoins de l'entreprise."

Faciliter l'accès à la veille. Généralement bien intégré dans les grands groupes, l'objectif stratégique de la veille est insuffisant dans les petites structures. Il consiste souvent à recouper l'information du marché avec les métiers élémentaires de l'entreprise. Les techniques de collecte démarrent avec des recherches plus ou moins régulières sur les moteurs généralistes… et s'arrêtent à ce stade. "L'intelligence économique est bien développée dans les grandes entreprises, contrairement aux PMI qui rencontrent beaucoup de difficultés organisationnelles pour la mise en place de cette nouvelle activité", observe Patrick Heyde, directeur de l'Agence régionale pour l'information scientifique et technique (Arist). Au sein de la Chambre régionale de commerce et d'industrie (CRCI) à Lyon, l'Arist permet depuis une vingtaine d'années à des entreprises d'initier des programmes de veille. Trois ingénieurs experts et deux documentalistes animent le pôle d'information stratégique. Que ce soit pour découvrir de nouvelles solutions ou sécuriser un projet, l'Arist informe rapidement sur les partenaires, les concurrents, un domaine technologique précis, et aide à l'exploitation optimisée de ces informations. Forces de ce service : la polyvalence de ses consultants, la synergie du réseau des vingt agences en France, et l'accès à plus de 3 000 bases de données et à 2 500 experts dans le monde, par l'intermédiaire d'un seul interlocuteur. L'Arist prend particulièrement soin de faciliter la mise en place de la veille au sein des PME : elle a mis au point une méthode qui analyse l'utilisation de l'intelligence économique au sein de l'activité de l'entreprise, ainsi qu'une approche opérationnelle pour améliorer l'assimilation de ce concept. Deux outils téléchargeables sur son site portail, parmi d'autres documents tous très utiles à l'introduction d'une démarche de veille.

L'émergence des prestataires. La diversification des formats de diffusion facilite la capture des signaux autant que les moyens de collecte. On voit ainsi apparaître des weblogs, sortes de journaux on line, qui suivent jour après jour l'évolution d'un chantier, par exemple. Des formules de recher-che et de traitement packagées, disponibles en Open Source, émergent aussi. Pour le transmetteur, on a même trouvé la parade à la perte de temps : le format XML, qui permet de personnaliser sans effort une information préalablement standardisée. Reste que sur des missions complexes et ponctuelles, l'entreprise peut à juste titre se tourner vers des sociétés spécialisées. Créée à Grenoble en juillet 1998, Digimind (CA 2002 : 440 kE, 13 personnes) s'affiche à la fois éditeur de solutions logicielles de traitement d'informations et prestataire dans le secteur de la veille. "Il s'agit moins de simple transfert de connaissances que d'anticipation des événements : nous nous inscrivons au cœur de la stratégie de l'entreprise", affirme Yann Guilain, responsable opérationnel. La société est récemment intervenue pour un grand groupe d'assurances, où la pression concurrentielle est très forte, pour surveiller l'activité des autres acteurs du marché.


Armelle Thomas,
consultante au cabinet d'ingénierie documentaire Inforizons, à Domène :
"C'est la manière d'isoler
et de filtrer l'information qui lui confère sa véritable valeur."

Ici, la recherche s'est effectuée par voie de presse, ainsi que par le canal du web. Autre chantier : un fabricant de boissons cherchait un packaging moderne pour son nouveau produit. Il a confié à la société grenobloise la surveillance des autres compétiteurs pour observer les meilleures idées. Quand près de 500 références différentes se bousculent sur le web, les applications de Digimind accélèrent heureusement la recherche. "Manuellement, ce type de mission est dangereusement gaspilleur de temps pour l'entreprise, et il peut coûter très cher en organisation", prévient Yann Guilain. Les modules de collecte, qui utilisent le cryptage https, permettent d'enclencher toutes les tâches possibles de surveillance. L'œil invisible passe ainsi au crible pages web (l'entreprise en scanne plus de 15 000 par nuit) et sites Internet complets, ainsi que news groups, mailing lists et autres bases de données payantes. "Nous nous infiltrons également dans le web invisible, et nos modules de requête détectent tout ce qui apparaît nouveau. Notre ambition est de surveiller la totalité de ce qui se passe sur le Net." La restitution des résultats de la recherche s'effectue par différents moyens, selon la nature de la mission et le besoin de l'entreprise. Il peut s'agir d'une lettre de veille quotidienne transmise par mail ou d'un rapport écrit structuré. Dans tous les cas, le document doit présenter des informations hiérarchisées et lisibles très rapidement. Digimind a également conçu un méta-moteur de recherche, Strategic Finder, téléchargeable gratuitement en version light sur son site web. La société engage enfin de gros investissements en R&D : "Nous devons aller vite, car tous les six mois, Internet invente un nouveau langage."

Les défis du temps et de l'espace. Vite, toujours plus vite. Les économistes assènent qu'une entreprise recherchant l'efficience maximale doit s'efforcer de rapprocher la courbe de transfert des connaissances de celle de la vitesse des changements. "Nous sommes entrés dans une période où ce rythme devient exponentiel, et il est impossible de faire suivre les moyens humains", prévient Jean-Paul Faure, directeur général de Caterpillar. Le défi stimule les sociétés spécialisées dans les nouveaux procédés de transfert de données. A Meylan, le centre de recherche européen de Xerox multiplie les projets qui facilitent la détection des compétences et stimulent l'échange d'informations au sein de l'entreprise. Knowledge Pump, une solution clé au problème de la formalisation du savoir, se charge d'alimenter en permanence une base de connaissances et assure en retour un flot d'informations continu généré par les communautés de l'entreprise. Les articles postés sur l'interface sont soumis à la lecture des autres usagers, qui peuvent en évaluer la pertinence et les annoter. Cette application, qui diffuse véritablement le savoir, est intégrée à l'intranet : est-ce à dire que les réseaux de la communication électronique restent les seuls leviers de l'intelligence collective ?


Yann Guilain,
responsable opérationnel
chez Digimind : "Nous aidons l'entreprise à surveiller
son environnement en cherchant aussi à nous inscrire au cœur de sa stratégie."

Irène Maxwell, directrice de la communication de Xerox, parie justement sur le partage de la connaissance informelle pour créer une organisation plus dynamique et réactive : "Nous venons de mettre au point Community Wall, qui permet d'améliorer le média. Il s'agit d'une interface conviviale de discussion, qui encourage la communication de travail en dehors de l'environnement habituel et en stocke le contenu." Sous la forme d'un large écran sensitif, accroché au mur à des points stratégiques de l'entreprise (par exemple à l'entrée du réfectoire), Community Wall affiche des messages, personnalisés ou collectifs, accessibles en un clin d'œil. Le contenu peut être imprimé ou dirigé par e-mail pour un examen ultérieur.

Peur et chuchotements. D'ici à rendre le collaborateur de l'entreprise hypercommunicant, deux principaux facteurs auront freiné sa métamorphose. La sécurité des systèmes d'information, d'abord : il est vrai que la transparence peut coûter cher, conduisant à un véritable pillage par les concurrents. "L'aspect de la sécurité des systèmes d'information revêt une importance majeure chez nos clients. La maintenance, qu'on appelle aussi l'infogérance, est en fort développement chez CGEY. Elle doit apparaître comme une source d'apaisement", observe Gérard Mézin. La culture du secret, ensuite, serait particulièrement bien ancrée en France. Elle retarde la transformation des collaborateurs d'une entreprise en véritables "travailleurs du savoir". L'intelligence économique, par exemple, tarde à se diffuser : "Il semble que le mot fasse peur. Pourtant, il est impératif que nous soyons plus proactifs, et que, dans une économie de plus en plus interdépendante, l'information circule de manière transversale", professe Armelle Thomas. C'est pourtant bien la conjugaison des données externes et internes de l'entreprise, fédérées en un tout intelligible grâce à un système d'information adapté et à une culture partagée, qui pourra optimiser la prise de décision.


Avec le tout nouveau Community Wall,
Irène Maxwell
,
directrice de la communication de Xerox, parie sur le partage de la connaissance informelle pour créer une organisation plus dynamique et réactive.




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