146 Mai 2002





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Le magazine des entreprises
de la région grenobloise

 
Dossier : Informatique
Par Stéphanie Combier

>> Faut-il louer ses solutions informatiques ?

Marché encore émergent en France, l'ASP* séduit peu à peu les entreprises. Il faut dire que cette formule de location de logiciels via Internet présente nombre d'avantages. L'ASP va-t-il devenir une petite révolution dans le monde informatique ? Témoignages de prestataires et utilisateurs.

"L'ASP (Application Service Provider) est déjà une réalité ancienne", affirme François-Xavier Pons, consultant auprès du cabinet Cesmo, présent dans les secteurs des télécoms, de l'Internet et des ASP. "Il consiste à proposer un accès à des données payantes à distance. Mais au sens strict du terme, le mode locatif dans la fourniture d'applications informatiques en ligne n'a que trois ou quatre ans." Pour Emmanuelle Rouan, chargée de mission télécoms et Internet au sein de l'agence Rhône-Alpes Numérique : "On a commencé à parler de l'ASP en France à partir de 2000, année où l'on a vu apparaître les premières offres." Même constat pour Guilhem de Lajarte, fondateur et dirigeant de la SSII Front Tech, à Meylan : "Cela ne fait qu'un ou deux ans que l'on trouve de vraies offres ASP pour les entreprises."

Un marché émergent orienté vers les PME-PMI. Comme le constate l'agence Rhône-Alpes Numérique, le décollage prévu par les analystes fin 2000 n'a toutefois pas eu lieu. Pour plusieurs raisons : des freins culturels et psychologiques à l'égard de solutions hébergées auprès d'un tiers, la faible variété des applications proposées selon ce mode, la rareté des infrastructures Internet à haut-débit, ainsi que le manque d'information des clients potentiels sur les fonctionnalités et avantages de l'ASP. Cesmo et Cap Gemini Ernst & Young estiment que le marché français arrivera à maturité en 2003-2005.
Pour l'heure encore embryonnaire, l'ASP peut cependant très vite monter en puissance, tiré par les PME-PMI dont il constitue la cible première. Développé au départ à destination des petites et moyennes entreprises, l'ASP permet en effet d'apporter une vraie solution aux sociétés qui ne disposent pas de structures informatiques et de moyens humains importants.


Emmanuelle Rouan, chargée de mission télécoms et Internet au sein de Rhônes-Alpes Numérique.

"Ce sont les PME-PMI qui étaient principalement visées à l'origine, confirme Emmanuelle Rouan. Mais en fin de compte, les fournisseurs ont plutôt été contactés par les grands groupes. Ils ont réagi par opportunisme en constatant les bénéfices qu'ils pouvaient tirer de telles solutions. Par ailleurs, les petites et moyen-nes entreprises constituant un marché très éclaté et difficile à approcher, la demande des groupes est venue à point nommé." "Nous avons démarré avec les PME-PMI, renchérit Christophe Mathevet, PDG de Cotranet, puis nous nous sommes aperçus que les grands comptes étaient aussi demandeurs." Chez BD, on admet réfléchir à ce type de solutions : "Pour l'instant, nous n'en sommes qu'au B.A.-Ba ; nous n'avons pas encore choisi de prestataires." "L'ASP pourrait être envisageable pour un besoin ponctuel, mais sûrement pas dans l'immédiat", rétorque, de son côté, Françoise Rodanel, responsable formation et directrice qualité de Silicomp.

Des offres et applications multiples. Schématiquement, l'offre ASP se divise en deux types d'applications, l'une verticale, orientée "métier", spécialement à destination des PME, l'autre horizontale (bureautique, messagerie, partage de données) qui, à l'avenir, devrait séduire de plus en plus de sociétés, y compris les grands groupes. Illustration parfaite d'applications horizontales à usage purement interne : les logiciels de
gestion des relations humaines (GRH) conçus par la société CCMX (1 100 collaborateurs en France et plusieurs agences en Rhône-Alpes ; CA 2001 : 113 M€). "Nous avons développé le
mode ASP pour tous nos marchés, précise François Goyatton, responsable du département systèmes d'informations en ressources humaines (SIRH) pour la région Rhône-Alpes : les cabinets d'experts-comptables et leurs clients (TPE), ainsi que pour les PME-PMI et les grands comptes, de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes. En effet, CCMX fournit des progiciels à distance dans les différents domaines de gestion des entreprises et notamment celui des ressources humaines : administration du personnel, gestion des payes, de la formation, des carrières, workflow, portail RH… Toutes les données et les progiciels sont hébergés chez CCMX. Ainsi, cela permet à nos clients de se décharger des contraintes fonctionnelles et techniques (maintenance des plates-formes, mise à jour des versions, maintien du conventionnel…). Pour l'utilisateur, l'offre de produits reste identique.
L'entreprise va être de plus en plus demandeuse des avantages apportés par ce mode ASP. Une chose est sûre, l'ASP va révolutionner une partie du marché.
" Leader sur le marché européen des systèmes d'informations dans le domaine de la santé, ID9 Prima (150 salariés ;
CA : 15,2 ME) voit dans l'ASP "une évolution logique et incontournable des nouvelles technologies de l'information".

* Définition
La traduction française de l'ASP (Application Service Provider) comme "Fournisseurs d'applications hébergées" (FAH) apparaît souvent trop réductrice et renvoie à un concept flou. Ainsi, comme le souligne le Livre blanc du marché français des ASP, réalisé à partir de l'étude des cabinets Cap Gemini Ernst & Young et Cesmo, "toute fourniture d'information en ligne proposant une interaction avec l'utilisateur peut être considérée comme une application en ligne, donc répond à la définition de l'ASP au sens strict, au moins dans sa définition française." Cap Gemini Ernst & Young et Cesmo mettent l'accent sur les prestations proposées et sur le mode de rémunération retenu pour ce service. Ils définissent l'ASP comme un "Fournisseur de services applicatifs loués en ligne" (FSALL).


"Nous nous orientons vers les technologies partagées, analyse Stéphane Jeanneau, directeur stratégie et produits. Notre offre logicielle se décline depuis un an en mode ASP car elle correspond à une réelle demande de la part des établissements de soins. Les dossiers des patients sont constamment enrichis par les remarques de différents médecins. Grâce aux potentialités offertes par l'ASP, ils disposent d'un dossier partagé, consultable en plusieurs endroits, et hébergé de façon totalement sécurisée." Autre application utilisable par l'entreprise ou non en mode ASP à partir d'un simple téléphone mobile d'un PDA ou d'un terminal web : celle développée par Interview SA. Filiale du groupe Alma, Interview SA s'est constituée, en 2000, autour d'un produit phare, une plate-forme logicielle complète permettant de réaliser des enquêtes, études et autres sondages, puis d'en analyser rapidement les résultats. L'outil "Interview ?!" est ainsi utilisé par plus de 50 entreprises, organismes et collectivités territoriales pour des besoins plus ou moins ponctuels. "Aujourd'hui, nous réalisons
60 à 70 % de notre chiffre d'affaires via la vente de licences, reconnaît Alain Bouveret, président du directoire d'Interview SA, à Saint-Martin-d'Hères. D'ici deux ans, la tendance pourrait bien s'inverser au profit des solutions ASP, car elles offrent beaucoup plus de souplesse et une adaptation réelle au besoin du client. On vend ici une utilisation, et non plus un logiciel, avec tout ce que cela implique en termes de service et de valeur ajoutée pour l'entreprise. Quant à l'éditeur que nous sommes, l'ASP permet de développer les services afin de fidéliser notre clientèle !"
Avantages et limites. Dans l'ASP, la notion de service paraît en effet primordiale. Il se traduit par la maintenance, la mise à jour et la garantie de résultats prévus par contrat. Le fournisseur d'applications hébergées s'engage à garantir le fonctionnement du système, quoi qu'il arrive. Une panne du réseau informatique ne doit pas transparaître sur le terminal de l'utilisateur. En dégageant le client de toutes ces préoccupations d'ordre logistique, celui-ci peut se concentrer sur son cœur de métier.
L'avantage du mode ASP par rapport à l'achat d'une licence classique peut être aussi financier, puisque l'entreprise n'a plus à investir dans un logiciel ; elle ne paye qu'un abonnement mensuel en fonction de l'usage. Si la réduction et la maîtrise des coûts dédiés à l'informatique représentent une motivation certaine, le principe de la location de services applicatifs loués constitue également un atout décisif. Il justifie d'ailleurs à lui seul le succès de l'ASP et garantit son avenir. En effet, certaines solutions ne seraient tout simplement pas accessibles avec une licence traditionnelle. En mettant à disposition des sociétés multisites des espaces applicatifs partagés, l'ASP favorise le transfert de connaissances, l'échange de données. Des collaborateurs en déplacement peuvent accéder très simplement à leurs données à distance.


Stéphane Jeanneau cofondateur et directeur stratégie et produits
de ID9 Prima.

Pour Agilis (CA 2001 : 230 000 €), cabinet rhônalpin de cinq consultants, l'ASP représente un outil de travail indispensable. "Nous n'avons pas de bureau fixe, explique Jérôme Barrand. Nous fonctionnons en multilocalisation et en réseau. Nous travaillons avec les acteurs du développement économique territorial. Grâce à un portail collaboratif, nous gérons nos relations avec eux, les PME-PMI qui bénéficient de leurs programmes, ainsi que les intervenants extérieurs. Le mode ASP nous donne la possibilité de facturer au client une connexion temporaire à nos services, pour la durée du programme d'intervention par exemple." La principale crainte qu'inspire l'ASP est davantage d'ordre psychologique, liée au fait qu'une entreprise ne maîtrise pas ces données hébergées à l'extérieur. "Cela constitue un frein, constate François Goyatton de CCMX. En France, nous nous situons de ce point de vue loin de la philosophie américaine."
ASP et licences : deux solutions complémentaires. Pour les autres applications, achat de licence et modes ASP ne sont pas contradictoires. "On commence en mode ASP puis on achète la licence, ou inversement", constate Christophe Mathevet, PDG de Cotranet. C'est d'ailleurs sur cette vague que surfe Front Tech. La SSII meylanaise préconise la location de l'application, le temps pour l'entreprise de se familiariser avec l'outil. "L'ASP sera amené à se généraliser, analyse Guilhem de Lajarte, mais une fois le logiciel bien maîtrisé, certaines entreprises préféreront basculer en mode traditionnel." Autrement dit, acheter la licence et être propriétaire de son logiciel. "Le mode locatif ne s'inscrit pas encore dans la mentalité française, reprend le dirigeant de Front Tech. Il existe encore une crainte quant à confier et faire héberger ses données à l'extérieur de ses murs. C'est une barrière qui finira par tomber. Tout comme aujourd'hui le citoyen lambda confie sans hésitation son argent à la banque." On n'imaginerait pas en effet revenir au temps de la thésaurisation ! La question de l'achat ou de la location de ses solutions informatiques peut encore se poser aujourd'hui pour certaines applications où l'offre ASP n'est pas satisfaisante, voire inexistant pas. Mais les premières expériences, tant du côté des fournisseurs que des utilisateurs, laissent à penser que le mode locatif a un réel avenir devant lui.



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