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Faut-il louer ses solutions informatiques ? |
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Marché
encore émergent en France, l'ASP* séduit peu à peu les entreprises.
Il faut dire que cette formule de location de logiciels via Internet
présente nombre d'avantages. L'ASP va-t-il devenir une petite
révolution dans le monde informatique ? Témoignages de prestataires
et utilisateurs.
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"L'ASP
(Application Service Provider) est déjà une réalité ancienne",
affirme François-Xavier Pons, consultant auprès du cabinet Cesmo,
présent dans les secteurs des télécoms, de l'Internet et des ASP.
"Il consiste à proposer un accès à des données payantes à distance.
Mais au sens strict du terme, le mode locatif dans la fourniture
d'applications informatiques en ligne n'a que trois ou quatre
ans." Pour Emmanuelle Rouan, chargée de mission télécoms et Internet
au sein de l'agence Rhône-Alpes Numérique : "On a commencé à parler
de l'ASP en France à partir de 2000, année où l'on a vu apparaître
les premières offres." Même constat pour Guilhem de Lajarte, fondateur
et dirigeant de la SSII Front Tech, à Meylan : "Cela ne fait qu'un
ou deux ans que l'on trouve de vraies offres ASP pour les entreprises."
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Un marché émergent orienté vers les PME-PMI. Comme le constate
l'agence Rhône-Alpes Numérique, le décollage prévu par les analystes
fin 2000 n'a toutefois pas eu lieu. Pour plusieurs raisons : des
freins culturels et psychologiques à l'égard de solutions hébergées
auprès d'un tiers, la faible variété des applications proposées
selon ce mode, la rareté des infrastructures Internet à haut-débit,
ainsi que le manque d'information des clients potentiels sur les
fonctionnalités et avantages de l'ASP. Cesmo et Cap Gemini Ernst
& Young estiment que le marché français arrivera à maturité en
2003-2005.
Pour l'heure encore embryonnaire, l'ASP peut cependant
très vite monter en puissance, tiré par les PME-PMI dont il constitue
la cible première. Développé au départ à destination des petites
et moyennes entreprises, l'ASP permet en effet d'apporter une
vraie solution aux sociétés qui ne disposent pas de structures
informatiques et de moyens humains importants.
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Emmanuelle Rouan, chargée de mission télécoms
et Internet au sein de Rhônes-Alpes Numérique.
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"Ce sont les PME-PMI qui étaient principalement visées à l'origine,
confirme Emmanuelle Rouan. Mais en fin de compte, les fournisseurs
ont plutôt été contactés par les grands groupes. Ils ont réagi
par opportunisme en constatant les bénéfices qu'ils pouvaient
tirer de telles solutions. Par ailleurs, les petites et moyen-nes
entreprises constituant un marché très éclaté et difficile à approcher,
la demande des groupes est venue à point nommé." "Nous avons démarré
avec les PME-PMI, renchérit Christophe Mathevet, PDG de Cotranet,
puis nous nous sommes aperçus que les grands comptes étaient aussi
demandeurs." Chez BD, on admet réfléchir à ce type de solutions
: "Pour l'instant, nous n'en sommes qu'au B.A.-Ba ; nous n'avons
pas encore choisi de prestataires." "L'ASP pourrait être envisageable
pour un besoin ponctuel, mais sûrement pas dans l'immédiat", rétorque,
de son côté, Françoise Rodanel, responsable formation et directrice
qualité de Silicomp.
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Des
offres et applications multiples. Schématiquement, l'offre ASP
se divise en deux types d'applications, l'une verticale, orientée
"métier", spécialement à destination des PME, l'autre horizontale
(bureautique, messagerie, partage de données) qui, à l'avenir, devrait
séduire de plus en plus de sociétés, y compris les grands groupes.
Illustration parfaite d'applications horizontales à usage purement
interne : les logiciels de
gestion des relations humaines (GRH) conçus par la société CCMX
(1 100 collaborateurs en France et plusieurs agences en Rhône-Alpes
; CA 2001 : 113 M€). "Nous avons développé le
mode ASP pour tous nos marchés, précise François Goyatton, responsable
du département systèmes d'informations en ressources humaines (SIRH)
pour la région Rhône-Alpes : les cabinets d'experts-comptables et
leurs clients (TPE), ainsi que pour les PME-PMI et les grands comptes,
de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes. En effet,
CCMX fournit des progiciels à distance dans les différents domaines
de gestion des entreprises et notamment celui des ressources humaines
: administration du personnel, gestion des payes, de la formation,
des carrières, workflow, portail RH… Toutes les données et les progiciels
sont hébergés chez CCMX. Ainsi, cela permet à nos clients de se
décharger des contraintes fonctionnelles et techniques (maintenance
des plates-formes, mise à jour des versions, maintien du conventionnel…).
Pour l'utilisateur, l'offre de produits reste identique.
L'entreprise va être de plus en plus demandeuse des avantages apportés
par ce mode ASP. Une chose est sûre, l'ASP va révolutionner une
partie du marché.
" Leader sur le marché européen des systèmes d'informations dans
le domaine de la santé, ID9 Prima (150 salariés ;
CA : 15,2 ME) voit dans l'ASP "une évolution logique et incontournable
des nouvelles technologies de l'information". |
* Définition
La traduction française de l'ASP (Application Service Provider)
comme "Fournisseurs d'applications hébergées" (FAH) apparaît
souvent trop réductrice et renvoie à un concept flou. Ainsi,
comme le souligne le Livre blanc du marché français des ASP,
réalisé à partir de l'étude des cabinets Cap Gemini Ernst &
Young et Cesmo, "toute fourniture d'information en ligne proposant
une interaction avec l'utilisateur peut être considérée comme
une application en ligne, donc répond à la définition de l'ASP
au sens strict, au moins dans sa définition française." Cap
Gemini Ernst & Young et Cesmo mettent l'accent sur les prestations
proposées et sur le mode de rémunération retenu pour ce service.
Ils définissent l'ASP comme un "Fournisseur de services applicatifs
loués en ligne" (FSALL).
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"Nous
nous orientons vers les technologies partagées, analyse Stéphane
Jeanneau, directeur stratégie et produits. Notre offre logicielle
se décline depuis un an en mode ASP car elle correspond à une
réelle demande de la part des établissements de soins. Les dossiers
des patients sont constamment enrichis par les remarques de différents
médecins. Grâce aux potentialités offertes par l'ASP, ils disposent
d'un dossier partagé, consultable en plusieurs endroits, et hébergé
de façon totalement sécurisée." Autre application utilisable par
l'entreprise ou non en mode ASP à partir d'un simple téléphone
mobile d'un PDA ou d'un terminal web : celle développée par Interview
SA. Filiale du groupe Alma, Interview SA s'est constituée, en
2000, autour d'un produit phare, une plate-forme logicielle complète
permettant de réaliser des enquêtes, études et autres sondages,
puis d'en analyser rapidement les résultats. L'outil "Interview
?!" est ainsi utilisé par plus de 50 entreprises, organismes et
collectivités territoriales pour des besoins plus ou moins ponctuels.
"Aujourd'hui, nous réalisons
60 à 70 % de notre chiffre d'affaires via la vente de licences,
reconnaît Alain Bouveret, président du directoire d'Interview
SA, à Saint-Martin-d'Hères. D'ici deux ans, la tendance pourrait
bien s'inverser au profit des solutions ASP, car elles offrent
beaucoup plus de souplesse et une adaptation réelle au besoin
du client. On vend ici une utilisation, et non plus un logiciel,
avec tout ce que cela implique en termes de service et de valeur
ajoutée pour l'entreprise. Quant à l'éditeur que nous sommes,
l'ASP permet de développer les services afin de fidéliser notre
clientèle !"
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Avantages
et limites. Dans l'ASP, la notion de service paraît en effet
primordiale. Il se traduit par la maintenance, la mise à jour
et la garantie de résultats prévus par contrat. Le fournisseur
d'applications hébergées s'engage à garantir le fonctionnement
du système, quoi qu'il arrive. Une panne du réseau informatique
ne doit pas transparaître sur le terminal de l'utilisateur. En
dégageant le client de toutes ces préoccupations d'ordre logistique,
celui-ci peut se concentrer sur son cœur de métier.
L'avantage du mode ASP par rapport à l'achat d'une licence classique
peut être aussi financier, puisque l'entreprise n'a plus à investir
dans un logiciel ; elle ne paye qu'un abonnement mensuel en fonction
de l'usage. Si la réduction et la maîtrise des coûts dédiés à
l'informatique représentent une motivation certaine, le principe
de la location de services applicatifs loués constitue également
un atout décisif. Il justifie d'ailleurs à lui seul le succès
de l'ASP et garantit son avenir. En effet, certaines solutions
ne seraient tout simplement pas accessibles avec une licence traditionnelle.
En mettant à disposition des sociétés multisites des espaces applicatifs
partagés, l'ASP favorise le transfert de connaissances, l'échange
de données. Des collaborateurs en déplacement peuvent accéder
très simplement à leurs données à distance.
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Stéphane
Jeanneau cofondateur et directeur stratégie et produits
de ID9 Prima.
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Pour
Agilis (CA 2001 : 230 000 €), cabinet rhônalpin de cinq consultants,
l'ASP représente un outil de travail indispensable. "Nous n'avons
pas de bureau fixe, explique Jérôme Barrand. Nous fonctionnons
en multilocalisation et en réseau. Nous travaillons avec les acteurs
du développement économique territorial. Grâce à un portail collaboratif,
nous gérons nos relations avec eux, les PME-PMI qui bénéficient
de leurs programmes, ainsi que les intervenants extérieurs. Le
mode ASP nous donne la possibilité de facturer au client une connexion
temporaire à nos services, pour la durée du programme d'intervention
par exemple." La principale crainte qu'inspire l'ASP est davantage
d'ordre psychologique, liée au fait qu'une entreprise ne maîtrise
pas ces données hébergées à l'extérieur. "Cela constitue un frein,
constate François Goyatton de CCMX. En France, nous nous situons
de ce point de vue loin de la philosophie américaine."
ASP et licences : deux solutions complémentaires. Pour
les autres applications, achat de licence et modes ASP ne sont
pas contradictoires. "On commence en mode ASP puis on achète la
licence, ou inversement", constate Christophe Mathevet, PDG de
Cotranet. C'est d'ailleurs sur cette vague que surfe Front Tech.
La SSII meylanaise préconise la location de l'application, le
temps pour l'entreprise de se familiariser avec l'outil. "L'ASP
sera amené à se généraliser, analyse Guilhem de Lajarte, mais
une fois le logiciel bien maîtrisé, certaines entreprises préféreront
basculer en mode traditionnel." Autrement dit, acheter la licence
et être propriétaire de son logiciel. "Le mode locatif ne s'inscrit
pas encore dans la mentalité française, reprend le dirigeant de
Front Tech. Il existe encore une crainte quant à confier et faire
héberger ses données à l'extérieur de ses murs. C'est une barrière
qui finira par tomber. Tout comme aujourd'hui le citoyen lambda
confie sans hésitation son argent à la banque." On n'imaginerait
pas en effet revenir au temps de la thésaurisation ! La question
de l'achat ou de la location de ses solutions informatiques peut
encore se poser aujourd'hui pour certaines applications où l'offre
ASP n'est pas satisfaisante, voire inexistant pas. Mais les premières
expériences, tant du côté des fournisseurs que des utilisateurs,
laissent à penser que le mode locatif a un réel avenir devant
lui.
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