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Le défi des entreprises à forte croissance |
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"Seul un projet sur dix en moyenne aidé par CEA-Valorisation peut prétendre à un chiffre d'affaires de plus de 100 ME dans les cinq à dix années qui suivent la création", déclare Guy Labrunie, directeur général de CEA-Valorisation, filiale créée en 1999 par le Commissariat à l'énergie atomique. Jean-Louis Patrigeon, responsable crédits à la BDPME, relève quant à lui la faible part d'entreprises à fort développement parmi les créations de ces dernières années. Il faut dire que la flambée des années 2000, où l'argent était disponible en masse pour des start-up à fort potentiel, s'est brutalement éteinte, décourageant les initiatives. Le robinet s'est progressivement rouvert ensuite, "avec un fort engouement et beaucoup de projets jusqu'en 2002. Mais lever des fonds en 2003 n'a pas été évident", souligne Jean-Marc de Boni, directeur du marché entreprises à la Caisse d'Epargne des Alpes. Les montants investis en France par le capital-risque dans les sociétés non cotées se sont élevés à 4,028 MdsE en 2003, soit un recul de 43 % par rapport à 2002*. "Pourtant, même en période assez difficile, nous observons un flot continu de dossiers d'entreprises en forte croissance", évoque Gilles Fabre, directeur des crédits à la Banque Populaire des Alpes. Et de citer des projets liés au bâtiment en 2003, et le retour en force, à présent, des secteurs industriels, des loisirs, ou de nouveaux concepts de commerces. |
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Jean-Louis Patrigeon, responsable crédits de la BDPME, remarque la faible part d'entreprises à fort développement parmi
les créations de ces dernières années.
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| "Dans la région grenobloise, les projets importants sont souvent portés par les hautes technologies, du fait de la proximité des universités scientifiques et des laboratoires de recherche, et enfin de la présence de l'incubateur Grenoble Alpes Incubation (Grain). Pas uniquement dans la microélectronique d'ailleurs, mais aussi dans la mécanique ou les biotechnologies", ajoute Jean-Marc de Boni. |
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| Détecter les forts potentiels. C'est une des particularités de la région : le département bénéficie de plusieurs structures d'accompagnement à la création. Incubateur, réseau Isère Entreprendre, plates-formes d'initiatives locales, Espace entreprendre de la CCI de Grenoble, entre autres. "Des labels pour les banquiers et capitaux-risqueurs, poursuit Jean-Marc de Boni. Nous savons que les créateurs passés au crible ont été bien sensibilisés aux risques et préparés aux coups à prendre. D'ailleurs, de 65 % à 75 % des entreprises issues de cette sélection sont encore en vie trois ans après leur création, contre seulement 50 % pour les autres."
Mais comment évaluer le potentiel d'une start-up ? "Bien des porteurs de projet pensent qu'ils détiennent le produit miracle ! Mais si la technologie entre en compte, elle n'est pas suffisante. Il faut aussi qu'elle soit couplée aux besoins du marché", rapporte Gilles Talbotier, directeur de Grain. Difficile d'imposer par exemple une technologie, même très innovante, dans un secteur à forte concurrence. "Les études de marché sont indispensables pour évaluer l'acceptation d'un produit par des clients potentiels, car parfois, trop d'innovation effraye", note encore Gilles Talbotier. Il reconnaît que l'expansion d'une société est aléatoire, et son rythme de croissance difficile à prédire. "On voit évoluer très positivement des sociétés auxquelles un fort potentiel n'était pas forcément reconnu, et inversement. Ou bien la réalisation d'une forte croissance peut être décalée dans le temps. Pour entrer sur des marchés dynamiques, les fenêtres de tir sont très étroites." Dans cette quête de sortie sur le marché avec un bon produit au bon moment, les indicateurs sont souvent incertains, et le facteur chance contribue au succès. |
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La course aux capitaux avant la création. Pour aller vite et fort, encore faut-il trouver des financements consistants dès la phase d'amorçage. "Beaucoup d'investisseurs sont intéressés par la création, mais en courant le minimum de risques", prévient Guy Rigaud. Le président du directoire de Rhône-Alpes Création et le directeur général d'Amorçage Rhône-Alpes s'intéresse aux dossiers généralistes à progression significative : "Nous restons très focalisés sur la phase amont, qui se caractérise en général par une visibilité limitée. Aussi jouons-nous autant le développement économique que la performance financière", résume-t-il. Plus de risques, moins de résultats au final, "mais il est important de financer correctement ces créations à fort potentiel et de les accompagner dans cette phase difficile", renchérit Guy Rigaud. Les projets essaimés par le CEA peuvent bénéficier de l'aide de CEA-Valorisation. Cette filiale favorise l'activité industrielle et la création d'emplois à partir des technologies développées dans les laboratoires du CEA, et améliore les retours financiers de la propriété intellectuelle. "Dès l'émergence d'un projet, nous accompagnons l'équipe jusqu'à la création et nous prenons une participation financière temporaire dans le capital", explique Guy Labrunie.
Tous les projets à fort potentiel ne bénéficient pas d'un tel soutien, d'autant que le financement de l'amorçage se déplace vers l'aval. "Aujourd'hui, pour créer une entreprise technologique, il faut aller sur le marché dans les 6 à 18 mois qui suivent la création, car les capitaux-risqueurs cherchent à réduire leurs risques. Conséquence : les structures de recherche qui accompagnent en amont les projets doivent les porter plus longtemps", analyse Philippe Capdevielle, président du directoire du fonds d'amorçage Emertec. Les jeunes entreprises ont donc intérêt à générer rapidement un chiffre d'affaires, à engager une croissance "de démonstration" en quelque sorte, pour attirer des investisseurs. Même constat chez le responsable de l'antenne grenobloise de l'Anvar, Emile-Jean Fihol : "Il vaut mieux associer le développement à une activité, même alimentaire, avant d'arriver avec un produit innovant ! Les financeurs souhaitent cette mise en bouche pour sélectionner les meilleurs projets, obtenir un retour rapide sur investissement, et sortir avec un bon bonus." |
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Du charbon pour activer la machine. Les subventions obtenues par les lauréats du concours national d'aide à la création d'entreprises innovantes offrent une source de fonds propres unique en Europe. L'Anvar dispose aussi d'une batterie de soutiens : renforcement en fonds propres, aides au projet, à l'entrée sur le marché boursier, au recrutement., son label apposant une garantie de sérieux. Pour lever ensuite des fonds, les mannes de l'Anvar et de l'amorçage jouent effet de levier auprès des investisseurs. Mais la démarche reste ardue. "Les premières années sont les plus difficiles, et l'on n'est jamais assez de deux ou trois autour du berceau !", lance Philippe Capdevielle. De fait, les acteurs du financement interviennent souvent conjointement pour répondre aux besoins importants en fonds pro-pres des entreprises en forte croissance. L'établissement de crédit de l'Udimec, Somudimec, et sa société de capital-risque, Rhône Dauphiné Développement, peuvent aussi apporter des aides notables. "Nous accompagnons les entreprises dans leurs phases d'amorçage, création, développement, en fonction de critères professionnels et de proximité", précise Gilles Ramillon, président du directoire de ces deux structures. Des garanties et des financements sont aussi apportés par la BDPME, dont l'une des missions est l'accompagnement des PME-PMI en création, développement, reprise, via sa filiale Sofaris et des sociétés de capital-risque avec lesquelles elle signe des conventions. |
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"Si la technologie entre
en compte, elle n'est pas suffisante. Il faut aussi
qu'elle soit couplée aux besoins du marché",
rapporte Gilles Talbotier, directeur de Grain.
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Elle propose également une palette d'interventions jouant sur des montages financiers ou juridiques très différents. "Nous finançons des besoins en investissements liés au fort développement en cobaillage avec les banquiers, auxquels nous apportons une garantie", commente ainsi Jean-Louis Patrigeon. A leur tour, les banques proposent plusieurs dispositifs de prêts pour favoriser l'investissement ou les premières années d'exploitation. Elles peuvent aussi faciliter les besoins en trésorerie, par exemple sous forme d'affacturage, qui peut se révéler un appui important lorsqu'une société travaille avec la grande distribution. Elles financent aussi le capital-risque par l'intermédiaire de filiales, ce qui leur permet d'éviter une gestion d'intérêts parfois contradictoires. |
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Gérer la croissance. La problématique du financement de la croissance est ensuite récurrente. La vie de l'entreprise est jalonnée par l'obligation de créer de la valeur, critère capital pour les financeurs à la recherche de plus-value. Et lorsqu'une société dispose de suffisamment de fonds propres, elle doit encore continuer à trouver des capitaux pour s'équiper, construire un bâtiment, assurer la pérennité de son développement. "Il faut être pro-actif, chercher l'argent en amont pour financer les investissements et le fonds de roulement, mais aussi gérer le timing pour éviter d'être pris de vitesse par la concurrence. Prévoir, c'est gérer !", proclame André Auberton-Hervé, PDG de Soitec, également président du conseil de surveillance de Grain. C'est aussi ne pas hésiter à s'appuyer sur des conseils avertis pour piloter le navire tout en gardant le cap. Un rôle fréquemment joué par les banquiers et investisseurs. "Une bonne connaissance mutuelle permet de réagir ensemble, de s'adapter aux dérapages inévitables ou d'anticiper les crises", insiste Gilles Fabre. Certains chefs d'entreprise seniors accompagnent aussi des jeunes créateurs, comme Isère Entreprendre. Mais pas seulement : "Nous sommes contents de soutenir des gens qui ont un attachement fort à l'innovation et font le même parcours que nous. C'est un retour des entrepreneurs aux autres entrepreneurs", témoigne André Auberton-Hervé. Piloter une croissance forte, c'est aussi poursuivre la recherche et développement pour conserver son avance, nouer si nécessaire des partenariats avec des laboratoires, ou chercher les complémentarités avec d'autres entreprises pour élargir son offre, comme Polyspace Technologies l'a fait en créant un joint-venture avec Silicomp (voir témoignage). |
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"Aujourd'hui, pour créer une entreprise technologique, il faut aller sur le marché dans les 6 à 18 mois qui suivent la création", analyse Philippe Capdevielle, président du directoire du fonds d'amorçage Emertec. |
"Il n'est pas exclu qu'une entreprise mature se retrouve soudain en situation de fort développement par la création de produit nouveau ou rachat de brevet", observe Jean-Louis Patrigeon. Ou bien opte pour une opération de croissance externe qui lui assure un essor rapide par l'acquisition de compétences éprouvées. A moins de passer la main en revendant, si possible au moment de la plus forte crête. "Les projets à fort potentiel que nous avons accompagnés ont souvent été rachetés, essentiellement par des Américains. C'est déprimant, après l'énergie considérable qui a été déployée !", déplore Guy Rigaud. Mais l'entreprise de demain est celle qui croît vite aujourd'hui.
* Données de l'Association française des investisseurs en capital, Afic, et Pricewaterhouse Coopers. |
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