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144 Mars 2002
Le magazine économique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Grenoble
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Thierry Grange, directeur du groupe ESC Grenoble

Thierry Grange, directeur adjoint en charge de la pédagogie et du développement international, a succédé, en janvier dernier, à Jean-Paul Leonardi à la tête du groupe Ecole supérieure de commerce Grenoble. Aux côtés de Claude Bour, directeur général de la CCI de Grenoble, il a pleinement participé au succès d'une "Sup de Co" réputée pour son positionnement sur le management technologique et sa croissance rapide. Classé parmi les 30 meilleures écoles de management européennes, le groupe ESC Grenoble souhaite consolider sa croissance, tout en misant sur l'innovation pédagogique et le partenariat avec les entreprises. Thierry Grange nous explique cette stratégie.

 


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Le groupe ESC Grenoble a atteint l'âge de la majorité.
Comment se positionne-t-il dans l'environnement des écoles supérieures de commerce ?
Thierry Grange :
L'ESC Grenoble est l'une des dernières écoles de commerce créées en France, avant Rennes et après Tours. Après 18 années d'existence, le bilan se traduit sans conteste par une réussite. L'objectif que nous avions fixé de figurer parmi les 10 premières écoles de commerce françaises en moins de 10 ans a été atteint. Le deuxième défi, celui de compter dans le classement des 30 premières écoles de commerce européennes en moins de 30 ans, soit en 2014, a été relevé dès le 1er juillet 2000 grâce à notre accréditation Equis. Nous sommes la 27e école de commerce européenne à avoir obtenu ce titre qui nous classe aux côtés des établissements les plus prestigieux. Enfin, le pari initial de la CCI de Grenoble de miser sur le management technologique est remporté, puisque l'ESC Grenoble est clairement identifiée comme le spécialiste dans ce domaine.

A quoi correspondait, à l'époque, la volonté de promouvoir le management technologique comme modèle pédagogique ?
- Il faut se replonger dans le contexte des années quatre-vingt, marqué par une forte croissance du chômage que l'on imputait à l'époque à l'irruption des technologies nouvelles dans les entreprises. Notre choix du management technologique était donc clair : il s'agissait de considérer les développements technologiques non plus comme une contrainte, mais comme une opportunité. Il s'agissait également de répondre aux attentes de nos partenaires, les entreprises locales, qui exprimaient une demande forte pour des étudiants capables de comprendre la technologie pour travailler au quotidien avec des ingénieurs. Le tissu grenoblois se caractérisait déjà par un fort développement de la R&D, de l'informatique et des automatismes, et les entreprises attendaient des étudiants pouvant s'intégrer dans cet environnement technique et scientifique. Dans le même temps, ces entreprises ne se contentaient pas du seul marché français, et leurs attentes se portaient vers des étudiants capables de s'adapter à l'environnement international. Ce positionnement innovant en 1984, est bel et bien celui qui est à l'origine de notre succès. On recense aujourd'hui dans le monde entier seulement 10 à 15 % d'écoles supérieures de commerce spécialisées dans le management technologique. Nous sommes aussi l'une des rares école de commerce en France à avoir choisi de développer des implantations à l'international.



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Pourquoi cette politique d'implantation ?
- Avant tout, pour être capable de répondre aux besoins de nos clients, les entreprises, qui évoluent dans un environnement de plus en plus mondial. C'est particulièrement vrai pour les entreprises locales. Mais aussi pour accroître la notoriété et le rayonnement international du groupe ESC Grenoble. Les échanges d'étudiants et d'enseignants, ainsi que la capacité d'attirer des étudiants étrangers (nous en comptons 450 sur le campus) sont toujours privilégiés, mais ne suffisent plus. En optant pour une politique d'implantation, c'est bien le programme et la pédagogie de l'ESC Grenoble qui sont délivrés à Malte, à Moscou, à Pékin… Nous souhaitons nous implanter en priorité dans les pays où l'on enregistre une conjonction entre croissance économique et fort niveau de savoir, qui crée une demande pour de l'éducation et de la formation de haut niveau. Aussi, après la Chine, la Russie et le Maroc viendront certainement la Pologne, l'Inde, le Brésil, pour lesquels il existe déjà des projets.



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Les implantations à l'étranger ont démarré en 1995. Quel retour d'expérience dressez-vous sept ans plus tard ?
- Cela nous apprend pourquoi les autres écoles de commerce n'y vont pas, car ces opérations sont très difficiles à réussir. Financièrement, nos implantations sont équilibrées car elles s'effectuent avec des partenaires locaux, mais elles sont extrêmement risquées en terme de pérennité. Nous pensons toutefois que nous avons raison d'y aller, tant qu'il existe une demande émanant de pays, d'entreprises, d'étudiants, pour les programmes de l'ESC Grenoble. Tant qu'il existe, aussi, une demande d'accompagnement des entreprises françaises pour leur fournir les profils qui les intéressent là où elles sont implantées. C'est particulièrement vrai à Pékin, où nous avons conclu un accord avec l'union des directeurs de ressources humaines des entreprises françaises. Nous formons là-bas des cadres chinois à haut potentiel pour ces entreprises. A l'avenir, nous souhaitons poursuivre ces alliances à l'international vers d'autres lieux d'implantation, mais aussi développer les alliances pédagogiques pour l'enseignement électronique, qui nous permettront cette fois-ci de limiter les investissements. Nous avons déjà expérimenté de telles méthodes avec des partenaires canadiens.

Quelle est maintenant votre vision pour le groupe ESC Grenoble ?
- Après avoir connu la croissance la plus rapide des écoles supérieures de commerce, nous devons entrer dans une phase de consolidation, ce qui passe par la recherche de certains équilibres. Nous souhaitons dans un avenir proche réaliser 50 % de notre activité avec les étudiants, et 50 % avec les entreprises, en développant la formation continue, par exemple. Nous souhaitons aussi équilibrer notre activité entre l'enseignement délivré à Europole et celui dispensé à l'extérieur de nos murs. Aujourd'hui, 30 % des étudiants sont en alternance. Il nous faut doubler ce taux. D'abord parce que cela correspond à une demande immédiate des entreprises locales. Ensuite, parce que la démographie, qui pourrait se traduire par des pannes de recrutement à l'horizon 2005, ne fera que renforcer ces attentes.



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Vous avez toujours défendu l'innovation pédagogique ? Comment celle-ci se traduira-t-elle à l'avenir ? Comment relevez-vous notamment le dilemme entre formation de spécialistes ou de généralistes ?
- Il faut en effet veiller à l'équilibre de l'offre pédagogique pour continuer à nous adapter aux besoins d'entreprises en constante transformation. Toute la difficulté consiste à relever un double défi : celui de l'hétérogénéité des cultures de nos étudiants, et celui de la diversité des profils nécessaire à l'entreprise. A cet égard, je formule un premier constat : le moule des étudiants d'école de commerce sortis des classes préparatoires, c'est fini. Aujourd'hui, il existe une très grande diversité des publics d'étudiants, du fait de l'élargissement de l'accès à l'ESC, mais aussi des changements sociologiques et de la multiplicité des profils individuels observés parfois au sein d'une même famille. De l'autre côté, les entreprises ne demandent plus le prototype du jeune cadre motivé, mais des personnalités fortes, adaptables, voire des talents dans des domaines bien spécifiques. Comment avoir une chance de faire se rencontrer une offre de plus en plus hétérogène et une demande pour des profils très particuliers ? Nous avons décidé de répondre à cette problématique en créant le concept de pédagogie différenciée.



- En quoi consiste-t-il ? S'agit-il d'un cursus individualisé ?

- La pédagogie différenciée consiste à permettre à des profils psychologiques différents d'étudiants (amateurs de concepts, d'expérimentation, de sophistication, de "recettes") de trouver un rythme d'apprentissage adapté à leur projet personnel. Elle prend en compte les différences des individus en plus de leurs demandes spécifiques d'accomplissement d'un projet d'orientation professionnelle. C'est déjà une première voie vers la diversification des parcours tenant compte de la particularité des profils. Ensuite, les étudiants auront toujours accès à des 3es cycles de spécialiste. Pour cela, ils pourront, par le biais des accords de partenariat que nous aurons contractés, trouver une spécialité non développée à l'école, par exemple suivre une formation de trader à New York. La vitesse d'évolution technologique dans les entreprises nous pousse au bon équilibrage entre le spécialiste à un instant "t", sans conteste le meilleur pour l'entreprise à ce moment précis, et le généraliste, qui n'est pas le meilleur dans l'immédiat, mais qui saura s'adapter aux évolutions d'une organisation. Cette optique
est encore une fois innovante. Et nous verrons là encore si l'avenir nous donne raison.


Propos recueillis par Elisabeth Ballery

Parcours
Cofondateur de l'ESC Grenoble, Thierry Grange est un spécialiste du management technologique et de la gestion industrielle. Armé d'une double formation en génie industriel et gestion des entreprises, il a commencé sa carrière en tant qu'administrateur de projets internationaux de construction (chantiers en Afrique, Océanie, Brésil, Asie) pour l'entreprise Montalev (GTM) entre 1972 et 1978. Thierry Grange a ensuite été le créateur et dirigeant de BFG SA (aujourd'hui MBK) de 1978 à 1984. Polyglotte, il est également consul honoraire de Norvège. Enfin, le directeur de l'ESC Grenoble est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Innovation et Technologie (Maxima, Paris, 1999, avec L. Roche) et Travailler en groupe avec les NTIC (L'Harmattan, 1999, avec L. Roche et Y. Chatelain).
Groupe ESC Grenoble
Chiffres clés :
2 800 élèves et cadres en formation (89 étudiants en 1984), dont 450 étudiants étrangers
7 implantations dans le monde :
- En France, à Grenoble
- Six sites à l'étranger : en Chine (Pékin, Shanghaï), en Russie (Moscou), au Maroc (Casablanca), à Malte et en Moldavie (Chisinau)
400 intervenants extérieurs et 50 professeurs permanents
Budget du groupe ESC : 17,69 ME
- Fonctionnement : 16,02 ME
- Investissements : 488 000 E
- Recherche : 732 000 E
- Montant de la taxe d'apprentissage directe perçue en 2000-2001 : 2,72 ME

Les grandes dates du groupe ESC Grenoble :
1989 : admission de l'ESC Grenoble au chapitre des écoles de management de la Conférence des grandes écoles
1999 : certification Iso 9001 par le Bureau Veritas Quality International (BVQI)
2000 : accréditation Equis (European Quality Improvment System), qui positionne le groupe ESC Grenoble parmi les 30 meilleures Business Schools européennes

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Présences
Tél : 04 76 28 28 76
E-mail : presences@grenoble.cci.fr