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Mars 2003




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Portrait

Propos recueillis par Elisabeth Ballery


>> Antoine Raymond, dirigeant de A. Raymond.

En mai 2004, l'Union européenne accueillera dix nouveaux Etats.
Cet événement est-il ressenti comme une menace ou une opportunité ?
Comment les entreprises locales travaillent-elles aujourd'hui avec les pays candidats à l'élargissement ?

Pour répondre à ces questions, le magazine Présences a organisé une enquête auprès des entreprises exportatrices de la région grenobloise.

Antoine Raymond, dont le groupe est implanté depuis le milieu des années 1990 en Europe de l'Est, apporte son expérience et sa vision sur les perspectives de ce marché.


Que change pour vous l'élargissement de l'Union européenne à dix nouveaux Etats, dont huit situés dans la sphère d'influence de l'ex-Union soviétique ?
- Antoine Raymond : Tous nos clients, c'est-à-dire les constructeurs automobiles de taille mondiale et les grands équipementiers, sont déjà bien implantés en Europe de l'Est. L'un de ces pays sort tout particulièrement du lot ; il s'agit de la République tchèque, appelée aussi automotive country, où le groupe A.Raymond est présent depuis 1994, via une filiale qui a commencé à travailler pour le constructeur automobile Skoda. Cette marque tchèque, rachetée par Volkswagen en 1991, s'est depuis bien développée sur les marchés polonais, hongrois, slovaques, et nous l'approvisionnons en pièces de fixation. Nous fournissons également directement ou indirectement au travers d'équipementiers, les groupes PSA, Toyota, Volkswagen, très implantés en Slovaquie et en Tchéquie, ainsi que Fiat, General Motors et Daewoo, présents en Pologne, ou encore le groupe Renault, implanté en Roumanie. L'extension de notre organisation technique et commerciale à la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie, nous permet de travailler avec l'ensemble des clients de l'automobile sur chacun de ces pays. L'élargissement de l'Union européenne aura donc peu de conséquences sur nos flux, qui sont déjà importants et transitent facilement par échanges croisés entre nos filiales. Les aspects logistiques et douaniers seront peut-être simplifiés, mais ils étaient déjà bien rodés et maîtrisés. Le seul aspect qui changera vraiment sera l'extension de la monnaie unique à l'ensemble de ces pays, car aujourd'hui les monnaies locales fluctuent par rapport à la monnaie unique, ce qui a des conséquences pour les opérations d'import-export organisées au sein du groupe A. Raymond.

 

Pensez-vous que ces pays deviendront encore plus attrayants à l'avenir sur le plan industriel ?
- Nous avons trouvé en République tchèque une main-d'œuvre extrêmement qualifiée et de très grande qualité, à coûts compétitifs. Il ne faut cependant pas juger de l'attractivité d'un pays uniquement sur le coût de sa main-d'œuvre. D'autant que, élargissement ou non de l'Union européenne, les différences sociales, salariales entre Europe de l'Est et Europe de l'Ouest s'estompent très vite. Dans cinq à dix ans, je pense que le niveau de vie en République tchèque sera supérieur à celui du Portugal, et équivalent à celui de l'Espagne. Certes, les progrès sont moins rapides dans un pays comme la Roumanie. Mais il ne faut pas oublier que l'augmentation du pouvoir d'achat dans ces pays représentera aussi des opportunités pour certaines industries de l'Europe de l'Ouest, à condition que l'on sache les saisir. Dans ce sens, l'élargissement à l'Est peut aussi être une chance pour les pays d'Europe de l'Ouest.

 

- Avez-vous ressenti comme un obstacle les différences culturelles ou linguistiques ?
- A aucun moment ! Peut-être les entreprises occidentales implantées au tout début des années 1990, juste après la chute du mur de Berlin, ont-elles rencontré des freins culturels. Mais ces pays, habitués autrefois à un tout autre modèle économique, ont démontré une remarquable capacité d'adaptation au changement, tant du point de vue linguistique que des méthodes commerciales ou manageriales. Les différences culturelles qui peuvent nous séparer sont beaucoup moins importantes qu'avec la Chine ou le Japon par exemple. Aujourd'hui, dans notre filiale tchèque, nous utilisons principalement l'anglais, et éventuellement l'allemand ou l'italien pour communiquer au quotidien. L'anglais est d'ailleurs devenu la langue "officielle" du groupe A.Raymond. Nous avons en outre trouvé en République tchèque un esprit remarquablement tourné vers la mécanique et la technique. Il faut dire qu'avec beaucoup moins de moyens qu'aujourd'hui, les Tchèques réalisaient de véritables prouesses techniques…

 

- Pensez-vous accroître encore votre présence à l'Est ?
- Les perspectives de croissance sont importantes dans les pays d'Europe de l'Est pour les constructeurs automobiles, car le ratio de véhicule par habitant y est beaucoup plus faible que dans les pays occidentaux. C'est donc ici que l'on assistera à la plus forte demande de voitures dans les cinq à six prochaines années. Les constructeurs tels PSA, qui prévoient de s'implanter en Slovaquie, ou Renault en Roumanie, ne s'y trompent pas. De notre côté, nous commençons à étudier sérieusement une implantation en Russie, si le potentiel du marché se confirme, et si la situation politique, sociale, demeure saine.

 

- Quelles conclusions tirez-vous aujourd'hui de votre implantation en Europe de l'Est, par rapport à celles réalisées en Asie et sur le continent américain ?
- L'Asie, et plus particulièrement la Chine, est aujourd'hui le réceptacle de tous les investissements mondiaux, tant les marchés sont porteurs. Notre usine, implantée dans la région de Shangaï depuis 1996, a connu un démarrage assez lent, mais son activité s'accélère nettement aujourd'hui. Le site américain de Detroit est le plus solidement implanté, car nous sommes maintenant présents depuis 1986 aux Etats-Unis. Le groupe a créé une usine au Brésil en 1996, juste un an avant la crise du real. Après quelques années difficiles, nous commençons à recueillir les fruits de cette implantation.
Cette expérience nous a permis de vérifier que l'investissement international demeure à chaque fois une opération à risque, qui peut se révéler extrêmement coûteuse si l'implantation est envisagée à la légère. Je crois d'ailleurs que tous les groupes français qui se sont développés à l'international ces dernières années en ont tiré les mêmes conclusions. Un groupe comme le nôtre sait qu'il est important d'avoir une position internationale, mais que celle-ci doit se réaliser prudemment, en misant avant tout sur un retour sur investissement à long terme. Il ne faut donc pas hésiter dans sa démarche à s'appuyer sur les réseaux des postes d'expansion économique ou des chambres de commerce et d'industrie, qui connaissent bien les marchés, et regroupent d'autres entreprises françaises solidement implantées. Leur contact permet de tâter le terrain, de bien comprendre le niveau de risque et la culture du pays en question. Il est en effet fondamental pour nous de choisir avec le plus grand soin le lieu qui nous permettra de bien servir nos clients. Nous abordons donc la question des implantations étrangères avec encore davantage de philosophie, de précaution et de soin que par le passé.

 
Les enjeux de l'élargissement

L'aboutissement des négociations d'adhésion avec les dix pays candidats, Chypre, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie, lors du Conseil européen de Copenhague les 12 et 13 décembre 2002, permettra l'intégration de ces pays dans l'Union européenne à compter du 1er mai 2004. Le traité d'adhésion sera signé lors du sommet d'Athènes le 16 avril 2003, suivi pendant l'année 2003 par l'organisation de référendums de ratification de ce traité dans les pays candidats, et de la ratification par voie parlementaire dans les Etats membres.
Il s'agit de l'élargissement le plus important depuis la création de l'UE (la population croît de 28 %, de 375 à 490 millions d'habitants, le territoire de 34 % et le PIB de 5 %). Il aura comme conséquence économique l'ouverture de nouveaux marchés à la fois pour les membres actuels de l'UE et pour les pays candidats. Le coût estimé représente moins de 0,15 % du PNB de l'UE élargie, et au plus 22 % des dépenses budgétaires de l'UE.
Les principaux enjeux de l'élargissement ? Une Europe élargie plus stable, l'apparition de nouveaux marchés (les distances changent), l'apparition de nouveaux pôles de spécialisation (les coûts changent) et des perspectives de croissance des pays Peco(*) plutôt bonnes. Mais par ailleurs, les coûts d'approche des marchés Peco sont relativement importants (obstacles bureaucratiques, accès difficile au crédit…). Les déficits courants importants représentent une menace. La disparité entre les régions va croître.

(*) Pays d'Europe centrale et orientale. Source : Grex Euro Info Centre.


Les entreprises face à l'élargissement
1 - Selon vous, l'élargissement de l'Europe est pour les entreprises françaises :
   
Une bonne chose 61 %
Une mauvaise chose 14 %
Ne sait pas 25 %

2 - Comment percevez-vous cet élargissement pour votre entreprise ?
   
Nouvelles opportunités 27 %
Facteur de risques 16 %
Autres 4 %
Ne sait pas 20 %
Pas concerné 33 %

3 - De façon plus large, travaillez-vous déjà à l'international ?
   
Oui directement 50 %
Oui indirectement 9 %
Non 41 %

4 - Comptez-vous engager des actions vis-à-vis de ces nouveaux marchés en 2003 ?
   
Oui 11 %
Non 82 %
Ne sait pas 7 %

5 - Si oui, lesquelles :
   
Veille informative 36 %
Recherche d'agents commerciaux 18 %
Voyage de prospection 18 %
Recherche de fournisseurs 18 %
Participation à des salons 0 %
Mise en place d'une implantation 0 %
Autres 9 %
Source : Panel Présences.

La plupart des entreprises membres de Grex travaillent déjà avec les pays candidats à l'élargissement et le perçoivent comme une opportunité en termes de nouveaux marchés et de nouveaux fournisseurs. Elles prévoient en 2003 d'engager des actions spécifiques : recherche de distributeurs, recherche d'agents commerciaux, voyage de prospection…
Elles sont demandeuses de plus d'informations sur l'élargissement en général, et plus particulièrement sur les dix pays candidats.

Source : Grex Euro Info Centre.

Tout savoir sur l'élargissement de l'Union européenne
avec Grex Euro Info Centre.

>> Un espace du site web de Grex www.grex.fr est dédié à l'élargissement de l'Union européenne, avec des fiches pays, les questions essentielles que se posent les entreprises, des rubriques sur l'approche de ces marchés, les financements disponibles, ainsi que des liens avec les sites web utiles.
>> Dans le cadre de l'extranet qui sera prochainement mis en place avec ses adhérents, un espace spécifique consacré aux pays d'Europe centrale et orientale, qui aura pour objectif de faciliter l'échange d'expérience des adhérents qui travaillent ou s'intéressent à ces marchés.
>> Un déjeuner de travail est organisé jeudi 13 mars 2003, de 12 h à 14 h, à Grex, dans le cadre du club des adhérents, avec les CCI françaises en Pologne, Hongrie et République tchèque. Des entretiens individuels seront proposés avec les intervenants le matin ou l'après-midi aux entreprises qui ont des projets précis.

>> Grex vient de signer une convention de partenariat avec la CCI française en République tchèque afin de renforcer l'appui aux entreprises sur ce marché.

>> Une réunion de sensibilisation sur les enjeux et l'impact de l'élargissement pour les entreprises aura lieu à la CCI au printemps 2003.
Contact : Grex au 04 76 28 29 40.




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