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Novembre 2003





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Dossier : SECURITE INFORMATIQUE
Par Richard Gonzalez



>> Comment mieux protéger ses systèmes informatiques ?

La généralisation d'Internet, le développement de l'informatique répartie et des outils mobiles, et la diffusion de la culture technologique, jouent en faveur de la performance de l'entreprise.
Ils font tout autant peser de nouvelles menaces.
D'après le Clusif (Club de la sécurité des systèmes d'information français), les avaries liées aux systèmes informatiques ont entraîné une baisse de 8 % de la productivité des entreprises en 2002.
Un chiffre qui doit sensibiliser les dirigeants aux enjeux d'une technologie fiable et sûre.

Témoignages :
- Dessertine : le cybercafé est amer.
- Rossignol glisse vers l'infogérance.
- Phébus démocratise la sécurité des serveurs.
- La sécurité, une affaire classée pour JPF Informatique.
- L'Inria : pour une collaboration sans faille.

- Mataru, l'intelligence est dans la boîte.


Le taux d'infection des machines par les virus a bondi de 14 % en 2001 à plus de 26 % l'an dernier en France. Il suffit d'ouvrir sa messagerie pour prévoir que ce chiffre sera encore très élevé cette année. Depuis le début de l'été, plusieurs vagues de ces programmes destructeurs, "virus", "vers" et autres "chevaux de Troie", affectent les ordinateurs du monde entier. Des offensives répétées qui ont pu entraîner le blocage immédiat des machines et la perte de données stratégiques pour les entreprises. De plus en plus, le système d'information s'évalue non pas uniquement en termes de budget et de coût, mais également en termes de valeur. Il gère des données de nature et d'utilité très différentes : informations financières, stratégiques, résultats de la R&D, données sur les clients, le personnel etc. Leur perte, leur altération ou leur divulgation est donc susceptible de causer un dommage important soit à l'entreprise elle-même (dégradation d'image, perte financière), soit à des tiers, personnes physiques ou morales (données sensibles sur les clients et fournisseurs, information confidentielle d'un partenaire commercial ou de R&D par exemple). "En sécurité informatique, comme dans le domaine de la santé, il vaut mieux prévenir que guérir : c'est une question de coûts, voire de survie de l'entreprise", alerte Yannick Bouchet, responsable du Clusir Rhône-Alpes (Club de la sécurité des systèmes d'information régional).


Yannick Bouchet,
directeur du Clusir
Rhône-Alpes :
"En matière de sécurité informatique, il vaut mieux prévenir que guérir. C'est une question de coûts, voire de survie pour l'entreprise."

L'antivirus : nécessaire mais pas suffisant. S'il est impossible de recenser de manière exhaustive les menaces qui pèsent sur les systèmes, les vagues répétées de virus ont rappelé le premier danger des entreprises connectées. "La bonne chose, c'est que ces attaques virales ont fait prendre conscience à tous les dirigeants de la nécessité de se protéger un minimum", note Nicolas Dutertre, de la société Artinfor (CA : 1,5 ME, 4 salairés), à Grenoble. Encore faut-il savoir utiliser le logiciel de protection associé. L'antivirus est un bon outil pour détecter ce qu'il connaît, d'après une base de données fixée. Mais on oublie trop souvent qu'avec une dizaine de nouveaux virus, vers et chevaux de Troie écrits tous les jours, son efficacité n'est que relative. "L'antivirus reste un outil de détection éventuelle, mais certainement pas une solution de sécurité en soi. Lorsqu'une faille est découverte, le bon réflexe n'est pas seulement de mettre à jour son antivirus, mais surtout d'installer un correctif pour cette faille", détaille ainsi Philippe Mamy, directeur général de RFI Informatique (CA : 7,2 ME), à Seyssinet-Pariset. En effet, la faille permet non seulement de propager un ver, mais aussi et surtout d'introduire toute une série de programmes concurrents pour voler ou détruire des données à distance. Si la messagerie reste la première source de virus, le téléchargement d'utilitaires exécutables sur Internet représente aussi un danger de contamination. Un firewall, ou pare-feu, peut alors limiter la bande passante au strict transfert de données courantes. Sans faire de son ordinateur un bunker piégé, le blindage de l'accès doit être suffisamment fort pour décourager les intrusions. C'est le sens des efforts de recherche de la société de services en gestion d'interconnexion Netcelo, à Grenoble, dont la nouvelle offre VPN IPSEC concentre en un seul point toutes les fonctions réseau et sécurité. "Sachant que le risque zéro n'existe pas : on a beau mettre des cadenas partout, il demeure toujours des trous de serrure", tempère Nicolas Dutertre.

La mobilité : un frein à la sécurité ? Ces trous se multiplient encore avec l'évolution technologique. Les liaisons ADSL, par exemple, fixent l'adresse IP de l'ordinateur, qui devient alors plus facile à repérer. "Le monde informatique s'ouvre de plus en plus, il est plus abordable par tout un chacun et requiert donc une sécurité accrue", alerte Didier Hoffmann, directeur des services et du développement au sein de Amec Spie DCCS (CA : 4,5 ME), à Grenoble. Ordinateurs portables, connexions à distance, télétravail et technologie sans fil multiplient aussi les risques. Et alors que les offres wi-fi se démocratisent, les normes de sécurité peinent à suivre le rythme de l'innovation. Didier Hoffmann rappelle les menaces liées à ces réseaux sans fil : "Facile à mettre en œuvre, d'un faible coût, le wi-fi ou le Bluetooth ne garantit pas une connexion maîtrisée : il est plus facile de s'infiltrer dans un réseau sans fil que dans un réseau physique, et en plus le malveillant ne laisse aucune trace." La norme 802.11b, utilisée dans le wi-fi de première génération, n'est pas prévue pour un usage sécurisé et confidentiel. Et les clés de cryptage à 64 bits se sont vite révélées vulnérables. "Les modules de chiffrement proposent aujourd'hui du 128 bits, assez sûr, mais jusqu'à quand ?" s'interroge Didier Hoffmann. Le Clusif préconise l'usage d'un firewall entre le réseau sans fil et le réseau local classique. Et recommande de suivre le cadre légal lié à ces réseaux, auprès de l'Autorité de régulation des télécommunications (ART). Ce cadre évolue constamment : "A ce jour, il n'existe pas encore de jurisprudence concernant l'application des règles de déploiement ou les actions malveillantes réalisées sur le sans-fil", conclut Yannick Bouchet.


Pour Nicolas Dutertre, cogérant de Artinfor,
"la centralisation des systèmes et le passage
au noyau Linux sont deux étapes essentielles pour la sécurisation de l'informatique des entreprises".
 

Des solutions fiables. A chaque taille d'entreprise, sa protection. La solution a minima des PME-PMI peut consister à insérer une messagerie intermédiaire entre le fournisseur d'accès et le réseau interne : une sorte de passerelle qui filtrera les virus, mais aussi ces fameux spams, ou messages non sollicités d'origine souvent publicitaire. L'offreur de solutions RFI Informatique protège lui-même ses quatre sites interconnectés, à l'aide de pare-feux et systèmes de détection d'attaques qu'il a conçus. "Nous rejetons plus d'une centaine de messages par jour, suspects ou inutiles", note Philippe Mamy, qui considère le spam comme une véritable violation de l'outil informatique, mais aussi un facteur de baisse de la productivité, dans la mesure où il encombre la messagerie.

Autre enjeu négligé : la sauvegarde des données. Les systèmes DAT sont assez fiables, mais à l'usage, une bande peut devenir illisible à force de tourner. Ils imposent aussi une discipline stricte à l'ensemble du personnel : il faut prendre le soin de changer la cartouche régulièrement. Plus sûrs, mais réservés aux grandes entreprises en raison de leur coût, des systèmes redondants en miroir permettent d'éviter la perte de données sur un disque défaillant. Enfin, la centralisation des systèmes de l'entreprise éludera le problème des bidouillages sans contrôle, autant qu'elle facilitera la maintenance. C'est du moins la conviction d'Artinfor, qui voit dans la reconcentration des moyens informatiques l'assurance d'une plus grande protection. La société grenobloise préconise aussi le noyau système Linux. Yannick Bouchet le reconnaît : "Après des années de défiance, les entreprises commencent enfin à adopter Linux. On sait qu'il est plus stable que Windows, notamment au niveau de la messagerie." Autre avantage : sa résistance aux virus, car on ne lui connaît guère de failles. "Le problème avec Linux, c'est que les entreprises reconnaissent aujourd'hui sa fiabilité supérieure, sans pouvoir franchir encore le pas. Les dirigeants ont encore peur de changer leurs habitudes et toute la panoplie des logiciels qui vont avec", analyse Nicolas Dutertre.
Plutôt que de subir la contrainte des changements perpétuels, certaines entreprises ont préféré confier tout ou partie de leur système d'information. Des sociétés s'y emploient, traitant par exemple elles-mêmes les données administratives, telle que la gestion des paies. C'est le cas de RFI Informatique, qui va jusqu'à proposer la location de matériel : "L'externalisation peut profiter au personnel technique comme à la direction de l'entreprise car elle permet de rester à la pointe des techniques de gestion du risque et des solutions, pesantes pour la plupart des structures", explique Philippe Mamy.

En interne aussi. Une stratégie de protection ne saurait cependant se limiter à regarder vers l'extérieur. "La fraude vient majoritairement de l'intérieur de l'entreprise, non pas du dehors", avance encore Philippe Mamy. D'où la nécessaire mise en place de droits d'accès. Car le danger le plus sérieux pour les ressources stratégiques des grandes entreprises serait le fait "d'espions" infiltrés et ayant un accès trop facile aux postes utilisateurs, souvent mal protégés par un simple mot de passe. Une gestion rigoureuse du système d'information nécessite donc non seulement de se munir d'outils contre les attaques externes, mais aussi de mettre en place une administration stricte et sécurisée des postes de travail, de contrôler les flux entrants et sortants, et de maîtriser les relations avec les prestataires. Contre les risques liés à une utilisation abusive des messageries, certaines sociétés ont mis en place des chartes relatives à leur système d'information.
C'est le cas de Rossignol, qui a ainsi réussi à sensibiliser le personnel, via son intranet, en diffusant la description précise du système et des précautions à prendre en conséquence. "Le danger final, c'est d'assimiler l'informatique professionnelle et familiale : on a tous l'image d'une informatique facile, maintenant que les PC sont dans tous les foyers. Pourtant, dans l'entreprise, les risques et les conditions d'utilisation ne sont pas les mêmes !" conclut Nicolas Dutertre.


Philippe Mamy,
directeur de RFI Informatique : "Dans un environnement où
les menaces évoluent constamment, l'externalisation permet à l'entreprise de rester à la pointe des techniques
de protection.

Pour une vraie politique de sécurité. Tous ces gestes de protection ne sauraient pourtant être efficaces sans leur articulation ordonnée et méthodique. "Il ne faut oublier aucune couche : les aspects méthodologiques sont indissociables de la technologie et de l'information si l'on veut s'assurer une sécurité maximale", insiste Yannick Bouchet. "On ne peut pas tout résoudre avec la technologie", acquiesce de son côté Serge Rigori. Chaque entreprise doit selon lui mettre en place une police de gestion d'incident. Par exemple, en cas d'attaque de virus, elle doit être capable de communiquer convenablement, aussi bien en interne qu'envers ses clients. Surtout, une politique de la sécurité informatique de l'entreprise ne peut rester figée dans une vision immuable. Il y a nécessité de l'adapter en permanence aux évolutions de l'environnement : nouvelles vulnérabilités, progrès techniques d'attaques etc. Pour optimiser cette politique, il faut analyser périodiquement l'écart entre l'état réel de la sécurité et les objectifs que l'on s'est fixés. Un pilotage efficace consiste à vérifier et à réduire cet écart
dans un tableau de bord. Différents modèles de ces check-boards sont téléchargeables sur le site www.clusif.asso.fr.


"La mobilité et le sans-fil ouvrent la porte à de nouvelles agressions", alerte
Didier Hoffmann,
directeur des services et du développement de Amec Spie DCCS.

La sécurité des systèmes d'information a longtemps consisté à détecter des failles pour mettre en évidence des risques et décider des mesures les plus appropriées. Les méthodes de management de la sécurité des années 1990 ont été basées sur ce principe. MARION, ainsi que des référentiels tels que le BS 7799 (ISO 17799) ou le IT Baseline Protection Manual font partie de ces méthodes, fondamentalement basées sur la réduction des vulnérabilités. "L'ouverture des réseaux et le travail coopératif entre partenaires, clients et fournisseurs, a modifié cette vision. L'appréciation des risques dépend désormais de la vision de la direction générale face à ses objectifs stratégiques, non plus du management des risques", expose Yannick Bouchet. La méthode MEHARI (Méthode harmonisée d'analyse de risques), développée par la commission Méthodes du Clusir, permet de concilier les objectifs stratégiques et les nouveaux modes de fonctionnement de l'entreprise avec une politique de maintien des risques à un niveau librement fixé. Toute la stratégie consistera alors à rechercher un équilibre entre les dangers et les atouts d'une ouverture de l'entreprise.

Risques en chaîne. Cette responsabilité croissante du dirigeant va de pair avec une évidente prise de conscience : la recherche de nouveaux vecteurs de croissance doit amener l'entreprise à se protéger d'éventuelles baisses de productivité. Devenue valeur sous l'effet des machines qui la traitent, l'information est soumise à une traque sans merci. Toutes les parties impliquées dans la sécurité de l'information s'accordent pour reconnaître que les risques de délits informatiques sont aujourd'hui plus sérieux que jamais. Cette situation est due à la convergence de plusieurs tendances. Dans la mesure où celles-ci devraient se poursuivre à l'avenir, les entreprises s'en trouveront encore plus menacées. Directement, le ver Blaster de l'été dernier a détruit les fonctionnalités courantes de 5 à 10 % des ordinateurs dans le monde. "Autant de machines par lesquelles il n'est plus possible d'acheter via le Net. Et toutes ces personnes ne vont pas forcément s'en rendre compte, ni même agir en conséquence", s'inquiète Jean-Marc Potdevin, vice président R&D de Kelkoo (CA : 15,5 ME), à Echirolles. Le plus angoissant reste la destruction d'Internet au niveau mondial. "On peut imaginer qu'un groupe terroriste décide de réduire le réseau à néant, ajoute Yannick Bouchet. Ce n'est pas de la science-fiction, quand on voit jusqu'où l'idéologie peut mener. Les grandes entreprises s'en sortiraient peut-être au prix de multiples efforts de reconstruction, mais certainement pas les plus petites." Avec le spectre d'un ébranlement généralisé d'Internet, l'inégalité des entreprises face à la sécurité informatique n'en devient que plus flagrante.



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