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Novembre 2003





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Portrait

Propos recueillis par Elisabeth Ballery


>> Patrice Chastagner, PDG de STMicroelectronics SA

Patrice Chastagner, directeur du site STMicroelectronics à Grenoble, a été nommé en juin dernier PDG de STMicroelectronics SA. Il dirige ainsi près de 10 000 personnes en France, réparties sur plusieurs sites de production, un centre administratif (Saint-Genis, Ain), un centre commercial et d'assistance clients (Paris), et un centre mondial de R&D (Crolles). Il revient sur la conjoncture de l'industrie des semi-conducteurs, le projet de désengagement du site de Rennes, et les développements du groupe.

Quel est votre parcours ?
Patrice Chastagner :
Je dispose d'un profil assez atypique pour le groupe STMicroelectronics. Lorsque j'ai été nommé directeur en 1988 du site de Grenoble, j'avais auparavant acquis des expériences en management et en gestion en tant qu'auditeur ou directeur financier, dans des secteurs d'activité très divers. Cela signifie que je ne suis pas né dans l'industrie du semi-conducteur. Cet aspect peut présenter au départ une difficulté réelle, car il y a au sein de ce groupe un minimum d'expérience technique à acquérir. Mais j'ai pu aussi apporter à STMicroelectronics un regard neuf, orienté clients et marchés, attaché à autre chose qu'au seul aspect techni-que des produits. Je suis en réalité ar-rivé sur le polygone scientifique dès 1985, comme directeur financier d'un site qui ne s'appelait pas encore STMicroelectronics, mais EFCIS, filiale de semi-conducteurs du groupe Thomson. J'ai alors vécu la réorganisation de cette filiale, puis la reconfiguration du groupe Thomson en SGS-Thomson. J'ai enfin assisté à la création en 1987 de la compagnie franco-italienne STMicroelectronics, telle qu'on la connaît aujourd'hui.

 

Vous avez donc connu à votre arrivée de multiples soubresauts ?
- Cela veut dire en effet que j'ai parti-cipé à la fin des années 1980 à plusieurs rationalisations, qui ont consisté à chaque moment à examiner les missions que l'on souhaitait se donner, et à étudier les atouts de Grenoble par rapport à la vocation tracée. Cela a aussi signifié restructurer, car la santé financière de la filiale de Thomson était très précaire. En 1987, le regroupement entre Thomson semi-conducteurs (France) et SGS Microelectronica (Italie) a donné naissance à un ensemble pesant 850 M$ de chiffre d'affaires. En 2002, STMicroelectronics a réalisé un chiffre d'affaires de 6,3 Mds$… Les sites de Grenoble et de Saint-Egrève employaient à l'époque 1500 personnes, et 1 100 à l'issue de la rationalisation qui a abouti à la fermeture du site de Saint-Egrève. STMicro-electronics, c'est aujourd'hui 4 500 personnes en région grenobloise, et près de 10 000 en France. Dans la fin des années 1980, deux entreprises en difficulté ont ainsi été mariées pour en faire un groupe à succès.

 

Comment se positionne STMicro-electronics dans la compétition internationale ?
- En 1987, nous nous classions au 15e rang mondial. Lorsque l'on se situe à cette position, on n'est pas tout à fait sûr de survivre sur le long terme. En 2002, STMicroelectronics s'est imposée comme un solide quatrième. Cela est extrêmement important : nous sommes entrés dans la cour des grands. Mais les évolutions ont été très marquées dans cet intervalle de temps. Les Européens étaient en 1987 en grande difficulté, comme les Américains. Seuls les Japonais raflaient toutes les positions. Depuis, il s'est produit un phénomène classique de réactivité à l'américaine. Les groupes d'outre-Atlantique ont accompli des gains de productivité énormes, et ils ont regagné le leadership. Les Européens n'ont pas non plus baissé les bras, ce qui s'est reflété à travers les parcours de STMicroelectronics, Philips, Siemens (Infineon aujourd'hui). Toutes ces entreprises ont gagné des places, sauf les Japonais, qui ont subi une crise beaucoup plus globale, touchant à la fois le système bancaire, l'immobilier, et la société civile. Le classement 2002 laisse en revanche entrevoir le nouveau phénomène du jour, la percée du groupe Samsung, c'est-à-dire des Sud-Coréens. Ces mouvements montrent bien que rien n'est jamais acquis, surtout dans des métiers aux variations extrêmement rapides comme les nôtres…

 

Si vous deviez faire "l'audit" des forces et des faiblesses de STMicroelectronics, comment caractériseriez-vous le groupe ?
- STMicroelectronics est présent sur une très large palette de produits -sauf les mémoires dynamiques-ce qui le positionne comme un fournisseur global, à la différence de l'américain Intel, de loin numéro un mondial, spécialisé dans les circuits intégrés semi-conducteurs pour la microinformatique. La spécialité d'Intel représente une force, car la compagnie américaine est imbattable sur son créneau, mais aussi une faiblesse lorsque la micro-informatique est en crise. Nous avons donc tendance à classer Intel à part. STMicroelectronics apparaît dans le classement derrière Samsung et Toshiba. Face à tous les autres compétititeurs, le groupe peut se battre avec des chances raisonnables de succès, grâce notamment à sa politique d'alliances stratégiques, et à sa position de leader en solutions "système intégré sur une puce".

 

Comment se répartissent vos marchés ?
- Une donnée est en train de changer fondamentalement : la position de l'Extrême-Orient. Traditionnellement, une entreprise de taille mondiale a des marchés émergents, et dirige progressivement des ressources industrielles, commerciales, sur ces marchés. Or, nous voyons apparaître aujourd'hui un véritable clivage entre le lieu du siège social de nos clients et l'origine géographique de la filiale à laquelle nous vendons effectivement nos produits. Selon la première acceptation, l'Europe représente 46 % des ventes de STMicroelectronics, et dans la deuxième, 29 %… Si les clients d'origine asiatique représentent 15 % de nos ventes, l'Asie constitue 43 % de nos livraisons ! Les marchés connaissent donc une mutation profonde, et pas simplement parce que l'Asie possède des pays à bas coûts de main-d'œuvre, mais aussi parce que ce continent recèle des marchés en fort développement. En Chine par exemple, la population ne souhaite pas des téléphones portables chers avec beaucoup de fonctions, mais des produits basiques, peu chers, qui remplissent bien leur fonction de téléphone. Il faut donc les concevoir et les fabriquer sur place pour répondre aux attentes de ce marché. Cela nous conduit à suivre nos clients et à revoir l'implantation géographique de nos centres. De même, il ne faut pas sous-estimer l'excellence de la formation délivrée dans certains pays d'Asie.

 

Ces évolutions ont-elles un lien avec le projet de désengagement du site de Rennes ?
- Oui. STMicroelectronics est créateur d'emplois en France et le restera. Mais cela ne veut pas dire que le groupe ne réétudie pas ce qui se passe en France. A Rennes, nous disposions d'un site aux procédés de production dits "matures". Or, en fin de vie des process de fabrication, l'aspect clé de la compétitivité devient le coût de production. Sur ce point, l'Asie était plus compétitive, et de beaucoup. Depuis une vingtaine d'années, le groupe dispose d'une usine à Singapour. Les procédés de fabrication qui ont été installés dans les années 1980 à Rennes seront transférés dans notre unité de Singapour pour conserver cette activité. Malheureusement, il n'est pas possible d'agrandir le site de Rennes pour l'adapter à une nouvelle génération d'équipements, car cette usine est enserrée dans le tissu urbain. Un comité de diversification a été créé il y a deux ans pour étudier des solutions de reprise d'actifs, ou bien le développement d'activités nouvelles. Par ailleurs, en tant que contributeurs nets d'emplois en France, nous offrons des postes sur nos autres sites, dont deux en particulier en plein développement, ceux de Crolles et de Rousset.

 

Comment évoluent actuellement vos différents marchés ?
- Aussi étonnant que cela puisse paraître, les débouchés qui tirent actuellement le mieux notre activité sont ceux de l'automobile, car le poids relatif des composants microélectroniques dans l'ensemble des équipements ne cesse d'augmenter. L'automobile progresse régulièrement chaque année de 8 %. Lorsque l'activité liée à la téléphonie croît au rythme de 40 %, une croissance de 8 % peut sembler négligeable, mais inversement, lorsque la téléphonie chute de 20 %, comme cela a été le cas en 2001, un taux de 8 % n'est plus du tout ridicule ! La diversification de nos marchés nous a bien aidés à traverser les turbulences des années 2001 et 2002. Au total, sur le premier semestre 2003, nous avons réalisé une croissance de 12 % par rapport au premier semestre 2002. Il s'agit pour STMicroelectronics d'une croissance "douce", car en dessous de 15 %, la croissance ne génère pas de hausse de prix, compte tenu des investissements massifs en capacité de production réalisés par les Coréens et les Taïwanais.

 
La position de STMicroelectronics pourrait-elle se voir menacée par une rupture technologique ?
- On entend dire depuis de nombreuses années que l'on va buter sur les contraintes physiques du silicium. Mais on s'aperçoit en réalité que les chercheurs ont sans cesse repoussé les limites prédites. L'abandon du silicium n'apparaît donc pas pour demain, ni même après-demain. D'autant qu'à côté des critères techniques, il existe des critères économiques à prendre en compte. Le prix des produits finis est de plus en plus bas, quand les investissements matériels et technologiques nécessaires pour produire des puces plus performantes croissent de façon très importante. Il y a donc des limites à imaginer, pour l'instant, le passage à d'autres technologies.
 
Les développements réalisés à Crolles 2 tiennent-ils leurs promesses ?
- Les lignes de production installées à Crolles 2 viennent de sortir leurs premiers lots, et il s'agit apparemment de très bons lots. L'intégration entre les équipes de Philips, Motorola et STMicroelectronics se passe en outre très bien. Il existe un grand respect mutuel dans le travail réalisé en partenariat, et chacun sait revenir dans son pré carré lorsqu'il s'agit de concevoir ses propres productions. Cette alliance montre que l'on peut être partenaires à 95 %, et concurrents sur 5 %, dans un programme commun de développement.
 
STMICROELECTRONICS
 
> Activité
fournisseur de semi-conducteurs.

> Implantations
17 sites de production, 16 centres de R&D avancés, 39 centres de conception et d'applications, 88 bureaux de vente dans 31 pays.

> Chiffre d'affaires
- Premier semestre 2003 : 3,32 Mds$. Poids relatif des segments de marchés : communications 30 %, informatique 20 %, grand public 20 %, automobile 15 %, industriel 15 %.
- Année 2002 : 6,32 Mds$.


> Effectif
plus de 43 000 salariés, dont 10 000 en France.

> Répartition des ventes du premier semestre 2003

Répartition par origine géographique de la clientèle
Répartition par région
de livraison
 


 
 
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