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Patrice Chastagner, PDG de STMicroelectronics SA |
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Patrice
Chastagner, directeur du site STMicroelectronics à Grenoble,
a été nommé en juin dernier PDG de STMicroelectronics
SA. Il dirige ainsi près de 10 000 personnes en France, réparties
sur plusieurs sites de production, un centre administratif (Saint-Genis,
Ain), un centre commercial et d'assistance clients (Paris), et un
centre mondial de R&D (Crolles). Il revient sur la conjoncture
de l'industrie des semi-conducteurs, le projet de désengagement
du site de Rennes, et les développements du groupe.
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Quel
est votre parcours ?
Patrice Chastagner : Je dispose d'un profil assez atypique pour
le groupe STMicroelectronics. Lorsque j'ai été nommé
directeur en 1988 du site de Grenoble, j'avais auparavant acquis
des expériences en management et en gestion en tant qu'auditeur
ou directeur financier, dans des secteurs d'activité très
divers. Cela signifie que je ne suis pas né dans l'industrie
du semi-conducteur. Cet aspect peut présenter au départ
une difficulté réelle, car il y a au sein de ce groupe
un minimum d'expérience technique à acquérir.
Mais j'ai pu aussi apporter à STMicroelectronics un regard
neuf, orienté clients et marchés, attaché à
autre chose qu'au seul aspect techni-que des produits. Je suis en
réalité ar-rivé sur le polygone scientifique
dès 1985, comme directeur financier d'un site qui ne s'appelait
pas encore STMicroelectronics, mais EFCIS, filiale de semi-conducteurs
du groupe Thomson. J'ai alors vécu la réorganisation
de cette filiale, puis la reconfiguration du groupe Thomson en SGS-Thomson.
J'ai enfin assisté à la création en 1987 de
la compagnie franco-italienne STMicroelectronics, telle qu'on la
connaît aujourd'hui.
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Vous
avez donc connu à votre arrivée de multiples soubresauts
?
- Cela veut dire en effet que j'ai parti-cipé à la
fin des années 1980 à plusieurs rationalisations,
qui ont consisté à chaque moment à examiner
les missions que l'on souhaitait se donner, et à étudier
les atouts de Grenoble par rapport à la vocation tracée.
Cela a aussi signifié restructurer, car la santé financière
de la filiale de Thomson était très précaire.
En 1987, le regroupement entre Thomson semi-conducteurs (France)
et SGS Microelectronica (Italie) a donné naissance à
un ensemble pesant 850 M$ de chiffre d'affaires. En 2002, STMicroelectronics
a réalisé un chiffre d'affaires de 6,3 Mds$
Les sites de Grenoble et de Saint-Egrève employaient à
l'époque 1500 personnes, et 1 100 à l'issue de la
rationalisation qui a abouti à la fermeture du site de Saint-Egrève.
STMicro-electronics, c'est aujourd'hui 4 500 personnes en région
grenobloise, et près de 10 000 en France. Dans la fin des
années 1980, deux entreprises en difficulté ont ainsi
été mariées pour en faire un groupe à
succès.
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Comment se positionne STMicro-electronics dans la compétition
internationale ?
- En 1987, nous
nous classions au 15e rang mondial. Lorsque l'on se situe à
cette position, on n'est pas tout à fait sûr de survivre
sur le long terme. En 2002, STMicroelectronics s'est imposée
comme un solide quatrième. Cela est extrêmement important
: nous sommes entrés dans la cour des grands. Mais les évolutions
ont été très marquées dans cet intervalle
de temps. Les Européens étaient en 1987 en grande
difficulté, comme les Américains. Seuls les Japonais
raflaient toutes les positions. Depuis, il s'est produit un phénomène
classique de réactivité à l'américaine.
Les groupes d'outre-Atlantique ont accompli des gains de productivité
énormes, et ils ont regagné le leadership. Les Européens
n'ont pas non plus baissé les bras, ce qui s'est reflété
à travers les parcours de STMicroelectronics, Philips, Siemens
(Infineon aujourd'hui). Toutes ces entreprises ont gagné
des places, sauf les Japonais, qui ont subi une crise beaucoup plus
globale, touchant à la fois le système bancaire, l'immobilier,
et la société civile. Le classement 2002 laisse en
revanche entrevoir le nouveau phénomène du jour, la
percée du groupe Samsung, c'est-à-dire des Sud-Coréens.
Ces mouvements montrent bien que rien n'est jamais acquis, surtout
dans des métiers aux variations extrêmement rapides
comme les nôtres
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Si
vous deviez faire "l'audit" des forces et des faiblesses
de STMicroelectronics, comment caractériseriez-vous le groupe
?
- STMicroelectronics est présent sur une très large
palette de produits -sauf les mémoires dynamiques-ce qui
le positionne comme un fournisseur global, à la différence
de l'américain Intel, de loin numéro un mondial, spécialisé
dans les circuits intégrés semi-conducteurs pour la
microinformatique. La spécialité d'Intel représente
une force, car la compagnie américaine est imbattable sur
son créneau, mais aussi une faiblesse lorsque la micro-informatique
est en crise. Nous avons donc tendance à classer Intel à
part. STMicroelectronics apparaît dans le classement derrière
Samsung et Toshiba. Face à tous les autres compétititeurs,
le groupe peut se battre avec des chances raisonnables de succès,
grâce notamment à sa politique d'alliances stratégiques,
et à sa position de leader en solutions "système
intégré sur une puce".
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Comment se répartissent vos marchés ?
- Une donnée est en train de changer fondamentalement : la
position de l'Extrême-Orient. Traditionnellement, une entreprise
de taille mondiale a des marchés émergents, et dirige
progressivement des ressources industrielles, commerciales, sur
ces marchés. Or, nous voyons apparaître aujourd'hui
un véritable clivage entre le lieu du siège social
de nos clients et l'origine géographique de la filiale à
laquelle nous vendons effectivement nos produits. Selon la première
acceptation, l'Europe représente 46 % des ventes de STMicroelectronics,
et dans la deuxième, 29 %
Si les clients d'origine
asiatique représentent 15 % de nos ventes, l'Asie constitue
43 % de nos livraisons ! Les marchés connaissent donc une
mutation profonde, et pas simplement parce que l'Asie possède
des pays à bas coûts de main-d'uvre, mais aussi
parce que ce continent recèle des marchés en fort
développement. En Chine par exemple, la population ne souhaite
pas des téléphones portables chers avec beaucoup de
fonctions, mais des produits basiques, peu chers, qui remplissent
bien leur fonction de téléphone. Il faut donc les
concevoir et les fabriquer sur place pour répondre aux attentes
de ce marché. Cela nous conduit à suivre nos clients
et à revoir l'implantation géographique de nos centres.
De même, il ne faut pas sous-estimer l'excellence de la formation
délivrée dans certains pays d'Asie.
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Ces
évolutions ont-elles un lien avec le projet de désengagement
du site de Rennes ?
- Oui. STMicroelectronics est créateur d'emplois en France
et le restera. Mais cela ne veut pas dire que le groupe ne réétudie
pas ce qui se passe en France. A Rennes, nous disposions d'un site
aux procédés de production dits "matures".
Or, en fin de vie des process de fabrication, l'aspect clé
de la compétitivité devient le coût de production.
Sur ce point, l'Asie était plus compétitive, et de
beaucoup. Depuis une vingtaine d'années, le groupe dispose
d'une usine à Singapour. Les procédés de fabrication
qui ont été installés dans les années
1980 à Rennes seront transférés dans notre
unité de Singapour pour conserver cette activité.
Malheureusement, il n'est pas possible d'agrandir le site de Rennes
pour l'adapter à une nouvelle génération d'équipements,
car cette usine est enserrée dans le tissu urbain. Un comité
de diversification a été créé il y a
deux ans pour étudier des solutions de reprise d'actifs,
ou bien le développement d'activités nouvelles. Par
ailleurs, en tant que contributeurs nets d'emplois en France, nous
offrons des postes sur nos autres sites, dont deux en particulier
en plein développement, ceux de Crolles et de Rousset.
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Comment
évoluent actuellement vos différents marchés
?
- Aussi étonnant que cela puisse paraître, les débouchés
qui tirent actuellement le mieux notre activité sont ceux
de l'automobile, car le poids relatif des composants microélectroniques
dans l'ensemble des équipements ne cesse d'augmenter. L'automobile
progresse régulièrement chaque année de 8 %.
Lorsque l'activité liée à la téléphonie
croît au rythme de 40 %, une croissance de 8 % peut sembler
négligeable, mais inversement, lorsque la téléphonie
chute de 20 %, comme cela a été le cas en 2001, un
taux de 8 % n'est plus du tout ridicule ! La diversification de
nos marchés nous a bien aidés à traverser les
turbulences des années 2001 et 2002. Au total, sur le premier
semestre 2003, nous avons réalisé une croissance de
12 % par rapport au premier semestre 2002. Il s'agit pour STMicroelectronics
d'une croissance "douce", car en dessous de 15 %, la croissance
ne génère pas de hausse de prix, compte tenu des investissements
massifs en capacité de production réalisés
par les Coréens et les Taïwanais.
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La
position de STMicroelectronics pourrait-elle se voir menacée
par une rupture technologique ?
- On entend dire depuis de nombreuses années que l'on va buter
sur les contraintes physiques du silicium. Mais on s'aperçoit
en réalité que les chercheurs ont sans cesse repoussé
les limites prédites. L'abandon du silicium n'apparaît
donc pas pour demain, ni même après-demain. D'autant
qu'à côté des critères techniques, il existe
des critères économiques à prendre en compte.
Le prix des produits finis est de plus en plus bas, quand les investissements
matériels et technologiques nécessaires pour produire
des puces plus performantes croissent de façon très
importante. Il y a donc des limites à imaginer, pour l'instant,
le passage à d'autres technologies. |
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Les
développements réalisés à Crolles 2 tiennent-ils
leurs promesses ?
- Les lignes de production installées à Crolles 2 viennent
de sortir leurs premiers lots, et il s'agit apparemment de très
bons lots. L'intégration entre les équipes de Philips,
Motorola et STMicroelectronics se passe en outre très bien.
Il existe un grand respect mutuel dans le travail réalisé
en partenariat, et chacun sait revenir dans son pré carré
lorsqu'il s'agit de concevoir ses propres productions. Cette alliance
montre que l'on peut être partenaires à 95 %, et concurrents
sur 5 %, dans un programme commun de développement. |
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>
Activité
fournisseur de semi-conducteurs.
> Implantations
17
sites de production, 16 centres de R&D avancés,
39 centres de conception et d'applications, 88 bureaux de
vente dans 31 pays.
> Chiffre d'affaires
-
Premier semestre 2003 : 3,32 Mds$. Poids relatif des
segments de marchés : communications 30 %, informatique
20 %, grand public 20 %, automobile 15 %, industriel
15 %.
- Année 2002 : 6,32 Mds$.
> Effectif
plus
de 43 000 salariés, dont 10 000 en France.
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Répartition des ventes du premier semestre 2003 |

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Répartition
par origine géographique de la clientèle
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Répartition
par région
de livraison
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