Le magazine économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble
 

n° 168 - Novembre 2004


Les anciens numéros  de Présences
S'abonner
Annonces  publicitaires
Audience, lectorat
Présences : l'équipe


Contact Présences
Tél : 04 76 28 28 76
e-mail


Accédez
au site de la CCI


Pour s'informer,  échanger, nouer des  contacts en Isère
 découvrez Localbiz




 

Dossier : Qualité
[ Chaque mois retrouvez l'index des annonceurs et des interviews ]

Dossier réalisé par Fabienne Combier.


Industrie : comment améliorer ses performances ?

ISO 9 000, Six Sigma, Lean, 5S, Amdec, Kaïzen, Kanban…, la liste des outils d'amélioration de la performance est longue et quelque peu hermétique pour les non-initiés.
Pourtant, les démarches d'amélioration représentent un passage obligé dans l'environnement industriel d'aujourd'hui. Quels outils choisir ?
Quel retour l'entreprise peut-elle en attendre ?
Réponses et témoignages

Témoignages:
- Honeywell se différencie avec Six Sigma Plus
- Radiall : en réseau avec ses fournisseurs
- Sobioda : la performance à l'échelle d'une TPE
- Points de repère

Une course éperdue à la recherche de la performance : c'est sans doute l'une des réalités à laquelle ne peut échapper l'entreprise. Face aux clients, donneurs d'ordre, partenaires, actionnaires et salariés, elle doit rester compétitive et se donner les moyens d'une amélioration constante. De surcroît, dans un contexte de mondialisation qui pousse les entreprises à s'implanter dans des pays à faibles coûts de main-d'œuvre, il en va parfois de la pérennité même d'une activité.
 

Pourquoi entamer une démarche d'amélioration continue ?

Face aux pressions qu'elle subit de toutes parts (clients, fournisseurs, investisseurs…), l'entreprise est contrainte de jouer l'efficacité maximale. "Quels que soient sa taille et son secteur d'activité, l'amélioration de la performance est une démarche de survie pour l'entreprise, annonce Pascal Nossent, gérant de Dynaming, à Lumbin. Dans un monde hyper-concurrentiel, si l'on ne bouge pas, on coule." La question de la performance ne se pose donc pas. Grande ou petite, l'entreprise doit trouver des axes d'amélioration non seulement au niveau de la production, mais sur l'ensemble de ses processus. Certaines entreprises l'ont compris depuis longtemps. "Le secteur automobile s'est montré précurseur dans l'instauration d'outils de performance industrielle, rappelle Pascal Nossent. De nombreuses activités ont par la suite bénéficié de ces 'bonnes pratiques'." "Toyota utilise les outils Six Sigma et Lean depuis plus de 40 ans", relève également Laurent Vignes, Lean expert responsable Amélioration continue chez Honeywell. Le Japon a d'ailleurs été bien en avance dans la mise en place de démarches d'excellence. La performance se joue en réalité sur trois tableaux. Il s'agit dans un premier temps de diminuer au maximum les rebus, l'élimination des défauts permettant d'obtenir des gains à très court terme.


"L'amélioration de la performance, quelle que soit l'entreprise, est aujourd'hui une question de survie", affirme Pascal Nossent, gérant de Dynaming.
"Même si, pour certains outils, le bénéfice n'est pas immédiat, reconnaît Laurent Vignes, les premiers résultats peuvent être visibles rapidement. Réorganiser une ligne de production, mettre en place du 5S, du Visuel Management, du flux pièce à pièce, suffisent à réaliser des gains immédiats. Réduire de 50 % des encours, augmenter la productivité de 10 %, diviser le temps de cycle par dix, sont des résultats couramment obtenus." L'amélioration de la satisfaction client constitue le deuxième axe des méthodes de performance industrielle. Car un client satisfait a toutes les chances de revenir, surtout si les gains sont partagés, comme cela a été et reste le cas dans l'automobile. Enfin, "la qualité, les délais et les coûts sont trois exigences indissociables que les clients veulent voir pris en compte par leur fournisseur et sur lesquelles chaque chef d'entreprise doit porter toute son attention", remarque Jean-Luc Delfosse, gérant de JLD Consulting, à Rives. Gagner en coûts et délais tout en améliorant la qualité des produits, voilà une gageure sur laquelle vont se concentrer les méthodes d'amélioration..


Quelle démarche pour quelle problématique ?

Certains principes de base aboutissent indiscutablement à des gains de productivité : la chasse aux gaspillages, le juste à temps et le juste nécessaire (Lean), une meilleure organisation du poste de travail (5S). L'intérêt de passer par une démarche clairement identifiée est de pouvoir mesurer avec précision les résultats obtenus. Davantage que la taille de la société ou son secteur d'activité, le choix entre telle ou telle méthode dépend avant tout de la problématique de l'entreprise. "Pas besoin d'un marteau pour écraser une fourmi, prévient ainsi Laurent Vignes. Il n'est pas obligatoire d'utiliser les outils les plus complexes de Six Sigma pour améliorer un processus. La démarche Lean peut être, pour une PME-PMI, la technique appropriée pour entamer un programme d'amélioration continue."
Brigitte Peltier, directeur de projet global Six Sigma chez Schneider Electric, le confirme : "Il arrive un moment où il faut savoir s'arrêter. Les gains que l'on pourrait obtenir en y consacrant encore de l'énergie, sont faibles par rapport à ceux que l'on peut générer en se concentrant sur un autre processus moins performant. Chez Schneider Electric, Six Sigma se déploie partout.


"Dans la Lean Entreprise, l'ensemble des processus suit ce mode de fonctionnement", expliquent Benoît Serieys, responsable des opérations (à droite), et Laurent Vignes, Lean expert chez Honeywell.
Aux managers de focaliser l'énergie d'amélioration vers les processus les plus prioritaires et à gérer l'évolution du portefeuille de projets pour optimiser les retours financiers ou satisfaction clients."
"Grand groupe ou PME-PMI, les outils sont à la portée de tous, affirme Anne Bienvenu, directeur associé, en charge du marketing, du commercial et de la gestion chez Sobioda. Il suffit de les adapter à ses besoins, à la taille de la société, à ses ressources internes. On retrouve en effet dans une TPE les mêmes problématiques que dans une grande entreprise, mais en modèle réduit." Quand Sobioda s'est lancée dans la démarche PPJ (Production au plus juste), la TPE visait deux objectifs : diminuer les temps de fabrication et réduire la non-qualité. "L'Amdec (Analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité) paraissait la méthode la plus appropriée, explique Anne Bienvenu. Il fallait tout d'abord mesurer le temps de fabrication qui, chez nous, est essentiellement manuelle." Sobioda a complété cette méthode par l'utilisation du 5S visant à réorganiser les postes de travail. Résultat : "Sur deux gammes de produits, nous avons réduit de 10 % les temps de fabrication, se réjouit Anne Bienvenu. Ces méthodes nous ont aussi appris à réfléchir autrement. Aujourd'hui, nous ne nous interrogeons plus sur les causes d'un dysfonctionnement du produit après le retour client, mais nous anticipons et supprimons à la source les risques de défaillance." Pour Radiall, la problématique portait sur la gestion des stocks et le service au client. Une réflexion avec les fournisseurs a abouti à la mise au point d'un programme d'entreprise élargie. "Nous avons révisé nos processus de prévision pour apporter aux fournisseurs les données les plus fiables possibles, explique Christian Xavier, supply chain manager. De leurs côtés, ils ont suivi des formations que nous avions préalablement identifiées avec eux pour leur permettre de répondre au mieux à nos exigences. L'expérience ainsi acquise leur sert désormais vis-à-vis d'autres donneurs d'ordre." Ce mode de fonctionnement en réseau a assuré à Radiall d'excellents résultats. Les taux de service fournisseurs (délai de livraison compris entre moins six jours et zéro) sont ainsi passés de 52 à 73 %. Des performances qui se sont fait sentir sur l'ensemble de la chaîne et sur les trois sites français de production. Radiall souhaite d'ailleurs ouvrir désormais son réseau à d'autres fournisseurs.

De l'amélioration continue à la gestion de rupture.
Au-delà de l'amélioration continue pratiquée presque "naturellement" par l'entreprise, on parle aujourd'hui de rupture dans la gestion des processus. Ainsi, chez Schneider Electric, "Six Sigma a permis une rupture de performance dans beaucoup de nos processus, avec des résultats significatifs à la clé, explique Brigitte Peltier. Déployée au niveau mondial dans chaque entité depuis 2002, la démarche avait pour objectif de relancer la dynamique sur la qualité des produits, du service et le fonctionnement des processus vers les clients. Au bout de deux ans de pratique, le premier bilan que nous tirons est extrêmement satisfaisant. Sur certains processus, nous avons par exemple divisé par dix le taux de non-conformité. La réduction de la non-qualité a généré automatiquement des gains financiers et une amélioration de la satisfaction client. Sur l'un de nos projets de production en Belgique, par exemple, Six Sigma a permis de réduire les défauts internes de 18 000 ppm (partie par million) à 1 950 ppm, ce qui a engendré des gains financiers de 100 k€ par an… De même, en logistique, nous avons abouti, après un projet Six Sigma, à un taux de service compris entre 96 et 98 %, contre 90 % auparavant." Pour le déploiement de Six Sigma, Schneider Electric a effectué un important effort de formation. "A ce jour, 230 Black Belt et un millier de Green Belt sont opérationnels, reprend Brigitte Peltier. Près de 900 projets sont actuellement en cours ou ont déjà abouti. D'ici à la fin 2004, nous tablons sur 1 200 à 1 300 projets."
Six Sigma pourrait bien être une des meilleures réponses à la nécessité de réaliser des ruptures dans les gains obtenus. Venu des Etats-Unis, le concept a été peu à peu adopté par tous les grands groupes (Avery Dennison, Caterpillar, BD, Thales, Honeywell…). "Cependant, il n'y a pas aujourd'hui de démarche Six Sigma généralisée en France, sauf dans les groupes américains, reconnaît Bernard Murry, PDG du Groupe XL, à l'origine de la création de l'Université Six Sigma. Les entreprises procèdent plutôt par expérimentation au sein de petites unités pour étudier comment Six Sigma fonctionne, et quels résultats elles peuvent obtenir. Il faut dire que Six Sigma correspond à la quatrième vague des méthodes d'amélioration après les cercles de qualité au début des années 1980, puis les démarches de qualité totale et de certification. Les entreprises préfèrent désormais s'assurer de la performance d'une méthode avant de la généraliser à l'ensemble des processus."


Faire appel à un consultant.

Dans la boîte à outils des méthodes de performance, il n'est pas toujours facile de savoir quelle démarche utiliser. Grâce à son regard extérieur, le consultant peut guider l'entreprise dans ses choix et dans la mise en pratique des outils les mieux adaptés. Une bonne compréhension de l'entreprise, de sa culture, de son environnement, de ses objectifs ainsi qu'une prise en compte de l'aspect humain seront des facteurs essentiels de succès. Sans a priori, le consultant porte un autre regard, pose les bonnes questions, bouscule les idées reçues, dans un but : détecter les pistes d'amélioration pour l'entreprise. "Je commence par effectuer un diagnostic de l'entreprise par rapport à sa culture, ses objectifs, ses ressources, ses salariés, afin de trouver les meilleurs leviers de performance, explique ainsi Pascal Nossent. Toute société n'est pas soumise aux mêmes contraintes : donneurs d'ordre, actionnaires, fournisseurs… Mon but est d'apporter à l'entreprise une boîte à outils qu'elle devra s'approprier. Il ne s'agit pas de tout faire, mais de rendre l'entreprise plus autonome." "Plus qu'un savoir, note Jean-Luc Delfosse, ce que nous pouvons apporter en tant que consultant, ce sont des méthodes de travail."


"Nous devons apporter à l'entreprise des méthodes de travail pour l'aider dans sa recherche de performance", note Jean-Luc Delfosse, gérant de JLD Consulting.

L'importance de l'approche managériale.
L'amélioration de la performance passe nécessairement par l'implication du management, primordial dans l'aboutissement et le succès d'une telle démarche. Tout d'abord, parce qu'elle nécessite l'adhésion de tous. "Le management doit donner la direction, le sens et l'environnement favorables à la performance, poursuit Pascal Nossent. Il est important d'expliquer aux salariés les raisons de la mise en place de tel ou tel outil." Quels objectifs vise-t-on ? Pourquoi ? De quelle manière compte-t-on les obtenir ? Parfois, cela induit un véritable changement de culture, un bouleversement des façons de travailler appliquées jusqu'alors. Brigitte Peltier revient sur les débuts de Six Sigma au sein de Schneider Electric : "Là où nous avons rencontré le plus de résistance, c'est du côté du management. Or, typiquement, Six Sigma doit s'appuyer sur le management. Pour investir le temps et la formation nécessaires et se focaliser sur les projets intéressants, il est capital que, dans chaque entité, les managers s'approprient la méthode et, voient quel bénéfice ils pourront en tirer pour atteindre leurs propres objectifs." Jean-Luc Delfosse décèle trois principales sources de difficultés auxquelles l'entreprise peut être confrontée : "La disponibilité des hommes, les moyens matériels et humains, la remise en cause des organisations. L'appui et l'adhésion de l'équipe dirigeante est alors indispensable, tout comme la prise en compte de la nécessité du changement quand l'entreprise est en bonne santé ! Il s'agit ici de développer la pro-activité." "Il ne faut pas oublier que l'on s'adresse à l'humain, prévient lui aussi Pascal Nossent. Le quotidien reprend vite le dessus. D'où l'importance de bien choisir la démarche à mettre en place, selon les objectifs visés et les moyens dont on dispose. Certains échecs proviennent également du fait que l'on voudrait calquer ce qui a marché ailleurs sans l'adapter à sa propre structure."
L'optimisation des performances est une quête sans relâche. Au-delà de la recherche d'un avantage concurrentiel, la performance est aussi un véritable outil de management.


haut

Présences est édité par la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble - 90 000 lecteurs - 9 numéros par an