André Belmont, PDG de Mesatronic
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Pas un jour sans que
la faillibilité des systèmes électroniques
ne se manifeste, dans l'automobile ou encore la téléphonie
mobile
A Voiron, une société, Mesatronic,
se positionne sur le test de circuits intégrés,
depuis la conception des nouvelles tranches de silicium chez les
fabricants de semi-conducteurs jusqu'au test final des composants
prêts à livrer aux industriels. Elle vient surtout
de lancer la DOD Technology, reconnue comme l'une des innovations
les plus prometteuses du marché, récompensée
en juin dernier par le prix européen Lynx.
Récit
d'une trajectoire exemplaire, par André Belmont, fondateur
et PDG de Mesatronic.
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- Vous revendiquez
un parcours atypique dans le paysage de la microélectronique.
Quel est-il ?
- André Belmont :
Je suis issu d'une famille de 13 enfants,
originaire de Voiron. Je n'ai pu poursuivre mes études
après le baccalauréat. Je suis donc entré
comme ouvrier sur une chaîne de production du groupe Thomson.
Rapidement, j'ai commencé les cours du soir du Cnam, puis
des unités de valeur de l'Ensam, à Cluny. Mais j'ai
vite compris que seul un diplôme d'ingénieur pouvait
me permettre de progresser. J'ai alors arrêté mon
travail pour entreprendre une formation au Cesi, à Lyon.
En dernière année, j'ai choisi une spécialité
sur la reprise-création d'entreprise. Le virus de la création
commençait à me gagner. C'était en 1987.
J'ai obtenu ensuite plusieurs postes dans l'industrie automobile.
J'ai notamment travaillé en Alsace sur l'homologation du
site d'un équipementier comme fournisseur de rang un, ce
qui lui a permis par la suite de remporter d'importants marchés.
Puis, pour me rapprocher de la région, j'ai accepté
un poste de directeur technique sur l'ancien site Thomson de Aix-les-Bains,
spécialisé dans l'électronique pour l'automobile.
C'est ici que j'ai appris que des représentants du groupe
SGS-Thomson recherchaient, localement, un fabricant de cartes
à pointe pour tester leurs circuits intégrés.
Nous étions en 1993. Cette activité n'intéressait
pas le site d'Aix-les-Bains. J'ai rencontré ces interlocuteurs,
et à 41 ans, j'ai pris le risque, bien calculé,
de créer Mesatronic
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- Pourquoi un risque
"bien calculé" ?
- J'ai toujours eu envie d'être ingénieur
et d'avoir un jour mon entreprise. Mais lorsqu'on arrive vers
la quarantaine et que l'on a une famille, le risque doit être
bien évalué. La décision n'était pas
facile à prendre. Les aides, le capital-risque, n'existaient
pas vraiment ; tous les prêts engagés étaient
donc cautionnés sur mes biens personnels. Les premières
années n'ont pas été faciles. Nous avons
commencé à deux en 1994. A l'époque, l'entreprise
était dans des locaux dignes de ceux que l'on pouvait voir
en Russie il y a quelques années
Il nous a fallu
d'abord apprendre le métier, ensuite le projeter dans l'avenir
par rapport aux évolutions annoncées dans l'industrie
des semi-conducteurs. Au bout d'un an, on a compris qu'il nous
fallait évoluer, c'est-à-dire nous réendetter
pour acquérir une technologie américaine. C'était
la condition de notre survie. A cette époque, Mesatronic
n'avait que SGS-Thomson (aujourd'hui STMicrolectronics) comme
client, ce qui constituait une source de risque. Nous avons décidé
d'embaucher un commercial pour lancer une stratégie de
diversification. C'était en fait le représentant
en France de la technologie américaine que nous venions
d'acheter. Il est toujours directeur commercial de Mesatronic.
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- Quelles ont été
ensuite les grandes étapes de la société
?
- La technologie américaine acquise
nous a vite assuré un revenu régulier et plus diversifié.
De 1995 à aujourd'hui, nous l'avons fait évoluer
pour la mettre à disposition des fabricants de semi-conducteurs
ayant besoin de coûts de test peu élevés.
Mais en parallèle, il nous fallait réfléchir
à une technologie de rupture. On savait déjà
que les wafers* avec des pas de test inférieurs à
80 m (loi de Moore), qui sortent aujourd'hui des murs de Crolles
2, allaient apparaître à l'horizon 2000-2005. Cette
taille de wafers obligeait à trouver une série de
solutions techniques pour résoudre le problème des
tests sur des supports d'une aussi petite dimension. Dès
1997, nous avons eu l'idée d'une technologie de cartes
à pointe verticales, utilisant des procédés
de microlithographie, appelée DOD Technology. Pour développer
cette innovation, Mesatronic a passé un contrat de recherche
avec un laboratoire du CNRS situé à Besançon,
des travaux financés à 50 % par l'Anvar. Mais il
y a un monde d'écart entre l'industrie et les laboratoires
du CNRS. Nous n'avancions pas au même rythme. En 1999, j'ai
participé au Forum 4i, à Grenoble, qui m'a permis
de rencontrer les interlocuteurs du capital-risque. Mesatronic
a pu réaliser une levée de fonds de 650 k€
auprès de Banexi Venture et de Rhône-Alpes Création,
en vue de financer une équipe de R&D interne. Cette
même année, grâce à la Ville de Voiron,
nous avons pu disposer d'un site en location-vente à Champfeuillet,
où nous avons fait construire les locaux que l'on occupe
encore aujourd'hui. Nous étions alors 14 personnes, pour
un chiffre d'affaires de 500 k€. L'investissement en bâtiments,
salles blanches, et matériels s'élevait à
2 M€, soit quatre fois notre chiffre d'affaires annuel
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- Quand a eu lieu
le véritable décollage pour Mesatronic ?
- En 2000, un prototype DOD Technology
a été qualifié à 12 MGh et est entré
en industrialisation. En 2001, nous avons réalisé
un deuxième tour de table de 1,5 M€ avec Siparex,
et nous avons ouvert un atelier de réparation au Rousset,
près d'Atmel et de STMicroelectronics. Il apparaissait
alors évident que pour continuer à grossir, il nous
fallait, d'une part, nous positionner sur toutes les activités
de test, et d'autre part, répondre aux besoins des clients
en qualité, prix, délai, sur le lieu de leur implantation.
A l'époque, les marchés les plus importants, avant
même l'Asie, se situaient aux Etats-Unis. Nous devions donc
soit créer un établissement là-bas, soit
racheter un concurrent. Nous avons opté pour la seconde
solution. En 2003, nous avons ainsi acquis RNC, un concurrent
américain qui comptait 25 personnes. Il s'agissait d'une
entreprise en difficulté, mais qui travaillait pour des
fabricants que nous n'avions pas en clientèle en France.
Cela nous a offert une clé d'entrée sur le marché
américain et une position mondiale. Pour être présent
en outre sur la totalité de la chaîne du test, nous
avons acquis en 2002 la société ISIS Ingénierie,
spécialisée dans les cartes embarquées spécifiques,
les cartes pour test final, et les burn-in board (test de fiabilité).
Ces deux années ont été une période
intense pour Mesatronic. Nous avons mené de front ces deux
acquisitions, sachant que celle aux Etats-Unis a été
beaucoup plus longue à régler, du fait, entre autres,
du contexte de friction internationale entre la France et les
Etats-Unis.
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- Quelle est maintenant
la position de Mesatronic ?
- Nous nous situons aujourd'hui au 12e
rang mondial des fabricants de cartes à pointe et d'interface
de test de circuits intégrés, sur un secteur qui
compte environ 200 opérateurs. Depuis le début de
l'année 2004, les effectifs de Mesatronic ont augmenté
de plus de 20 %, et nous prévoyons une croissance du chiffre
d'affaires supérieure à 40 %. Les groupes qui se
situent en tête, américains ou japonais, sont très
importants, mais le marché du test compte encore beaucoup
de petits intervenants. Nul doute qu'il sera amené à
se concentrer dans les prochaines années. Dans ce paysage
global, Mesatronic bénéficie d'une vraie originalité
en étant l'une des rares entreprises à couvrir les
besoins en interface de test à toutes les étapes
de fabrication des puces. J'ajoute que 2004 a été
une année de consécration internationale pour nous.
Depuis 2001, nous participons au programme européen Eurêka
afin de poursuivre les développements de DOD Technology.
Le 18 juin dernier, nous avons reçu le prix Lynx, décerné
par la Communauté européenne, le seul prix décerné
à l'unanimité du jury.
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- Comment expliquez-vous
un tel consensus ?
- D'abord, parce qu'il s'agit d'un projet
de recherche et développement abouti, qui a largement dépassé
l'étape du prototype et qui est déjà bien
accepté par le marché. Ensuite, parce qu'il s'agit
vraiment d'une technologie de rupture : nous sommes passés
d'une technologie faisant intervenir beaucoup de main-d'uvre
à une technologie de process qui engendre de meilleurs
rendements et une réduction significative des coûts
de test. Enfin, c'est la performance globale de Mesatronic qui
a été reconnue, puisque le prix est décerné
à une entreprise européenne participant au programme
Eurêka, donc le chiffre d'affaires a augmenté de
25 % ou plus pendant trois années consécutives.
En tout cas, ce trophée constitue une belle reconnaissance
pour mon équipe de R&D. Il représente en plus
un bel atout commercial. Certains clients qui n'ont pas encore
besoin de cette technologie signent dès aujourd'hui avec
nous car ils savent que Mesatronic saura accompagner leurs évolutions.
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- Quelles sont vos
perspectives ?
- Force est de constater que l'évolution
des marchés se fait maintenant plutôt en Asie. Si
l'on veut continuer à progresser, on ne peut pas l'ignorer.
Nous allons donc certainement réaliser une implantation
en 2005 en Asie pacifique (Singapour, Malaisie, ou Philippines),
tout en développant des veilles marketing et technologique
fortes à Taïwan et en Chine. Une seconde implantation
sera certainement réalisée dans l'un de ces pays.
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- Ne craignez-vous
pas les concentrations sur votre marché ?
- Nous avons atteint une taille qui nous
rend visibles sur le marché, et nous savons que nous sommes
sous la surveillance de la concurrence. Notre technologie nous
place déjà parmi les trois meilleurs au niveau mondial.
Nous serons donc attentifs aux possibilités d'acquérir
des concurrents, ou aux opportunités d'alliance. Pour l'instant,
Mesatronic autofinance totalement sa R&D qui représente
15 % du chiffre d'affaires. Mais le cas échéant,
pour des stratégies d'acquisition ou de croissance, nous
ferons appel à nouveau aux acteurs du capital-risque qui
nous ont suivis, tout comme l'Anvar, d'une façon remarquable
par le passé. Le capital-risque représente aujourd'hui
un peu moins de 50 % du capital. Si l'intérêt de
l'entreprise le commande, il n'est pas impossible que leur part
augmente. Mon objectif est de donner toutes les chances à
l'entreprise de continuer à croître.
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- Nous avons vu
vos clients, Atmel et STMicroelectronics, vous rendre hommage,
en septembre dernier, lors des 10 ans de Mesatronic. Les relations
client-fournisseur dans votre secteur d'activité semblent
excellentes
- Elles le sont lorsqu'une société
s'efforce de répondre aux besoins de ses clients sur quatre
piliers : les prix, le délai, le service, et la technologie.
Dans certains domaines, nous pouvons être appelés
à nouer de véritables relations de partenariat.
Mesatronic collabore par exemple avec deux grands groupes, Schlumberger
et STMicroelectronics, sur un programme de recherche européen.
Nous apportons aux grands groupes la flexibilité et la
réactivité, deux caractéristiques des PME-PMI.
On constate d'ailleurs que si les grands groupes se réorientent
sur leur cur de métier, les PME-PMI se développent
autour d'eux. C'est le cas de Mesatronic, passée de 2 à
64 personnes en dix ans. Mais je vous accorde que ce phénomène
de création d'emplois est moins visible
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*wafers : tranches de
silicium.
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Mesatronic
Activités
: conception et fabrication de la meilleure solution d'interfaçage
de test tout au long du cycle de fabrication des puces.
Les ventes de cartes à pointe se sont élevées
en 2003 à 700 M$ au niveau mondial. Le marché global
sur lequel est positionné Mesatronic représente
plus de 1 Md$, avec une prévision de croissance annuelle
de 30 % entre 2003 et 2006.
Marché
: semi-conducteurs.
Chiffre d'affaires 2003
: 6 M€.
Prévisionnel 2004
: 9 M€.
Effectif
: 70 personnes.
Clients
: 70 entreprises.
Implantations en France :
- Voiron : 43 salariés, site de production.
- Rousset : 2 salariés, activité de services.
Implantations à l'étranger
:
- Milpitas (Californie) : 25 salariés, site de production.
- Deux nouvelles implantations prévues en 2005, en Asie
et au Texas.
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