Loïc Liétar : “Le rôle de Minalogic : faire prospérer l’innovation à Grenoble”

04 mars 2013
Les pôles de compétitivité entrent dans une nouvelle phase qui vient d’être annoncée par le gouvernement. Elle leur attribue un rôle d’“usines à produits d’avenir” et d’accompagnement de “stratégies de filière”. Comment ces orientations se concrétisent-elles au niveau de Minalogic ? Entretien avec Loïc Liétar, président du pôle de compétitivité mondial.
Loïc Liétar, président du pôle de compétitivité mondial Minalogic. © F. Ardito
Loïc Liétar, président du pôle de compétitivité mondial Minalogic. © F. Ardito

Les pôles entrent en 2013 dans une troisième phase correspondant à de nouvelles orientations fixées par le gouvernement. La deuxième étape avait elle-même donné lieu à une évaluation détaillée en 2012.Qu’en est-il ressorti pour Minalogic ? 

Nous avons engagé dès 2011 une démarche d’analyse de notre impact sur l’écosystème grenoblois. Le pôle a maintenant sept années d’activité. Il s’est appuyé pour sa création sur des liens déjà existants et forts entre de grands acteurs comme le CEA-Leti, STMicroelectronics et Soitec. Aujourd’hui, ces liens irriguent désormais une communauté de 220 acteurs, parmi lesquels 174 entreprises – dont 83 % de PME et ETI –, des laboratoires de recherche publique et des collectivités. Ce qu’il faut donc retenir avant tout de l’action de Minalogic, c’est la démultiplication des bonnes pratiques collaboratives. L’écosystème d’innovation qui fonctionne et a montré ses preuves à Grenoble a été considérablement élargi, notamment auprès d’acteurs qui, sans l’existence du pôle, n’auraient pas été impliqués. Je pense en particulier au travail accompli par le pôle en direction des PME. Ensuite, dans le détail de l’évaluation nationale, Minalogic a obtenu de très bons retours sur l’animation du pôle, l’organisation de la gouvernance, les résultats des projets de R & D. Mais, j’insiste, ce qui doit surtout être souligné, ce sont les dynamiques collaboratives que nous avons suscitées, et notre capacité à développer l’écosystème d’innovation grenoblois.
 
Selon les pouvoirs publics, “l’ambition nouvelle des pôles est de se tourner davantage vers les débouchés économiques et l’emploi pour mieux participer à la structuration des filières industrielles et se mobiliser pour la réindustrialisation”. Comment donnerez-vous écho à cette politique ?
Cette préoccupation était au cœur des actions de Minalogic dès la création du pôle ! Parce que je n’imagine pas que les investissements de l’État et des collectivités territoriales ne s’accompagnent pas de retombées économiques. Une étude réalisée par exemple sur les 27 premiers projets retenus par le Fonds unique interministériel (FUI) montre qu’ils ont déjà généré 72 millions d’euros de chiffre d’affaires, 450 emplois, 113 brevets et 252 publications scientifiques, dont un tiers à portée internationale. À terme, ils devraient générer plus de 700 millions de chiffre d’affaires à l’horizon 2015 et le double d’ici 2020. Les impacts sont déjà très significatifs.
 
Nous avons une chance inouïe à Grenoble,
celle d’avoir des technologies à foison
 
Quels projets illustrent la réussite du pôle ?
Deux d’entre eux me paraissent particulièrement signifiants. Les enjeux de Printronics notamment, labellisé dès 2005 par le pôle à partir d’une technologie incubée au CEA-Liten, sont considérables : il s’agit rien de moins que de développer une filière de l’électronique imprimée en Isère. Cette technologie permet de transformer des supports souples – textiles, papiers, plastiques, etc. – en surfaces intelligentes. Mais avant de passer à l’industrialisation, il a fallu réaliser un état de l’art mondial, lever les verrous scientifiques et technologiques, concevoir un outil industriel préfigurant de futures lignes de production. Ces obstacles ont été surmontés. Vingt-deux brevets ont été déposés, une plate-forme d’impression grande surface Pictic existe maintenant au CEA, ouverte aux acteurs industriels. Une start-up, Isorg, est née de ce projet en 2010, avec une ambition industrielle, et bientôt une unité de conception et de production sera créée dans la région. Ce cas s’inscrit parmi les plus belles illustrations de ce que les finances investies par l’État et les collectivités peuvent initier.
Le deuxième exemple est Swifts 400-1000, issu cette fois de l’université Joseph-Fourier, qui a introduit une technologie de rupture en spectrométrie. Grâce à la miniaturisation de composants et à l’alliance des nanotechnologies, de l’optique intégrée et de systèmes embarqués, des équipes de recherche ont créé un équipement d’analyse du spectre de la lumière 100 fois plus performant que ceux existants sur le marché. Cette innovation a été récompensée par plusieurs prix. Elle a aussi donné lieu à la création d’une start-up, Resolution Spectra Systems, fin 2011, née de Floralis et d’e2v, qui prévoit de vendre plusieurs centaines de spectromètres d’ici 2015, avec des retombées chiffrées à plusieurs millions d’euros.
 
Comment expliquez-vous que les résultats des pôles soient aussi difficiles à percevoir ?
Parce que les technologies supposent des temps longs, compris entre sept et dix ans, quand les politiques ou le grand public sont plus sensibles aux temps courts. Parce qu’aussi, sans être romantique, les réussites sont toujours le fruit d’une rencontre entre des technologies, des entrepreneurs et des investisseurs, et que ce sont des conditions difficiles à réunir. Au-delà d’être une usine à projets, le pôle Minalogic se doit de susciter des rencontres pour créer des opportunités. Mais il ne faut pas non plus être naïf. Dans le monde des technologies, il est difficile de programmer le succès ; Apple a été le premier surpris par l’engouement suscité autour de l’iPhone. La création d’une start-up, c’est souvent dix années de vie données par quelques personnes qui croient au potentiel d’un projet. C’est un acte de foi qui requiert de savoir capter la confiance des investisseurs. Nous avons une chance inouïe à Grenoble, celle d’avoir des technologies à foison, ce qui est rare au niveau international. Mais nous manquons d’entrepreneurs et de grands investisseurs. C’est l’un des rôles du pôle que de convaincre le monde que Grenoble est un endroit particulièrement propice pour faire prospérer les innovations sur le marché et donc créer des emplois. Dernièrement, une délégation de Samsung est venue rencontrer les acteurs économiques grenoblois, dont Minalogic, et nous en avons profité pour leur faire rencontrer une dizaine d’entreprises innovantes. C’est ça aussi la force d’un écosystème !
 
Quelles vont être maintenant vos priorités ?
Conforter le rôle d’usine à projets collaboratifs de R & D, qui est le cœur de l’action du pôle, avec une exigence renforcée quant aux retombées commerciales. Nous allons en outre renforcer notre action en faveur des PME technologiques, mais aussi plus traditionnelles, pour qu’elles puissent innover grâce aux technologies disponibles, via le programme Easytech. Enfin, il s’agit d’accroître, en partenariat avec les autres acteurs, la visibilité internationale de l’écosystème pour attirer talents, entreprises et investisseurs. Notre part active à Silicon Europe, regroupement des quatre grands clusters européens de la microélectronique représentant 800 laboratoires et 150 000 emplois en Europe, y contribue.
Propos recueillis par Élisabeth Ballery
 
MINALOGIC EN CHIFFRES
. 220 adhérents, dont 174 entreprises constituées à 83 % de PME et ETI, 12 centres de recherche et universités, 15 collectivités territoriales, 16 organismes de développement économique, trois investisseurs privés.
. 224 projets labellisés et financés par des subventions publiques à hauteur de 692 millions d’euros depuis 2006.
. Enveloppe globale des projets de R & D : 1,8 milliard d’euros.

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