Le magazine économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble
 

n° 170
Février  2005


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Rhône-Alpes Economie - Dossier : Filière sport
[ Chaque mois retrouvez l'index des annonceurs et des interviews ]

Dossier réalisé par Fabienne Combier.


L'économie du sport : un marché en plein essor
Par son cadre naturel, la présence de grandes agglomérations et de clubs professionnels de haut niveau, Rhône-Alpes offre un terrain de jeu unique en France pour la pratique sportive.
Quelles sont les caractéristiques de cette économie du sport ?
Que pèse-t-elle vraiment dans la région ?
Témoignages d'acteurs clés du secteur.


Témoignages :
- Dynastar : le ski comme identité
- Les roues Corima sillonnent le monde
- Soleil Noir rayonne sur les pentes
- Go Sport renforce son identité locale
- Mike Tours : le Beaujolais à la force des mollets
- Blaise Frères pointe aux JO
- Duarig habille les footballeurs
- Traditex veut séduire les gymnastes

Ce n'est pas par hasard que les grands fabricants d'équipements et matériels sportifs ont choisi Rhône-Alpes comme terre d'implantation. Toute la filière sport y est représentée, des fabricants aux distributeurs. La notoriété de Rossignol, Salomon, Dynastar ou Pomagalski dépasse leur sphère naturelle d'influence, tout comme Gerflor, Go Sport ou Lafuma. Ils portent les couleurs de Rhône-Alpes sur tous les terrains du monde. Gerflor, le leader des sols sportifs indoor, basé à Tarare, dans le Rhône, est ainsi fournisseur officiel des Jeux olympiques depuis 1976. Autre grand nom du sport : Blaise Frères. Leader mondial des lames de haute compétition depuis 1885, l'entreprise de la Loire équipe les plus grands champions d'escrime.
 
L'engouement pour le sport.
La médiatisation des compétitions n'est pas étrangère à l'engouement sportif des Français. "Après le succès des escrimeurs français aux JO d'Atlanta en 1996 et d'Athènes en 2004, les inscriptions en clubs se sont accrues de 30 % en 2004, affirme Marcel Blaise. Cet engouement se répercute directement sur nos commandes." De même, la Fédération de football bénéficie tous les quatre ans de l'effet Coupe du monde. Et l'adhésion à de nouvelles pratiques ne s'atténue pas forcément avec le temps. Le sport, pratiqué individuellement ou au sein de clubs fédérés, rassemble un nombre de plus en plus important de Français. Le temps libre, qui s'est accru avec le passage aux 35 heures, a profité indiscutablement au marché du sport et des loisirs.
Selon la Fédération professionnelle des entreprises de sport et des loisirs (FPS)*, "84 % des Français, âgés de 5 à 70 ans, pratiqueraient au moins une activité physique ou sportive, soit 42 millions de personnes". Le temps consacré est d'un peu plus de deux heures par semaine. Selon cette même enquête, les Français exerceraient en moyenne cinq sports. La multiactivité constitue d'ailleurs l'une des grandes tendances de ces dernières années.
Peu de sports sont cependant pratiqués en compétition, et le nombre de licenciés stagne depuis 2000. La France comptait tout de même, en 2002, 14,7 millions de licenciés. Autant de consommateurs potentiels et d'utilisateurs d'infrastructures sportives.



"Notre enseigne multisport répond parfaitement à la multiplication des activités sportives pratiquées par l'ensemble de la population", se réjouit Philippe Wargnier, directeur général du groupe Go Sport.

L'évolution des pratiques.
Le sport loisir domine pourtant le paysage. Une étude publiée en 2000 par le ministère de l'Industrie sur le secteur des articles de sport constate : "La façon de faire du sport s'est sensiblement modifiée ces dernières années, marquées par le recul progressif du sport de compétition au profit d'une forme de pratique plus libre et informelle tournée vers les loisirs. En parallèle, la tendance à pratiquer plusieurs sports s'est sensiblement accrue."
Par ailleurs, l'apparition de nouvelles disciplines a stimulé le marché en général. Le développement de l'outdoor profite autant aux fabricants qu'aux prestataires de services, qui s'adaptent à cette nouvelle demande. Très prisé par la clientèle anglo-saxonne, le cyclotourisme connaît par exemple de plus en plus d'adeptes en France. Michel Monbon, gérant de Mike Tours, a décidé de se positionner sur ce créneau et propose des circuits découverte du Beaujolais pour des cyclistes de tous niveaux. Il faut dire que le consommateur aime lier activité physique et tourisme.
Côté sports d'hiver, le snowboard, qui avait redynamisé le marché au début des années 1990, est aujourd'hui relayé par de nouvelles glisses. "Le ski parabolique a régénéré le marché, affirme Jean-Claude Louis, DRH de Dynastar, car un skieur qui essaie des skis paraboliques ne revient plus en arrière." Bon observateur des pratiques du consommateur, Philippe Wargnier, directeur général du groupe Go Sport, note deux tendances fortes : "D'une part, une féminisation de la pratique, apparue clairement depuis deux ans. D'autre part, l'augmentation du marché des seniors."
Toutes ces tendances obligent les entreprises à une remise en question et une innovation constante. Les fabricants de skis s'intéressent ainsi depuis peu à la conception d'une gamme dédiée aux femmes.


Le poids économique du sport.

Côté consommateurs, "la France se positionne très nettement comme le plus gros marché d'Europe", affirme l'Observateur Cetelem. Selon cet institut, la consommation des ménages en France pour l'année 2003 est évaluée à 8,5 Mds€, en progression de 3 % par rapport à 2002. Elle était inférieure à 7 Mds€ en 1998. En France, pour la région du Sud-Est, Cetelem a calculé le budget annuel des ménages consacré aux achats d'articles de sport et de services à 374 €, en 2003 (moyenne nationale : 353 €). Le Sud-Est apparaît comme la deuxième région après l'Île-de-France pour le montant du budget sport des ménages. La FPS admet que le marché peut être sensiblement plus large si l'on tient compte des articles "autour du sport" (lunettes, cartographie, soins solaires, produits diététiques.) ainsi que des articles destinés à l'équipement de la personne et détournés pour une utilisation sportive (tee-shirts, parkas, casquettes.).

L'équipement des ménages constitue un enjeu majeur tant pour les fabricants que pour les distributeurs. La dépense sportive globale est cependant trois fois supérieure à celle des ménages si l'on inclut la part de l'État, des collectivités et des entreprises. "Le poids économique du sport s'élève en 2001 à 25,4 Mds€", annonce la FPS.


"L'engouement pour l'escrime
nous offre encore un bel avenir", estime Marcel Blaise, dont l'entreprise fournit de nombreuses équipes olympiques
.
Les communes ont dépensé, cette année-là, un peu plus de 7 Mds€, essentiellement pour financer les équipements sportifs et verser les subventions aux associations. Côté entreprise, le sponsoring sportif s'élevait, en 2001, à 1,3 Md€. Les droits de retransmission télévisuelle dont on sait tout l'enjeu qu'ils représentent étaient estimés à près de 700 M€.
Dans une étude réalisée pour Les Échos et publiée en novembre 2004, le cabinet Tereko précise que les 46 premières villes de France ont dépensé 1 Md€ dans le sport. Le cas de Grenoble est particulièrement révélateur de cet engagemen
t des collectivités locales. Les grands clubs grenoblois, le FCG (rugby), les Brûleurs de Loups (hockey) et le GF38 (football), même s'ils sont constitués en sociétés privées, bénéficient de subventions de la Ville. La réalisation d'un grand stade d'agglomération (livraison prévue fin 2005) a été voulue, et pensée, dans l'objectif de faire évoluer un jour le GF38 en Ligue 1. Tout comme la construction d'une nouvelle patinoire, inaugurée en 2002, s'imposait pour accueillir les matchs élites de hockey.
Si les retombées économiques liées à l'image véhiculée par les clubs ne sont pas mesurables, elles n'en sont pas moins inestimables. Duarig, fournisseur officiel des maillots de l'AS Saint-Étienne, reconnaît que la notoriété des Verts a crédibilisé encore davantage l'entreprise roannaise.

Le marché de la distribution.
Si des sommes astronomiques sont en jeu dans le sport professionnel, l'essentiel du marché du sport est constitué par la vente d'articles aux particuliers. Les fabricants ont d'ailleurs chacun leur stratégie de distribution pour séduire le sportif amateur.
"Il y a 30 ans, le petit commerce indépendant généraliste détenait la presque totalité du marché, rapporte la FPS. Aujourd'hui, de multiples formes de distribution se partagent l'activité : grandes surfaces spécialisées, grandes surfaces alimentaires, magasins monomarques, vente à distance." En 2003, la FPS estimait le chiffre d'affaires réalisé par les magasins spécialisés à 5,8 Mds€ (sur 8,5 Mds€ au total) et celui des autres magasins non spécialisés à 2,7 Mds€. Cependant, "les cinq enseignes leaders (Décathlon, Intersport, Go Sport, Sport 2000 et Twinner) réalisent plus de la moitié du marché total". André-Pierre Doucet, directeur des études à la FPS, affirme : "Sur 30 ans, Décathlon a défini le paysage commercial en France et obligé les acteurs à se repositionner. Le leader du marché a tiré le secteur et redonne un accès moderne à l'achat d'équipement sportif." Face à une concurrence qui s'est intensifiée, les multispécialistes ont dû affiner leur stratégie. Numéro trois en France, Go Sport a choisi nettement de privilégier les marques qui représentent aujourd'hui 70 % de son chiffre d'affaires.
Chez le sportif amateur, la pratique de multiples activités entraîne une recherche d'articles polyvalents. Le consommateur doit arbitrer de plus en plus souvent entre achat et location. "Une des caractéristiques françaises est le poids du marché de la location, analyse André-Pierre Doucet. Ce constat est particulièrement vrai en montagne alors qu'il est inexistant sur le littoral. On assiste même à une multilocation, le consommateur voulant tester différentes disciplines durant son séjour à la neige. La possibilité de location à distance via Internet intensifie encore ce phénomène. Aujourd'hui, on estime que 60 % des skieurs louent leur matériel." Loin d'ignorer cette tendance, les fabricants conçoivent même des produits spécifiques pour la location. Et les magasins de stations profitent eux aussi de ce créneau. De nouvelles enseignes comme Ataos, spécialisées dans la vente de matériels de sport d'occasion, se constituent également.

La montagne, premier terrain de sport en Rhône-Alpes.
"La fabrication de matériel de sports d'hiver est l'activité principale du secteur du sport, assurent la Fédération française des industries du sport (Fifas) et le Service des études et des statistiques industrielles (Sessi). Elle entraîne par ailleurs une concentration de l'outil de production dans la région Rhône-Alpes, où sont recensés 60 % des effectifs du secteur." "Notre secteur d'activité est le premier employeur du département", remarque Jean-Claude Louis, DRH de Dynastar (Haute-Savoie).
Contrairement aux activités d'été, les sports d'hiver exigent des infrastructures lourdes. Les investissements en remontées mécaniques sont chaque année considérables et les retombées colossales. Le Service d'étude et d'aménagement touristique de la montagne (SEATM) indiquait pour l'année 2003 un montant de 324 M€ d'investissements sur les domaines skiables (dont 147 M€ pour le renouvellement des remontées mécaniques), soit une progression de 14 % par rapport à 2002. Côté recettes, le Syndicat national des téléphériques de France (SNTF) annonçait, pour l'hiver 2003-2004, 978 M€ de chiffre d'affaires encaissés brut aux caisses des 155 exploitants de remontées mécaniques françaises. Bien souvent, l'exploitation des remontées mécaniques constitue le moteur de la station. Pour pallier le manque d'enneigement des années 1990, les communes vivant exclusivement du ski ont dû sérieusement songer à se réaménager, au risque de disparaître. "Les petites stations n'auraient jamais pu amortir leurs investissements si elles n'avaient pas développer la saison été", explique Henri Savornin, président de la Fédération française de l'économie montagnarde (FFEM).
Sports, loisirs et tourisme sont là intimement liés. "Le développement de nouvelles activités a permis d'attirer la clientèle et donc à la fois de maintenir les emplois et d'amortir les équipements, reprend Henri Savornin. Les stations de petite et moyenne montagne bénéficient, par ailleurs, de subventions, issues des contrats de plan État-Région, qui leur permettent de financer ces équipements (système d'enneigement artificiel, infrastructures sportives.)." Les sports de montagne marquent ainsi fortement leur empreinte dans les départements alpins. Les autres disciplines bénéficient indirectement de cette dynamique sportive. Quel que soit le terrain, Rhône-Alpes peut s'appuyer sur un marché vaste, encore en expansion.

* Édition 2002 de l'Observatoire du sport FPS/Ipsos


Ce dossier, réalisé pour la Chambre régionale de commerce et d’industrie, est diffusé par les magazines :
- Info CCI, Haute-Savoie (27 500 ex.)
- Informations économiques, Saint-Etienne-Montbrison (20 000 ex.)
- L’économie Drômoise (16 000 ex.)
- Nord-Isère économie (13 000 ex.)
- Partenaire Villefranche et Beaujolais (9 000 ex.)
- Partenaires Savoie (23 000 ex.)
- Présences, Grenoble (37 000 ex.)
- Roanne éco (10 000 ex.).

Photos : Thierry Beguin (Roanne), Pierre Borasci (Grenoble), Box et Fred (Lyon), Jean-Philippe Rony (Saint- Etienne), Studio Lattard (Drôme) - Tous droits réservés.
Contact : Elisabeth Ballery. Tél. : 04 76 28 28 66.


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Présences est édité par la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble - 90 000 lecteurs - 9 numéros par an