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Services — Le 16 février 2017

Formation professionnelle : 2017, la fin du tunnel

Après le “tsunami” de 2015, où le chiffre d’affaires du secteur a fondu de 50 % et où les défaillances d’organismes de formation ont augmenté de 72 %, notamment ceux spécialisés en langues, bureautique et développement personnel, la Fédération de la formation professionnelle (FFP) entrevoit une embellie cette année : 59 % des organismes prévoient une croissance de leur chiffre d’affaires en 2017, 27 % l’envisagent stable, et seulement 28 % l’anticipent en baisse.

© Fotolia

Parmi les formations les plus demandées, les langues, la bureautique, les accompagnements VAE, le stage de préparation à l’installation et le diplôme d’aide-soignant. “Mais si les Toefl et Toeic n’étaient pas passés dans les listes de formations éligibles au financement du compte personnel de formation (CPF), de nombreux organismes auraient fermé !”, déclare Denis Duhil de Bénazé, coprésident régional de la FFP.

Des stratégies d’alliance ou d’adossement

Avec l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2015, du CPF (qui remplace le DIF), imposant des formations suivies certifiantes ou qualifiantes pour prétendre à un financement, les petits organismes ont souffert, contrairement aux grands qui disposaient de plus forts moyens d’adaptation. “En quelques mois, nous nous sommes retrouvés plongés dans le monde de l’Éducation nationale, avec ses codes et ses règles”, raconte Bertrand Seneschal, PDG de XL Groupe. L’entreprise de Meylan, un des leaders français des formations en lean management (4 millions de chiffre d’affaires, dont 2,2 millions sur cette activité), est entrée soudainement en concurrence frontale avec les écoles d’ingénieurs, qui, elles, proposaient des parcours éligibles au CPF. “Inscrire nos formations au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) aurait pris un an et demi, nous avons donc choisi de nous adosser à l’une d’entre elles, Polytechnique, séduite par notre offre en lean 6 Sigma.”

500 000 formations pour les chômeurs boostent les organismes de formation

Parallèlement à cette nécessaire adaptation, le plan “500 000 formations supplémentaires pour les  demandeurs d’emploi” du gouvernement a représenté un bol d’air salutaire. “Cette mesure a constitué une véritable aubaine, indique Denis Duhil de Bénazé. Les deux tiers des formations sont à destination des demandeurs d’emploi, ce qui génère de l’activité !” En Isère, 14 000 inscriptions à ces formations ont déjà été enregistrées au 1er janvier. “Nous avons financé beaucoup de remises à niveau en langue et en bureautique, pour des personnes qui ne pouvaient pas travailler sans ces apports de compétences, précise Bénédicte Brugière-Kada, directrice territoriale de Pôle emploi.

Nous avons aussi mis au point des certificats de compétences dans chaque métier, notamment avec le Greta et l’Afpa, qu’il est possible de cumuler dans le temps pour obtenir un diplôme.” Des formations modulaires prioritaires, répondant à la demande des entreprises du territoire, fruit d’une collaboration entre Pôle emploi, le Coparef, qui établit les listes des formations au niveau régional, et les entreprises. Et les actions de formation préalables au recrutement, où c’est l’entreprise qui forme elle-même le travailleur pour des besoins de recrutement immédiat, ont elles aussi séduit de nombreuses sociétés, comme STMicroelectronics ou O2. Résultat : 60 % des chômeurs ayant profité de ce plan ont retrouvé un emploi en six mois.

Les critères de qualité, deuxième choc de la réforme de la formation continue

Tous les organismes de formation doivent désormais montrer patte blanche pour être référencés par les financeurs (Opca, Régions, etc.) comme étant éligibles au financement du CPF. Depuis le 1er janvier, en effet, ils doivent apporter la preuve de l’application des 21 indicateurs répondant aux six critères de qualité du décret formation. C’est ainsi qu’est né en 2017 le Data Dock, une base de données inter-Opca et Opacif censée faciliter le référencement des organismes en formation, à condition que le contenu des formations corresponde aux besoins des entreprises du secteur concerné. Chez Agefos-PME, par exemple, “la mise à jour des formations éligibles est continuelle, explique Christian Perrier, le délégué Isère. Nos 54 branches professionnelles avancent les certifications qu’elles aimeraient voir retenues, avant qu’elles n’entrent au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), puis dans les listes de l’Opca.

Des formations obligatoires bien sûr (Fimo, FCO, habilitations électriques pour l’industrie…) et des formations métiers pour lesquels on manque de professionnels.” Même si 90 % des organismes de la FFP sont déjà engagés dans une démarche de qualité, leur inscription sur les listes éligibles est encore possible jusqu’au 1er juillet. Une période de transition tenant compte de “l’investissement lourd qu’implique ce bouleversement pour les petites entreprises du secteur, car l’administratif est le premier poste en matière de formation”, rappelle Géraldine Soto-Giroud, directrice de CCI Formation. Pour des acteurs qui forment 4 000 personnes par an, comme nous, c’est plus facile, d’autant plus que nous répondons aux exigences de la norme qualité Iso 9001 depuis 1993. Le travail d’adaptation que nous avons réalisé rassure nos 1 500 entreprises clientes quant à l’éligibilité.”

Une offre de formation moins diversifiée

Car deux ans après son entrée en vigueur, et malgré les efforts de communication en interne, le CPF reste un sujet de préoccupation pour les services des ressources humaines : 73 % des entreprises interrogées par le Garf déclarent rencontrer des difficultés sur la question de l’éligibilité, et 86 % sur l’appropriation par les salariés du CPF. Bien que le critère de sélection d’un organisme de formation reste avant tout l’adéquation entre le besoin et l’offre, le côté chronophage du CPF en dissuade plus d’un.

Les nouveaux critères de financement aussi. “L’an dernier, il n’y a eu qu’une seule formation CPF faute d’offre qualifiante au catalogue, alors qu’il y avait des dizaines de DIF auparavant, regrette Isabelle Valour, responsable administration RH chez Domplus, à Eybens. C’est dommage, c’était une soupape pour de nombreux collaborateurs qui prenaient quelques jours pour se former en développement personnel. Aujourd’hui, les financements sont devenus difficiles. Un salarié a par exemple dû payer lui-même une formation non qualifiante dans le domaine juridique, et un autre a dû renoncer à apprendre à devenir clown à l’hôpital.” En attendant que les salariés s’approprient le CPF – “pour le DIF, c’est parti d’un coup”, se souvient Isabelle Valour –, Domplus réfléchit à mettre en place une VAE collective, éligible au financement, et à trouver des certifications au plus près de l’activité de ses 100 collaborateurs, à cheval sur plusieurs métiers (conseiller social, téléconseiller…).

Des formations plus modulaires et plus courtes

CPF ou non, la fragmentation des certifications voulue par la loi de 2014 devient la règle pour tous les publics. Depuis un an, tous les titres inscrits au RNCP doivent être sectionnés en blocs de compétences, chacun d’eux étant certifiant : des  formats plus courts adaptés au mode de financement du CPF. À GEM, les cadres peuvent ainsi préparer en plusieurs tranches sur huit mois un titre sur la digitalisation, la mondialisation ou le leadership. “Trois sujets très demandés par les entreprises, explique Véronique Girod-Roux, pour lesquels nous avons conçu des formations actions où le salarié est immergé dans la problématique entre deux sessions de formation.” À l’Afpa, au Pont-de-Claix, le directeur, Dominique Bissuel, se félicite de ce “saucissonnage” des titres, car “sur ce marché il faut être très réactif. Les entreprises souffrent d’un manque de visibilité et elles peinent à définir clairement leurs besoins pour les mois ou années à venir”. L’organisme a lancé Certif+ qui propose 75 formations courtes (un à trois mois), éligibles au financement dans le cadre du CPF et menant à un certificat de compétences professionnelles, qui rencontre un franc succès dans le tertiaire administratif, les services à la personne, la logistique ou l’informatique. Et Dominique Bissuel de relier cela à l’efficacité de la préparation opérationnelle à l’emploi, qui permet de former des demandeurs d’emploi à un poste en quelques mois, comme l’a fait l’Afpa l’an dernier pour l’entreprise O2.
Les écoles de l’INPG, qui accueillent chaque année 600 salariés en formation continue, confirment cette tendance pour des formations courtes. Que ce soit pour EDF, ARaymond, Radyall, E2V, Soitec ou Thales, “il y a de moins en moins de formations longues au profit de nos certificats de compétences : 125 heures, contre 1 200 avant, ce qui se traduit par moins d’évolution vers l’encadrement, et davantage de bac+5 qui viennent acquérir de nouvelles compétences”, note Jean-Marc Dedulle, responsable de la formation continue à l’INPG. Rejoignant ainsi le constat de l’économiste Pierre Cahuc au niveau national : les dépenses de formation des entreprises continuent pour beaucoup à profiter aux plus diplômés.

Le boom des formations sur mesure

D’année en année se confirme le boom des prestations sur mesure financées directement. Hardis, par exemple, à Seyssinet-Pariset, a fait appel à GEM pour un parcours à destination de ses managers axé sur le leadership, et travaille avec l’EM Lyon sur une formation centrée sur la créativité. Comme beaucoup d’entreprises (33 % des adhérents du Garf), Hardis a conservé son plan de formation après la réforme, qui ne le rend plus obligatoire. “Nous avons développé un programme Capital Compétences touchant nos 840 collaborateurs, avec deux référentiels, savoir-être et technique, et nous faisons un bilan à mi-année”, précise la DRH, Marie-Agnès Brocher. À GEM, ce type de programme sur mesure a également séduit Safran, qui lui a confié la formation de ses 600 acheteurs mondiaux, mais aussi Schneider, Pomagalski, Orange ou Michelin. “90 % des demandes tiennent compte de nos certifications reconnues pour développer du sur-mesure”, explique Véronique Girod-Roux.

Autre acteur reconnu sur le marché des formations ciblées, l’Université Grenoble Alpes – qui se distingue par sa couverture de tout le champ de la formation, avec notamment 1 600 alternants et 3 000 adultes en reprise d’études. “Avant la réforme, la formation professionnelle fonctionnait déjà bien avec le développement des licences professionnelles et les poids lourds que sont les IUT, rappelle le vice-président Marc Oddon. Mais depuis la réforme, nous avons revu notre offre en proposant des blocs de compétences qualifiants adaptés aux contraintes des entreprises, comme STMicroelectronics, Galderma, McDonald’s ou Dekra. Notre catalogue a été revu en fonction des enseignements phares, qui servent de base pour développer le sur-mesure.” À CCI Formation, où 65 % de l’activité concerne du sur-mesure, “nous avons connu une importante phase de veille et d’analyse en amont des besoins des TPE-PME pour développer une offre adaptée au public de l’entreprise, que ce soit dans le cadre du CPF, du plan de formation ou d’une contribution volontaire”, explique Géraldine Soto-Giroud.

Vers davantage d’e-learning et de mutualisation

Les formations apparaissent toujours plus ouvertes au numérique : 72 % des entreprises du Garf promeuvent l’e-learning et les trois quarts des organismes de formation de la FFP développent déjà des formations à distance. À CCI Formation, Géraldine Soto-Giroud mise sur un e-learning “mesuré et rationnel, où les cours en ligne sont souvent utiles pour remettre les gens à niveau avant la formation en présentiel”. Avec à la clé des formations plus courtes, telle celle de finance-gestion, passée ainsi de trois jours à deux. Enfin, la mutualisation des formations a le vent en poupe. Rezo Formation, labellisée FrenchTech et lauréate du prix “Espoir de l’économie” des Oscars de l’entrepreneuriat 2016, met en relation les entreprises, dont GEG, Air Liquide, Soitec, Caterpillar, Photoweb, Aledia, Bonitasoft, qui désirent ouvrir leur formation à des salariés d’autres sociétés ou cherchent à envoyer un salarié se former ailleurs. “La plupart des formations des plans de formation ne sont pas qualifiantes, donc pas remboursées par les Opca, explique Caroline Sieurin, créatrice de Rezo Formation, basée à Saint-Egrève.

Plutôt que de sacrifier ces formations, nos adhérents ont choisi d’optimiser leur budget en mutualisant leur participation, réduisant ainsi par trois le coût des formations intra.” Chez GEG, Béatrice Verdon, cadre des ressources humaines, confirme : “Mutualiser nous permet bien sûr de diminuer nos coûts pédagogiques, mais aussi de rester en local plutôt que délocaliser certaines formations à Paris. L’an dernier, nous avons ainsi envoyé un salarié se former à Soitec et accueilli des collaborateurs de Tornier, Air liquide, Microsystem. Avec en prime le côté qualitatif de Rezo qui permet d’échanger avec la communauté des responsables de formation et d’avoir accès à une base de données d’organismes de formation reconnus.” Preuve de l’attractivité de cette mutualisation, certaines entreprises décident même de faire cavaliers seuls. La Fnaim 38, qui a organisé pour ses membres, en septembre 2016 à Grenoble, ses premières Universités de la formation, en lien avec l’École supérieure de l’immobilier, envisage par exemple d’ouvrir la prochaine édition plus largement pour répondre à la demande de formation continue annuelle des agents immobiliers instaurée par la loi Alur. L’heure de la formation 2.0 a bien sonné.
F. Baert

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