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Economie verte - Smart city - Accueil — Le 3 octobre 2018

Grenoble, place forte de la transition énergétique

Alors que l’État doit définir la feuille de route énergétique de la France pour les années à venir, la filière énergie grenobloise se mobilise depuis plusieurs années sur l’enjeu de la transition énergétique. Quelle est la position des acteurs sur ce secteur concurrentiel ? Comment appréhendent-ils les défis futurs ?

© AdobeStock

Préparer l’avenir des villes décarbonées. Un challenge de taille dans lequel la région grenobloise possède des atouts de choix, grâce à une filière énergie particulièrement dense et dynamique. Au sein du berceau historique de la houille blanche, les acteurs industriels tels que Schneider Electric, Alstom (désormais GE Hydro), EDF, adossés au CEA-Liten, au CNRS, aux laboratoires et à la puissance académique de l’Université, se sont rapidement structurés, entraînant dans leur sillage une multitude d’entreprises de tailles variées. “Le triptyque formation/recherche/entreprise, renforcé par la présence des pôles de compétitivité, participe grandement à l’attractivité de Grenoble. Notre territoire est pleinement identifié comme un acteur clé au niveau international, du fait de sa grande diversité et de son vivier d’ingénieurs, universitaires et chercheurs aux compétences pointues”, explique Ingrid Milcent, chargée de mission innovation chez Tenerrdis. Solaire, éolien, hydroélectricité, hydrogène, smartgrids… aucune spécialité du secteur n’échappe au territoire. La filière représente ainsi plus de 15 000 emplois en local et 1 200 étudiants.

Piloter pour consommer l’électricité différemment

Face aux enjeux de la transition énergétique, impliquant le passage d’un système aux ressources sans limites à un système hautement contraint, Grenoble s’affirme comme un terrain privilégié d’expérimentation. Après le démonstrateur GreenLys, en 2012, destiné à tester plusieurs solutions d’optimisation de l’énergie, l’Institut des métiers et des techniques (2 400 élèves pour 40 000 m² de locaux) dévoile progressivement son nouveau visage. Le projet initié en septembre 2016 en partenariat avec Schneider Electric et la CCI de Grenoble entre dans sa dernière ligne droite. Son objectif ? La réalisation d’un microgrid visant à optimiser la consommation énergétique pilotée par un système expérimental automatisé, tout en proposant un support pédagogique sur l’éco-responsabilité. Avec l’essor des énergies alternatives, la montée en puissance du compteur communicant Linky et les nouveaux usages (véhicules électriques), le réseau de distribution nécessite une gestion fine. Des besoins en logiciel et en monitoring que les grands équipementiers électriques ont identifiés, ainsi que les start-up. C’est le cas de Roseau Technologies, un bureau d’études meylanais fondé en septembre dernier, issu de la R&D d’Enedis, de Schneider et de laboratoires universitaires grenoblois. “Nous accompagnons les gestionnaires de distribution tels qu’Enedis ou GEG dans la conception du réseau électrique basse et moyenne tension du futur. Comment ? En les aidant à piloter la production ainsi que les charges”, précise Laurent Cadoux, président de Roseau Technologies. Dans le même ordre d’idées, Odit-e développe un système de monitoring pour les réseaux de distribution basse tension (voir encadré.) Un changement de paradigme s’opère. Depuis 1990, la consommation électrique ne cesse d’augmenter, imposée par la digitalisation croissante de la société et l’augmentation de la mobilité électrique. Demain, l’enjeu consistera à diminuer significativement l’empreinte environnementale en pilotant finement le réseau. Linky et d’autres outils de mesures fournissent d’ores et déjà les données pour mieux l’exploiter.

La coopération plus que la concurrence

Afin de répondre à ces enjeux, les grands groupes locaux jouent pleinement leur rôle de locomotive. Au-delà de leur position sur des marchés clés, ils s’impliquent dans des démarches marchés, via la création de start-up très flexibles. Gulplug en est l’exemple type. La “spinoff” de Schneider Electric, via son offre Save it Yourself, propose de surveiller et de réduire la consommation énergétique des lignes de production avec un système associant capteurs sans fil et génie logiciel. “C’est clairement un produit d’appel pour Schneider, leurs solutions se focalisant sur des grands sites, ce qui pourrait leur barrer la route du marché des PME PMI. Les groupes sont d’énormes paquebots, qui ont besoin de zodiacs comme nous pour passer derrière les vagues. Cela nous permet aussi de bénéficier de la réputation de Schneider dans le monde, facilitant notre pénétration sur le marché”, souligne Benoît Defosse, responsable commercial de Gulplug. Cette stratégie gagnant-gagnant ouvre des portes. Gulplug a ainsi commercialisé une quarantaine de ses mallettes Save it Yourself en France, ce qui lui a permis de doubler son chiffre d’affaires cette année. Aujourd’hui, l’entreprise est en discussion avec un grand groupe français de rang 1 du secteur automobile pour un contrat avec un constructeur allemand sur son autre innovation, le Selfplug. Ce système de prise conductible magnétique autoguidée recharge les véhicules électriques, tout en mettant à disposition l’énergie des véhicules pour alimenter les bâtiments.

Évangéliser la solution de l’hydrogène carburant

En tête de la filière hydrogène en France et dans le monde, Air Liquide privilégie une approche encore plus resserrée avec les acteurs. “Notre stratégie en France consiste à investir dans les sociétés porteuses de solutions hydrogène aux côtés d’autres investisseurs”, indique Xavier Vigor, vice-président Technologies, Projects & Industrial, H2 energy initiative chez Air Liquide. Et d’ajouter : “Une taille critique des compétences en hydrogène du groupe est implantée à Sassenage. Cependant, l’essentiel de notre développement dans ce domaine ne se réalise pas en France.” Un avis partagé par McPhy, qui poursuit son partenariat avec Toyota en finalisant une offre de stations de recharge hydrogène 700 bars, dont la commercialisation est prévue courant 2019. L’entreprise grenobloise qui vient de recruter 10 collaborateurs a également livré une installation de 4 MW afin de stocker le surplus de production d’un parc éolien de 200 MW près de Pékin. Le réseau électrique chinois est encore peu optimisé pour les énergies intermittentes. Dernièrement, l’État a débloqué 100 M€, mis à disposition des Régions, pour servir de catalyseur au développement de l’hydrogène, source d’énergie. “Cela permettra de créer des démonstrateurs et de faire la promotion de l’hydrogène sur le territoire.”

Des démonstrateurs qui se multiplient, comme celui réalisé en mai par Sylfen, avec son système hybride de stockage et de cogénération Smart Energy Hub intégrant une technologie du CEA. L’entreprise grenobloise s’est rapprochée d’Imeca, une filiale de Michelin, dans la perspective de la création d’une première ligne-pilote de production d’ici 2020. A contrario, les projets sur lesquels intervient Air Liquide se chiffrent plutôt entre 50 et 100 M€. “Le décalage avec ce qui se passe dans certains pays est réel. Le positionnement de la France n’est pas encore d’ordre industriel, mais politique”, confirme Xavier Vigor. Les marchés porteurs se trouvent en effet en Allemagne (où un projet de train à hydrogène est en cours) et en Asie (Japon, Corée et Chine.) “Le point d’amorçage de la filière passe souvent par l’implication d’un grand constructeur automobile. Peugeot commence à bouger sur ce sujet.” Mais aussi la Région. Après la fin de la phase 1 du projet HyWay destinée à constituer la plus grande flotte de véhicules hydrogène d’Europe, c’est au tour du projet régional Zero Emission Valley de prendre son envol. Un projet auquel participe Symbio (Fontaine) concepteur du prolongateur d’autonomie à pile hydrogène pour véhicules, et qui a déjà équipé 250 Kangoo ZE H2. Celui-ci prévoit le déploiement de 1 000 véhicules utilitaires et 20 stations de recharge hydrogène sur la région.

Mettre les gaz

L’expertise d’Air Liquide dans la cryogénie et les gaz bénéficie aux entreprises telles qu’Apix Analytics. “Nous avons réalisé une preuve de concept avec eux”, affirme la start-up. Celle-ci a développé un analyseur de gaz miniaturisé, issu d’une technologie du CEA-Leti et de Caltech. L’entreprise a levé l’an dernier 8 M€ pour accélérer l’export. “Notre marché est clairement à l’international. La France reste assez frileuse, contrairement à la Chine ou aux États-Unis qui ont tendance à tester et à partir avec la société si les essais sur le terrain sont concluants.” Il n’empêche que la jeune pousse travaille avec GRDF pour intégrer sa solution sur des installations de production de biométhane. Un secteur sur lequel Waga-Energy innove également, en valorisant le gaz issu des décharges pour produire du biogaz. Lancée en 2013 après que le groupe Air Liquide a décidé de mettre en veille ses recherches sur l’épuration du biogaz, la start-up installe cette année quatre nouvelles unités d’épuration. Se nourrissant des forces vives en microélectronique et logiciel disponibles sur le territoire, Stimergy propose un modèle disruptif. La start-up grenobloise propose une chaudière numérique qui met à disposition des entreprises sa puissance de calcul tout en utilisant la chaleur produite pour chauffer les bâtiments. “Nous comptons 16 installations en France et disposons depuis peu du marquage CE, condition pour exporter notre produit en Allemagne, Italie et Suisse”, note Christophe Perron, son fondateur. Et de poursuivre : “L’appui de l’INRIA, de la SATT Linksium et le soutien de l’Opac38 ont contribué à notre réussite.”

Mixité énergétique

Dans ce chaudron d’innovations, les entreprises historiques se réinventent et se diversifient. GEG perce au-delà de ses frontières historiques, inaugurant au passage une centrale solaire à Susville, Poma à travers Leitwind mise sur l’éolien, Hydroquest valide son concept d’hydrolienne fluviale avec deux projets à la clé débutant dans la région lyonnaise, tandis qu’EDF construit à Romanche-Gavet le plus important barrage de France. Si Bruxelles pousse à l’ouverture au privé des concessions des barrages, EDF réclamant une ouverture “équitable”, l’avenir de la filière hydroélectrique passera par l’innovation. EDF réfléchit déjà à exploiter par le photovoltaïque le foncier disponible autour de ses retenues. “La France compte produire d’ici 2030, 30 000 MW d’énergie solaire. Les barrages pourraient devenir à ce titre de véritables pôles énergétiques”, précise Manuel Lenas, directeur de l’Agence de développement économique EDF Une Rivière, Un Territoire Sud Isère Drôme. Un terreau fertile en savoir-faire et compétences, où les entreprises s’épanouissent au local comme à l’international. L’avenir des villes décarbonées passe en grande partie par Grenoble.
L. Marchandiau

Chiffres clés 2017 de la filière en région grenobloise

  • 15 000 emplois, dont 1 200 étudiants.
  • 303 projets et démonstrateurs labellisés et financés sur les thématiques de transition énergétique par le pôle de compétitivité Tenerrdis, soit un budget total de 1,8 Md€ (dont 566 M€ de subventions publiques).
  • Des acteurs de renommée internationale : Air Liquide, Schneider Electric, EDF, Siemens, GE…

A savoir

  • Depuis 1990, la consommation électrique ne cesse d’augmenter
  • Se nourrissant des forces vives en microélectronique et logiciel disponibles sur le territoire, Stimergy propose un modèle disruptif
Une spécificité grenobloise et des marchés d’avenir
Le territoire concentre tous les aspects de la filière énergétique. Le CEA-Liten, l’un des plus grands centres de recherche technologique sur l’énergie d’Europe, adossé aux nombreux laboratoires et grands groupes, pousse l’innovation. “La proximité et la diversité des acteurs facilitent grandement les synergies, et les entreprises trouvent ici des collaborateurs très qualifiés”, ajoute Nicolas Béroud, directeur d’Invest in Grenoble-Alps. Le marché s’opère au niveau national et surtout international, avec quelques particularités : Amérique du Sud et Afrique pour l’hydroélectricité, Asie, Allemagne voire États-Unis pour l’hydrogène.
L’Ageden à la croisée entre particuliers, collectivités et professionnels
En Isère, l’Association pour une gestion durable de l’énergie (Ageden) agit depuis plus de 40 ans pour sensibiliser, informer, mobiliser collectivités locales, citoyens, entreprises, autour des enjeux de la transition énergétique. L’association actuellement présidée par Gérald Giraud, maire de Saint-Martin d’Uriage, comprend une vingtaine de salariés, intervenant sur les thématiques des économies d’énergies, du développement durable, de la lutte contre le changement climatique (conseils personnalisés en matière d’éco-consommation, éco-gestes, etc.). L’Ageden et l’Alec (Agence locale de l’énergie et du climat), assurent en Isère l’Espace Info Energie, membre du réseau national créé par l’Ademe pour la promotion de l’efficacité énergétique et le conseil aux particuliers. L’Espace Info Energie répond notamment à toutes les questions concernant la construction, la rénovation/isolation, le chauffage, les aides financières possibles... L’Ageden intervient également dans le cadre du service public de la rénovation énergétique, baptisé FAIRE (Faciliter, Accompagner, Informer pour la Rénovation Énergétique), lancé en septembre 2017, qui consiste, entre autres, à aider les professionnels à trouver les formations pour devenir RGE, pratiquer l’éco-rénovation, et à mettre en contact les particuliers avec les entreprises qualifiées.

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