Lyonbiopôle : jouer les synergies pour exister dans la compétition mondiale
Erick Lellouche, ancien président du groupe Boehringer Ingelheim en France, a pris la présidence du pôle de compétitivité santé Auvergne-Rhône-Alpes en 2025. Dans un contexte exigeant pour l'innovation en santé, il dévoile les grandes orientations de la feuille de route stratégique à dix ans que le pôle présente en juin.
Vous avez pris la présidence de Lyonbiopôle il y a un an. Quel premier bilan dressez-vous ?
Erick Lellouche : Plus qu'un bilan sur un an, c'est le moment de réfléchir sur vingt ans. Lyonbiopôle a été créé pour fédérer les écosystèmes et pousser l'innovation. Ce pari est réussi : le pôle santé d'Auvergne-Rhône-Alpes, qui couvre Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et Clermont-Ferrand, est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus dynamiques en France, voire en Europe. Pour les vingt ans qui viennent, il ne faut surtout pas se reposer sur nos lauriers.
Une feuille de route à dix ans sera présentée en juin. Quel en sont les axes forts et priorités ?
EL : Nous avons mené une démarche collective inédite : questionnaires, ateliers sur les trois sites régionaux, plus d'une centaine de contacts avec adhérents et partenaires. Deux sujets majeurs ressortent. Le financement d'abord : nos membres levaient 300 à 350 M€ il y a quelques années, nous sommes à 154 M€ en 2025… Trop de contraintes réglementaires et fiscales freinent l'investissement dans l'innovation. Il faut en convaincre les pouvoirs publics ! Ensuite l'immobilier scientifique : notre centre d'innovation, qui hébergeait des biotechs en démarrage dans des laboratoires à loyers modérés, a été démoli l'an dernier. Nous travaillons activement à une solution de remplacement. Sans foncier adapté, les jeunes entreprises prometteuses iront s'installer ailleurs.
Vous plaidez aussi pour davantage de coopération. Pourquoi ?
EL : L'innovation ne vient que de la collaboration et de l'intelligence collective. Il faut casser les silos entre chercheurs et industriels, entre Lyon et Grenoble, entre la France et l'Europe. La complémentarité entre ces deux territoires constitue un atout stratégique majeur - mais son plein potentiel suppose de renforcer les synergies. Dans un contexte d'incertitudes, le risque serait de voir ressurgir des logiques de repli local, alors que c'est précisément l'inverse dont nous avons besoin pour faire face à une concurrence internationale accrue. L'Europe est prise en étau entre les États-Unis et la Chine sur les questions de souveraineté sanitaire. Je ne crois pas une seconde à une souveraineté purement franco-française : elle ne peut être qu'européenne. C'est pourquoi Lyonbiopôle s'investit, via la fédération Enosis, pour créer des passerelles avec les autres clusters nationaux et européens.
Quels leviers concrets pour soutenir les PME ?
EL : Notre rôle, c'est de mettre en lumière les petites structures pour qu'elles soient dans le radar des grands groupes (Sanofi, Biomérieux, Boehringer) pour des collaborations ou des projets communs. Notre journée collaborative d'octobre a réuni 360 participants et a généré 150 entretiens entre entreprises. Nous devons aussi attirer davantage de fonds privés régionaux vers nos adhérents : c'est un chantier prioritaire. Et je veux que ces adhérents soient co-acteurs du pôle, pas de simples spectateurs. C'est à cette condition que Lyonbiopôle restera un vrai catalyseur de l'innovation en santé.
L. Marty
Infos clés
Lyonbiopôle en chiffres :
236 membres
177 projets de R&D accompagnés en 2025, 153,8 M€ levés par les entreprises membres
62 événements organisés sur un an

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