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Aménagement - Accueil — Le 13 octobre 2017

Nouvelles mobilités : en avant toute !

Bouleversé par l’urgence énergétique et la recherche d’une meilleure qualité de vie urbaine, le marché de la mobilité précipite sa mutation. Véhicules propres, route intelligente, services connectés : les entreprises de la région grenobloise sont nombreuses à se positionner sur ces nouveaux défis. Tour d’horizon.

© Adobe Stock

Parmi les grands enjeux qui traversent la société, la mobilité occupe une place de plus en plus grande. Sous l’effet de contraintes géographiques et environnementales, elle fait l’objet à Grenoble d’une attention toute particulière. Des laboratoires de recherche, CNRS en tête, se penchent sur l’évolution des usages et mettent en avant l’intérêt de combiner les modes de déplacement pour réduire l’empreinte carbone. Sans exclure la voiture personnelle, mais en lui offrant une dimension nouvelle, et notamment en pariant sur son électrification via les batteries Li-ion. L’hydrogène est également appelé à jouer un rôle clé dans l’optimisation des déplacements, à la fois comme moyen de propulsion et en tant qu’auxiliaire des moteurs électriques. Grâce au projet Hyway piloté par le pôle de compétitivité Tenerrdis, la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est offert une large vitrine pour ses savoir-faire en matière d’hydrogène énergie. Après la construction de deux stations de recharge à Grenoble et Lyon (pour une trentaine de véhicules à hydrogène à ce jour), une deuxième phase prévoit la production d’hydrogène in situ à partir d’électricité 100 % renouvelable. Impliqué dans ce démonstrateur, Air Liquide mobilise à Sassenage une centaine de personnes sur l’hydrogène énergie. L’entreprise a d’ores et déjà développé à travers le monde plus d’une centaine de stations hydrogène. “La solution hydrogène est très prometteuse, selon les constructeurs automobiles qui ont fait le choix de cette technologie en complément des véhicules électriques à batteries et hybrides”, insiste Erwin Penfornis, directeur du marché hydrogène d’Air Liquide. Ils sont une dizaine de constructeurs à avoir franchi le pas, de Toyota à Daimler en passant par Audi et BMW. En 2017, 5 000 voitures à pile à combustible sont en circulation dans le monde. Un marché soumis à une croissance exponentielle, puisqu’Air Liquide estime ce marché à plus de 30 000 véhicules par an à partir de 2020.

Un train de véhicules électriques

Les véhicules à hydrogène gagnent d’autant plus en attractivité que leurs gains d’autonomie font mieux que soutenir la comparaison avec le thermique. Un récent modèle de la marque Hyundai a roulé 800 kilomètres avec un seul “plein” pour son moteur hydrogène. La société Symbio, à Fontaine, a justement placé l’autonomie des solutions de mobilité durable au cœur de sa R&D. Elle conçoit et fabrique aussi bien des véhicules dotés de piles à hydrogène que les kits de ces piles, adaptés à différents usages et formats : véhicules utilitaires, bus, poids lourds, bateaux… C’est d’ailleurs sur ce créneau de la navigation qu’elle s’est illustrée récemment : Symbio a en effet conçu le système de propulsion du bateau Navibus, qui permet aux Nantais de traverser le fleuve Erdre. “L’ensemble redondant de deux piles à hydrogène a été développé par les équipes de Grenoble, dévoile Fabio Ferrari, président de Symbio. Il ne nécessite qu’une seule recharge hebdomadaire.” Un peu plus tôt dans l’année, l’entreprise a équipé pour l’un des leaders des services en efficacité énergétique Engie Cofely pas moins de 50 Kangoo ZE dotés d’un prolongateur d’autonomie à hydrogène.
La technologie de Symbio lui a été transférée par le CEA-Liten, où les projets innovants relatifs à la mobilité se bousculent. Le laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles développe actuellement un concept de véhicules électriques légers et compacts pouvant s’emboîter jusqu’à former un “train” routier, de manière à diminuer l’encombrement sur l’espace public. Baptisé Esprit, ce projet est issu d’une collaboration internationale. “Il prévoit deux principaux scénarios d’utilisation : en auto-partage sur des voyages simples en centre- ville et en complément sur des trajets pendulaires, lorsque les transports en commun ne permettent pas d’effectuer les derniers kilomètres”, détaille Valéry Cervantès, ingénieur recherche au département électricité et hydrogène pour les transports du CEA-Liten. Esprit sera expérimenté dès le début de l’année 2018 dans trois agglomérations européennes.

Une route plus sûre et plus fluide

La route intelligente fait aussi partie des projets susceptibles de transformer notre quotidien. Bardées de capteurs, les chaussées sont déjà capables d’émettre en temps réel des messages sur les conditions de circulation et des invitations à changer d’itinéraire. Dès 2012, le Département de l’Isère a investi dans cette voie, à travers le projet Syncro. Celui-ci visait à imaginer un système à grande échelle pour permettre aux gestionnaires des routes de connaître le trafic routier en temps réel et informer les usagers sur l’évolution de la qualité de leurs déplacements. Spécialisée dans les solutions innovantes pour la surveillance dynamique des routes, l’entreprise Karrus, à Grenoble (CA 2016 : 800 k€, 4 personnes) s’est emparée du projet, pour équiper cinq premières routes départementales. Syncro s’apprête à monter en puissance avec l’équipement prochain de nouveaux axes, notamment sur les montées vers les stations, et Karrus continue de développer son offre pour les routes de la France entière. “De plus en plus de marchés publics recherchent cette technologie. Nous sommes intervenus à Marseille, Bordeaux, Nancy, Pontarlier… Et maintenant aussi en Afrique du Nord et en Guadeloupe”, détaille Denis Jacquet, président de Karrus.

L’électrique, générateur de nouveaux services

Basée à Meylan et Lyon, la société Hikob s’implique elle aussi dans la mobilité urbaine connectée et intelligente. Grâce à ses capteurs, l’entreprise propose notamment de contrôler à distance les espaces de stationnement des véhicules électriques. Ses solutions sans fil ont été retenues par SPIE CityNetworks pour le monitoring des bornes de recharge de son réseau. “Nos capteurs vérifient si les véhicules stationnés sur les places dédiées sont bien en train de charger leurs batteries. Souvent, ces places sont squattées par des véhicules thermiques”, explique Ludovic Broquereau, directeur marketing de l’entreprise. L’innovation de Hikob tient au fait que ses capteurs ne nécessitent pas de génie civil, et se révèlent donc plus rapides et moins coûteux à installer qu’un système filaire inséré dans la chaussée. “Nous allons multiplier les points de détection à moindre coût total de possession. L’avenir est à l’électronique de basse consommation et de plus en plus miniaturisée, un marché tiré par celui des smartphones : leur production massive permet de fabriquer des composants électroniques dans d’autres domaines, dont celui de la mobilité”, analyse Ludovic Broquereau. Technologies maîtrisées, coûts optimisés : au-delà de l’implication des entreprises dans la voiture électrique, le rôle des pouvoirs publics est maintenant décisif. C’est à eux qu’appartient la décision de construire des infrastructures de recharge pour propulser la voiture électrique dans notre quotidien.

Faciliter le coup de pédale

La fée électricité prévoit d’enchanter d’autres moyens de transport que la voiture. Ainsi le vélo à assistance électrique (VAE) est-il amené à connaître de beaux jours, avec une croissance annuelle des ventes de l’ordre de 30 % depuis trois ans en France. En Allemagne, il s’en est même écoulé l’an passé plus de 600 000. Et déjà le VAE se pare d’intelligence. La start-up grenobloise eBikelabs concentre ses efforts sur la conception de systèmes embarqués des vélos électriques et leurs applicatifs : “Nous sommes résolus à simplifier l’utilisation du vélo électrique et son SAV”, résume Maël Bosson, fondateur de l’entreprise. Composant clé, un contrôleur connecté transmet des informations précises sur l’usage du vélo à assistance électrique. Ces données indiquent notamment au cycliste l’itinéraire adapté à sa pratique et à la charge de sa batterie, lui évitant de tomber en panne. Mais eBikeLabs va encore plus loin : “Nous nous adressons aussi aux constructeurs et revendeurs de VAE, pour qu’ils gardent un lien avec l’usager et optimisent leurs offres futures.” Le laboratoire d’idées du CEA, Ideas Laboratory, s’intéresse également aux services innovants susceptibles d’enrichir la chaîne de valeur des mobilités douces. Intégrant des partenaire comme le groupe Bouygues et le Département de l’Isère, le projet Modes Doux Connectés s’attache à tester des nouvelles technologies sur les vélos. Il veut aussi imaginerde nouveaux usages issus de l’Internet des Objets pour permettre notamment au cycliste d’interagir avec les infrastructures.

Bouger en quelques clics

Les enjeux des nouvelles mobilités exacerbent aussi l’imagination des startupers pour offrir des services associés, généralement accessibles depuis un smartphone. Mikaniki, créée à Dubaï en 2013, a choisi Grenoble pour son développement européen. La jeune entreprise propose un service door to door de dépannage en cas de problème mécanique sur la route. “L’objectif est de faire gagner beaucoup de temps et de sérénité à l’usager, en lui proposant une liste actualisée et dynamique de mécaniciens prêts à intervenir, en fonction du type de panne”, explique Nabil Al Sayed, président fondateur de Mikaniki. L’application en anglais devrait être lancée d’ici la fin de l’année, avant une couverture européenne dans les trois à quatre ans. Des créateurs mobilisent aussi les ressources du numérique pour rendre le covoiturage plus attractif. C’est le cas d’OpenCar, créé l’an passé par trois étudiants-entrepreneurs issus de l’IAE de Grenoble et de GEM. Une sorte de Blablacar local, qui remplace les commissions prélevées sur les passagers par une rémunération des conducteurs en points, susceptibles de se transformer en cadeaux offerts par les entreprises partenaires. Depuis cet été, et pour motiver davantage de conducteurs, ceux-ci ont aussi la possibilité de proposer un prix sur les trajets. OpenCar devrait prochainement s’adresser aux entreprises et s’ouvrir à d’autres métropoles régionales.

Le câble s’invite en ville

L’avenir de la mobilité en ville passe-t-il seulement par l’innovation technologique ? Rien n’est moins sûr. Le transport par câble, né vers la fin du XIXe siècle, connaît ainsi une nouvelle croissance, alors même que sa technique est restée immuable, à quelques adaptations près. Cet engouement urbain pour les téléphériques et autres télécabines s’est déclenché en constatant leurs multiples avantages : un transport sûr par tous les temps, entièrement propre et silencieux, avec très peu d’emprise au sol, apte à franchir tous les obstacles, infrastructures routières ou fleuves. Acteur local présent sur un marché mondial, Poma a orienté ses engins, prévus pour la montagne depuis 70 ans, en direction du milieu urbain il y a une dizaine d’années. “Notre première réalisation d’ampleur fut l’installation des lignes du métrocable de Medellín, en Colombie, raconte Jean Souchal, président du directoire de Poma. Puis nous avons installé le téléphérique de Roosevelt Island, à New York. Nous avons équipé de grandes métropoles mondiales, sur tous les continents. Nous ne sommes pas en compétition avec les autres moyens de transport : le transport par câble doit être perçu comme un élément à intégrer dans un système d’intermodalité, avec les autres transports en commun.” Affichant un taux de disponibilité de 99,97 % pour son installation new-yorkaise, Poma mise sur l’évolution de ses cabines, en direction du confort de l’usager : sièges chauffants, chargeurs pour smartphone, ou encore espaces dédiés aux vélos…

Un plan de déplacements à l’échelle d’un territoire économique

Le câble pourrait à moyen terme s’installer sur la Presqu'Île de Grenoble, où se concentrent les principaux enjeux de la mobilité urbaine. C’est ici que le CEA a démarré dès 2001 son PDE. Un projet ambitieux, salué par la presse nationale comme l’un des plus aboutis en France. “Nous avons incité nos 4 000 salariés à abandonner leurs voitures pour venir en transport en commun ou utiliser les modes doux”, résume Bruno Renard, responsable du plan de mobilité et coordonnateur de la responsabilité sociale du CEA. Après avoir remplacé son propre parc de véhicules par des voitures en autopartage gérées par Citiz (ex-Cité Lib), le CEA a vu plus grand. Entre autres initiatives, un système de covoiturage dynamique, initié avec la start-up Karos, s’est rapidement étendu à l’ensemble des entreprises voisines : Schneider Electric, Siemens, STMicroelectronics… C’est ainsi qu’est né le plan de déplacement inter-entreprises de la Presqu’Île, s’adressant aux 16 000 salariés du secteur. “À cette échelle, le PDIE présente de multiples avantages. Il nous permet de massifier les achats de matériel, comme des vélos, et de peser sur les futures décisions d’aménagement, comme l’extension de la zone piétonne”, précise Bruno Renard. Le plan de mobilité présente aussi un objectif chiffré : réduire le nombre d’autosolistes (conducteurs sans passager) à 20 % en 2025, contre 44 % aujourd’hui. Des mesures coercitives sont susceptibles de figurer dans ce plan : “Quand nous serons 32 000 à travailler ou habiter sur la Presqu'Île, compte tenu des infrastructures disponibles, nous n’aurons plus le choix.” L’heure sera plus que jamais à la mixité, où les transports en commun et notamment les autobus conforteront le rôle qu’ils jouent aujourd’hui. Propreté, sérénité, sécurité, diversité, partage : l’apanage des mobilités urbaines de demain ?
R. Gonzalez

 

 
Coïncidant cette année avec les 30 ans du tram à Grenoble, la 6e édition des journées consacrées à la mobilité durable, finseptembre à la maison Minatec, a pris de l’ampleur, se déroulant désormais sur trois jours. Co-organisé par le CEA, l’événement a intégré les Assises nationales des plans de mobilité, sous
l’égide du ministère des Transports, pour rappeler notamment qu’au 1er janvier 2018, toutes les entreprises de plus de 50 salariés devront proposer un PDE (Plan de déplacements entreprises). Une journée organisée par le SMTC, Creative Mobilities, s’est également focalisée sur les conditions de développement
d’une culture nouvelle des déplacements.

 

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