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Présences Grenoble
Commerce — Le 31 août 2021

Le Trièves met la nappe sur son plateau

À une trentaine de kilomètres au sud de Grenoble, un territoire préservé étend son décor romanesque. Si Jean Giono y trempa jadis sa plume chantante, le Trièves écrit aujourd’hui une ronde de généreuses saveurs dans des cafés et bistrots hospitaliers, où il se passe toujours quelque chose. Petite sélection.

Le territoire du Trièves © F. Ardito

Avec près de 1 500 âmes, le bourg de Mens fait battre le cœur du Trièves. Sur son artère principale pompeusement nommée boulevard, des façades en noyer abritent un joyau patrimonial : le Café des Arts. Ses peintures d’époque, aux murs comme au plafond, renvoient à cette douceur de vivre typique du Trièves, îlot quasi méridional entouré de roides montagnes. Boiseries, miroirs, horloge, tout inspire cette atmosphère chaleureuse et surannée qui ajoute à la joie de planter sa fourchette dans une viande locale mâtinée du sacro-saint gratin. Inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, le Café des Arts a longtemps appartenu à la famille Arnaud, qui invita dès 1895 le peintre Gustave Piquet à agiter là ses pinceaux. Evelyne Valla l’a repris en 1987 : « Notre formule simple et authentique a généré une clientèle d’habitués, en plus des touristes l’été. Je leur sers des produits d’ici, y compris le vin, de Roissard ou de Prébois, les villages proches. »

Le Trièves a suffisamment d’autres arguments que son vin aimable pour attirer des gens de très loin. Et les retenir : tel Jean-Marc Bourgne, originaire du Pays basque, qui s’établit en 2003 à Saint-Guillaume, au pied du Vercors, pour créer Le Relais de Touchane. « Le pur hasard m’a amené ici. J’étais fatigué du rythme basque, où l’on doit servir les Français et les Espagnols à des heures différentes. Les paysages ici m’ont beaucoup plu. » De Biarritz à Saint-Guillaume, il ne faut pas craindre le choc thermique dans son assiette. Le Relais de Touchane a justement fait sa réputation en ramenant les saveurs carnées et iodées du golfe de Gascogne. Maître-restaurateur depuis six ans, Jean-Marc Bourgne a récemment fait évoluer sa carte, passée des garbures, cassolettes de coquillages, cassoulets et autres plats traditionnels à une formule rajeunie, façon bodega et tapas. Le tout immuablement arrosé de vins, de cidres et d’humour.

Animation économique du territoire

Chaque petit resto du Trièves distille ainsi sa propre ambiance. Et cache parfois, dans son menu à base de produits locaux et de saison, un engagement sociétal. À Clelles par exemple, le bien nommé Bistrot de la place (11 salariés, jusqu’à 20 en haute saison) ne se contente pas de séduire les papilles. C’est aussi un lieu d’échange et de rencontre, régulièrement animé d’expositions et de concerts de musique. Un dépôt-presse invite à la lecture, sur la terrasse égayée l’été par le vol des martinets. La salle sert parfois de lieu de réunion pour les associations du terroir. L’un des associés du projet s’est installé en maraîchage certifié AB. Il fournit annuellement environ 60 % des légumes proposés par le Bistrot de la Place et permet au restaurant de décrocher le label Ecocert niveau 3 (excellence). Du coup, ses marmites bouillent aussi pour les petites cantines scolaires du secteur. Et les projets ne manquent pas : « Nous allons nous équiper d’une nouvelle cuisine, qui donnera sur la terrasse, et construire un gîte à l’étage. Un investissement global de 300 k€ », dévoile le gérant Corentin Le Douarin, par ailleurs cofondateur d’Huguette, groupement d’employeurs du Trièves.

Cette implication pour le développement du territoire, on la retrouve aussi au sein de l’entreprise coopérative Chez Jeanne, à Saint-Martin-de-la-Cluze. Repris en 2016 par neuf jeunes associés, le bar-épicerie s’érige en lieu de vie, évitant au village le destin d’une cité-dortoir : « Nous accueillons des groupes de musique, des petites troupes de théâtre, des artistes plasticiens… », énumère Émeline Jupin, l’une des initiatrices du projet. Et la mayonnaise a pris : une quarantaine de personnes du village s’activent aujourd’hui, souvent bénévolement, pour épauler les six salariés de Chez Jeanne. Où l’on savoure de copieux plats du jour et des formules variées, à base de produits locaux, dans un décor hors du temps. À l’arrière, l’épicerie regorge de fruits, légumes, viandes, fromages, miels, boissons… provenant d’une soixantaine de producteurs locaux. Dont deux maraîchers également sociétaires de Chez Jeanne. Le Trièves, terre du circuit court et des idées longues.

R. Gonzalez

 

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