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Ils font l'actu — Le 10 avril 2018

Réactions au protectionnisme américain : éviter la guerre commerciale à tout prix

Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de la recherche de l’Irima © M. Blache

À une réforme fiscale contestée et dont nous évoquions le mois dernier les effets délétères, l’Administration Trump vient d’ajouter un nouveau facteur de risque, plus important encore pour l’économie mondiale. Le relèvement des taxes sur les importations d’acier à 25 % et d’aluminium à 10 % préfigure peut-être un arsenal de mesures visant d’autres industries. Le risque de relancer une guerre commerciale est donc réel. La réaction de l’Union européenne dans les semaines qui viennent contribuera à l’apaisement ou à l’exacerbation des tensions.

Des conséquences néfastes, y compris aux États-Unis

En défendant son industrie de l’acier par la voie des taxes imposées aux concurrents étrangers, le risque est grand de réduire la compétitivité des industries consommatrices d’acier aux États-Unis. La décision de George W. Bush en mars 2002 d’augmenter les taxes de 8 à 30 % sur l’acier s’était accompagnée de la perte de 200 000 emplois dans ces industries. Les conséquences risquent, une nouvelle fois, de s’avérer désastreuses, tant pour l’économie américaine que pour celles de ses partenaires.

Des réactions en chaîne dangereuses

Au-delà de la Chine, essentiellement visée dans les discours, mais ne figurant qu’au 11e rang des fournisseurs d’acier des États-Unis, les pays les plus touchés seront potentiellement le Canada, le Brésil, la Corée du Sud et le Mexique. L’Union européenne, avec notamment l’Allemagne, l’Italie et la France, sera également fortement impactée. Elle envisage un relèvement des barrières sur des produits fabriqués dans des États républicains (Harley Davidson, jeans Levi’s, bourbon…). Bien qu’issues d’un raisonnement élaboré et se voulant proportionnées, de telles mesures seraient très dangereuses.

Un retour de la guerre des changes

Pour les pays qui vont subir les mesures de rétorsion, l’incitation à jouer la carte de la sous-évaluation de leur monnaie pour compenser la perte de compétitivité résultant de la hausse des tarifs douaniers risque de se renforcer. Tous les épisodes de “guerre des changes” observés au cours de l’histoire apportent pourtant les mêmes conclusions : de telles pratiques s’avèrent non seulement inutiles, mais néfastes. Retour de l’inflation et ralentissement de la croissance (voire crise) sont toujours au rendez- vous. Dans un contexte de perte de pouvoir de l’OMC, le risque est grand de contribuer à enclencher des mécanismes d’escalade.

Pour des solutions apaisées

Si l’on revient aux origines du problème, la volonté de réduire le déficit avec la Chine et de défendre l’emploi aux États-Unis du président américain est légitime. Qu’elle donne lieu à des mesures concrètes l’est également. Que ces dernières soient issues de discussions constructives et coordonnées avec les partenaires commerciaux serait bienvenu et tout à fait possible. Il n’est pas dans l’intérêt de la Chine ou d’autres pays exportateurs de contribuer à la dégradation de la santé économique de partenaires dont ils ont besoin. On en reviendrait alors au “doux commerce” qu’évoquait Montesquieu, un commerce entre nations qui serait contributeur de paix. Conserver cet objectif en tête sera essentiel dans les semaines qui viennent.

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