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Présences Grenoble
Ils font l'actu — Le 8 octobre 2020

La parité est source de croissance

Au moment où s’exerce l’impact de la crise de la Covid-19, le réseau des Femmes chefs d’entreprise (FCE) lance un cri d’alarme : l’entrepreneuriat féminin se trouve menacé. Meaghan Major, présidente de la délégation Grenoble Alpes de FCE France et gérante de l’agence Witty, révèle les déséquilibres suscités par la pandémie. Elle revient sur les enjeux sociétaux de la parité dans les entreprises et les instances économiques.

Meaghan Major, présidente de la délégation Grenoble Alpes de FCE France et gérante de l’agence Witty © E. Tolwinska

De quelle situation parlons-nous pour caractériser l’entrepreneuriat au féminin ?

Meaghan Major : C’est bien toute la difficulté ! Il existe peu de données pour faire une photographie à un instant T de la situation des femmes qui entreprennent. La loi sur la parité de 2014 a instauré un principe d’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités. Notre réseau ne défend pas par nature les quotas féminins. Mais force est de constater qu’ils ont un sens, puisque sans eux rien ne bouge. Le Forum économique mondial évalue que si la loi n’accompagne pas les changements, l’équilibre attendu ne serait atteint qu’en 2234 ! La loi française a contraint les entreprises à faire évoluer la représentativité des femmes dans leur conseil d’administration ou les mandats électifs. Sur ce dernier point, des avancées ont été obtenues.

Comment mesurez-vous ces progrès ?

L’un nous concerne directement : les FCE occupent 500 mandats dans les instances représentatives (syndicats professionnels, chambres consulaires, organismes de protection sociale…) sur un total de 1 900 en France. Pour autant, la voie des comités exécutifs ne leur est pas encore ouverte, puisque la part des femmes n’est que de 18 %. Là où la loi ne s’applique plus, les statistiques s’effondrent. Une autre réalité est celle-ci : 90 % des entreprises pilotées par des femmes comptent moins de 20 salariés. Et 70 % des cheffes d’entreprise s’octroient une rémunération moyenne de 1 500 euros par mois.

En quoi la crise de la Covid-19 renforce-t-elle les déséquilibres ?

Son impact sur les familles est considérable. Du fait de leur niveau de rémunération, les femmes se sont spontanément désignées pour le télétravail, la garde des enfants, la prise en charge scolaire… Sans compter la situation des parents isolés, dont 83 % sont des femmes. Très vite alertée par nos représentantes sur le terrain, notre association a mené une enquête auprès de 1 640 dirigeantes. Le constat est sans appel : 70 % d’entre elles pensent que la situation des femmes dans l’économie va se dégrader, et 30 % s’interrogent sur la question de poursuivre leur activité…

En tant que membre élue à la Chambre de métiers et dirigeante d’entreprise, quelle réalité rencontrez-vous ?

J’ai la chance de travailler avec un président et une équipe pour lesquels la place des femmes est une évidence. Mais pendant trop longtemps, les instances ont eu tendance à oublier les femmes artisans. Sans parler de la situation des conjoints collaborateurs, qui n’étaient ni recensés ni considérés. À titre personnel, j’ai repris à 50 % avec mon mari l’agence Alpimage en 2013, rebaptisée Agence Witty. Nous sommes tous deux cogérants au niveau légal. Or, tous les documents et courriers portent la mention de Monsieur, suivie du nom de mon mari. Il a fallu qu’il me livre des autorisations pour que, en charge de la gestion, je reçoive ces documents ! Lorsqu’il s’agit de faire un emprunt important, les organismes interrogent souvent les femmes sur leur capacité à gérer à la fois travail et famille. Les banques s’étonnent aussi du faible niveau de rémunération des dirigeantes de TPE et PME, alors que cette prudence est plutôt gage de pérennité et de cohésion interne. Pour ma part, je revendique d'être passionnée par mon travail et d'avoir de l'ambition. Mais pas à tout prix ! Cette vision, plus proche des enjeux sociétaux, moins tournée vers le conflit, mais plutôt vers la recherche de solutions, anime souvent les femmes. Elle est porteuse d’une croissance plus équilibrée pour la société.

Qu’est-ce qui a construit votre parcours ?

Je suis née en France d’un père américain et d’une mère française, et j’ai vécu quatre ans en région grenobloise. À 16 ans, retour à San Francisco, où j’ai fini ma scolarité. J’ai ensuite intégré une école de journalisme à Paris, avec une spécialisation dans le film documentaire. Après des débuts professionnels à l'agence photo Magnum et chez Vogue Paris, j’ai repris une formation en photojournalisme et photographie documentaire au Centre international de la photographie de New York, fondé par le frère de Robert Capa. Les femmes photographes et vidéastes sont très minoritaires, mais elles ont de vrais atouts. Cela permet, dans des situations de grave crise sociale par exemple, d’accéder plus facilement que les hommes à certains terrains. Avec mon compagnon, nous avons décidé de nous installer à Grenoble et de créer une société ensemble, où nous participons à mettre en lumière les entreprises et les institutions. Mon implication dans le réseau des FCE coule de source pour lui : il s’étonne comme moi des situations décalées qu’une femme dirigeante peut vivre.

Que signifie être membre du réseau des FCE ?

Nous sommes 38 à la délégation Grenoble Alpes, animées par une même volonté de défendre une juste place des femmes dans l’économie. Le réseau entretient des liens étroits avec le Medef. Je fais partie du Comex-conseil d'administration qui permet d'être au cœur de ce qui se passe sur le territoire. Nous travaillons également avec d’autres réseaux comme les Mampreneurs, les Informelles, le Réseau Entreprendre Isère au féminin ou Bouge ta boîte. Ensemble, nous souhaitons participer à part entière aux mutations du monde économique !
É. Ballery

Infos clés

  • Les spécificités de l’entrepreneuriat féminin :
    - 70 % des entreprises pilotées par des femmes comptent moins de 5 salariés (90 % moins de 20).
    - 70 % des chefs d’entreprise s’octroient une rémunération moyenne de 1 500 euros par mois.
    - 83 % des parents isolés sont des femmes.
    - Il existe moins de levées de fonds réalisées par des femmes dirigeantes, et lorsqu’elles en font, le montant moyen est 2,5 fois moins élevé.
    - Les fonds gérés par des femmes ont enregistré de meilleures performances que ceux dirigés par des hommes depuis le début de l’année, selon une étude de Goldman Sachs.
     
  • Chiffres clés du réseau des FCE :
    - 1er réseau d’entrepreneuriat féminin par l’accompagnement à la croissance et la prise de mandats, en France et dans le monde
    (500 000 adhérentes)
    - 2 000 membres en France représentant 50 000 salariés
    - 65 % des dirigeantes exercent dans les services, 25 % le commerce, 7 % l’industrie et BTP, 3 % l’agriculture.

A savoir

  • 30 % des dirigeantes se posent la question de poursuivre leur activité !

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