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Présences Grenoble
Experts — Le 26 février 2020

Gestion de l’après-Brexit : pour une vision inspirée des principes de la paix économique

Depuis le 31 janvier, et après 47 ans de “vie commune”, le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne. Cette sortie officielle ne constitue que le prélude à une période de poursuite des négociations déjà largement entamées en vue d’établir de nouvelles relations entre les parties. Du côté de l’Union européenne, les tentations sont grandes de “faire payer” à l’ancien membre un départ qui est parfois vécu comme un abandon. Après avoir vécu la possibilité du Brexit comme une menace de ralentissement de l’économie, nombreux sont les dirigeants qui espèrent tirer profit de la situation au détriment de leurs concurrents britanniques. Les stratégies punitives ou opportunistes s’inscrivent dans une perspective de guerre économique. Le renforcement de cette dernière serait la pire des solutions, y compris pour les pseudo-vainqueurs.

Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de l’Irima © M. Brichet

La montée d’une vision centrée sur les intérêts particuliers

“Paix, prospérité et amitié avec toutes les nations.” Voici les mots qui ornent la nouvelle pièce de 50 pence dont le gouvernement britannique a demandé la production à l’occasion du Brexit. Si les valeurs sont belles, leur énoncé ne saurait être considéré comme performatif. Construire la paix demande des efforts. Ces derniers étaient au cœur du projet de construction européenne initié par ses pères fondateurs, dont l’ambition était essentiellement politique : éloigner les risques de guerre, en réduisant les chances du retour des tensions commerciales apparues avant la seconde guerre mondiale. Si tout n’a pas été parfait dans la construction européenne, elle a pourtant contribué à l’instauration de l’une des périodes de paix les plus longues sur le continent. Prendre le risque de la déconstruction, du repli sur soi revient à mettre en péril une paix dont l’histoire témoigne de la fragilité. Force est de constater que les premières déclarations de Michel Barnier, négociateur de la Commission européenne, et de Boris Johnson, début février, laissent augurer des négociations difficiles et de probables conflits tant les objectifs affichés s’avèrent opposés sur des points essentiels. Le refus d’assurer une “concurrence ouverte et loyale” dans ses échanges avec l’UE est ainsi clairement affiché par Boris Johnson, tandis que les menaces d’un accès réduit au marché européen lui sont opposées.

La voie de la paix économique

La paix économique constitue une alternative forte à un mode de fonctionnement des affaires basé sur l’hypercompétition, l’individualisme exacerbé et la recherche unique du profit. Elle vise à remettre l’économie et le commerce à leur juste place : celle de moyens au service de la paix, dans l’esprit de ce que Montesquieu appelait “le doux commerce”. L’optique de long terme inspirée des principes de la paix économique incite à considérer deux choses essentielles. La première réside dans la nécessité de repousser les frontières de la bonne entente à l’ensemble du monde (plutôt qu’à la seule Union européenne, qui constitue néanmoins un formidable terrain d’expérimentation de la solidarité). Dans cette perspective, le Royaume-Uni est à considérer comme un partenaire comme tous les autres, vis-à-vis desquels la logique de coopération économique pour un commerce “gagnant-gagnant” devrait primer. La seconde, dont l’importance est renforcée par l’ampleur de la crise climatique, consiste à œuvrer en faveur de la régionalisation des flux commerciaux en vue de réduire leur empreinte environnementale. Dans cette perspective, l’une des caractéristiques du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union européenne réside dans sa proximité. Elle contribue à faire de ce dernier un partenaire privilégié. Le bilan des deux dernières années, profondément marquées par un retour de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine en atteste : en période de guerre commerciale, tout le monde perd. La “trêve” signée mi-janvier entre Washington et Pékin s’inscrit dans le cadre du retour, pour l’instant ponctuel, d’une certaine sagesse. Puisse-telle inspirer les parties prenantes, politiques comme économiques, à la gestion de l’“après-Brexit”.

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