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Présences Grenoble
Industrie — Le 15 septembre 2026

Nous savons que si l’industrie est faible, notre territoire le sera aussi

Quelle approche de l’industrie la Métropole défend-elle à l’échelle de son territoire ? Dans un entretien exclusif, Guillaume Lissy, président de la Métropole de Grenoble, Laurence Ruffin, vice-présidente en charge de la stratégie économique et industrielle, élus depuis avril 2026, détaillent les axes stratégiques qui guideront leur action. Avec un fil conducteur : concilier performance de l’industrie, innovation et transition écologique.

Guillaume Lissy, président, et Laurence Ruffin, vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole.
Guillaume Lissy, président, et Laurence Ruffin, vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole © A. Frenot

La prise de conscience de l’importance de l’industrie dans l’économie française est à présent bien réelle. Comment se traduit-elle au niveau de la Métropole de Grenoble ? 

Guillaume Lissy : En tant que collectivité, nous travaillons pour une Métropole engagée sur la transition écologique, pour le développement de la qualité de vie des habitants et de l’emploi. Or notre territoire affiche clairement son identité industrielle par le nombre d’emplois dans ce secteur. Grenoble s’est d’abord développée avec la houille blanche, puis les nouvelles technologies. Cette caractéristique est inscrite dans notre ADN. Nous savons que si l’industrie est faible, notre territoire le sera aussi. La Métropole doit donc se positionner pour rester industrielle. Plus qu’une identité locale, c’est de l’avenir du territoire qu’il s’agit. 

Laurence Ruffin : Je suis arrivée à la Métropole après un parcours à la tête d’Alma, une société coopérative qui faisait le lien entre numérique, innovation et monde industriel. Or cette collaboration entre université, monde technologique et industriel est une histoire profondément grenobloise. C’est la raison pour laquelle ma délégation associe bien ces deux volets : économie et industrie. Elle illustre aussi mes convictions : j’ai pris la décision, il y a une vingtaine d’années, de rejoindre et de défendre l’industrie à un moment où l’on n’en parlait pas ou peu. J’étais déjà persuadée qu’une France sans industrie est un pays qui s’appauvrit, non seulement sur le plan économique, mais aussi en emplois de qualité. Nous avons la chance à Grenoble d’être la première métropole industrielle hors Paris, avec encore plus de 20 % des emplois dans ce secteur. C’est essentiel pour l’économie et la vitalité du territoire. C’est aussi un sujet de souveraineté. C’est enfin un enjeu démocratique : les bassins de vie en difficultés sociales sont aussi ceux où la défiance démocratique et les votes d’extrême droite progressent le plus. L’industrie offre des emplois de qualité indispensables à la cohésion sociale. Son rôle est donc essentiel, surtout dans une Métropole qui lie aussi fortement R&D (plus de 30 000 emplois), industrie diversifiée, start-up et innovation. 

Quel rôle la collectivité peut-elle jouer ?

 GL : La première demande relayée par les dirigeants concerne les services publics proposés aux salariés et aux entreprises, qui participent à la qualité de vie et à l’envie de personnes de venir ou de rester sur un territoire. Notre première attention se porte donc sur les conditions d’installation, de recrutement et de maintien des salariés, à travers les crèches, les écoles, les infrastructures de déplacement, les transports… Sur tous ces sujets, nous cochons un grand nombre de cases. Des études classent Grenoble parmi les villes leaders en Europe pour la qualité de vie, grâce aux écoles, à l’université, qui rassemble 60 000 étudiants, à des transports publics bien maillés, au développement des pistes cyclables, à la proximité des montagnes, l’accès à la santé, les loisirs, la culture. Après, nous avons aussi des sujets d’amélioration dont nous souhaitons nous emparer en ce début de mandat. Il nous faudra sans doute aller plus loin encore sur la préparation de la Métropole au changement climatique. Mais depuis mon arrivée à la présidence, je rencontre de nombreux chefs d’entreprise ou dirigeants étrangers louant un modèle qui n’existe nulle part ailleurs. 

Que vous font-ils remonter ? 

GL : Ils n’attendent certainement pas que nous pratiquions le métier d’industriel, mais plutôt d’apporter ces services qui font l’attractivité d’un territoire. Et aussi de faciliter les rencontres, les interactions entre des secteurs qui fonctionnent en étroite interdépendance. Tout dernièrement, la Métropole a participé au financement et à l’inauguration du CReSI, le 15 juillet, le centre de recherche en santé intégrée créé par l’université en lien avec le CHU. Il réunira dans un même bâtiment, à La Tronche, des cliniciens, des chercheurs, des industriels. Ce projet ambitieux, à la croisée de l’économie, de la santé et des progrès humains, est une belle illustration de l’intervention de la Métropole. 

Un thème piloté par les collectivités reste central, celui de la rareté du foncier industriel, car il conditionne les capacités d’extension d’entreprises existantes ou les nouvelles implantations. Comment l’abordez-vous ? 

LR : La question foncière présente deux réalités contradictoires : d’un côté, un besoin de terrains pour accueillir de nouvelles entreprises ; et, de l’autre, des espaces économiques existants à repenser ou reconvertir. Sur des zones économiques en déshérence, il existe encore des marges de manœuvre. Elles étaient plus limitées par le passé. La Métropole, dotée d’une compétence sur les zones économiques, doit définir une ambition claire sur le sujet. La priorité sera donnée à l’industrie dans les zones disponibles, d’autant que la question des bâtiments dédiés à l’activité, plus compacts, plus sobres en consommation d’espace, se pose à présent différemment. La reconversion de friches nous offre quelques années de visibilité, et nous devons nous atteler à ce chantier. 

À ce titre, quels pourraient être les nouveaux développements sur la plate-forme chimique de Pont-de-Claix ? 

LR : La plateforme illustre précisément la problématique de la transformation d’un site historique en un terrain économique d’avenir. Le sujet est sensible, car il marque un siècle d’histoire de la chimie. Il ne s’agit pas ici de tourner la page, mais d’en écrire une nouvelle. En lien avec la commune et les industriels locaux, la Métropole doit veiller à maintenir une présence industrielle créatrice d’emplois, tout en abordant les questions de risque environnemental, de dépollution et de décarbonation des futures activités accueillies. Le rôle de la Métropole consistera à accompagner les acteurs dans cette transition. L’avenir du site n’est donc pas de créer une zone d’habitat, mais bien de développer un foncier économique avec une typologie industrielle marquée, par exemple tournée vers la dépollution, le recyclage, comme la reconversion de panneaux solaires ou de batteries. Plusieurs entreprises liées à la chimie ou aux matériaux se sont déjà manifestées. Il s’agit d’organiser des complémentarités d’activités qui ont fait la force historique de ce site. 

À l’issue du mandat, comment imaginez-vous la dynamique créée, et quel modèle d’industrie du XXIe siècle souhaiteriez-vous voir émerger ? 

LR : J’aimerais que Grenoble Alpes Métropole reste identifiée comme une métropole française forte, toujours en pointe sur l’innovation. Mais que nous soyons aussi reconnus pour ce « petit truc en plus », ce modèle unique qui s’est incarné dans La French Tech. Il ne s’agit pas juste de produire, mais de porter une vision audacieuse d’une production soutenable, qui croise à la fois des savoir-faire forts, une attention à la transition écologique et à la place et qualité de vie des personnes au sein de l’entreprise. Il est donc important d’avoir toujours des acteurs solides, très ancrés sur notre territoire, également engagés sur des projets de transformation citoyenne et écologique. 

GL : Ce modèle ne doit pas perdre de vue les questions de souveraineté. Elles reposent à la fois sur notre indépendance énergétique – et Grenoble est à la pointe sur les énergies renouvelables –, sur le maillage entre toutes les entreprises et les acteurs locaux, mais aussi sur notre capacité à répondre à des besoins nouveaux. Comment réfléchit-on par exemple à la santé de demain, dans un contexte de vieillissement de la population, de difficulté d’accès aux soins ? Quel rôle peut jouer l’intelligence artificielle placée au service du bien commun ? Les réponses seront à trouver dans l’interaction et la mobilisation de toutes les forces du territoire.

E. Ballery

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