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Présences Grenoble
Services — Le 3 mars 2026 - Mis à jour le 3 février 2026

Accueil des activités : un paysage économique en recomposition

Comment repenser la dynamique industrielle dans une politique de sobriété foncière et d’adaptation aux enjeux climatiques ? Du Voironnais au Grésivaudan, les collectivités territoriales dévoilent leurs stratégies pour accueillir de nouveaux projets, tandis qu’en ville les professionnels s’efforcent de redessiner de nouvelles perspectives pour le commerce.

ZA de Longifan à Chapareillan
ZA de Longifan à Chapareillan © Le Grésivaudan

Le chiffre est éloquent : il reste 5 hectares de foncier à destination économique sous maîtrise publique sur le territoire métropolitain. « Sachant que l’on consomme en moyenne 4,5 hectares par an depuis dix ans », pointe Guy Jullien, vice-président de Grenoble Alpes Métropole, chargé de l’économie, de l’industrie et de la résilience économique. Une situation difficile, à laquelle une politique de régénération d’anciennes friches industrielles et de requalification du tissu urbain veut répondre. Ainsi FabricAlpe, sur le site de l’ancienne friche Allibert, s’apprête enfin à sortir de terre, après dix ans d’instruction de dossier, de démolition et de dépollutions diverses (amiante, sol…). Soit 10 hectares dans le sud de Grenoble, uniquement dédiés à l’activité productive. Un parc d’activités, en limite de zone métropolitaine, est également projeté à Domène : les Tuileries consacreront elles aussi 10 hectares à la production industrielle. Guy Jullien le reconnaît : « Le dossier est compliqué, car le secteur est en zone à la fois humide et agricole, et il exige de trouver des compensations. » À plus longue échéance, l’ancien site en cours de démolition de Sintertech, à Veurey-Voroize, pourrait offrir une dizaine d’hectares à une grande usine. Le promoteur lyonnais 6e Sens est chargé de l’aménager d’ici à la fin 2027. 

Acquérir du nouveau foncier 

Et c’est à peu près tout. Avec une population qui croît au rythme de 3 % par an, si la métropole de Grenoble souhaite créer des emplois pour tous, il lui faudra libérer 120 hectares d’ici à 2040. Le foncier économique du projet urbain GrandAlpe peut en partie y répondre. Près de 40 % est porté par l’établissement public de coopération intercommunale, qui devra actionner le levier réglementaire via le PLUi pour favoriser la densité économique : « Nous sommes actuellement à une cinquantaine d’emplois par hectare. Il faudra passer demain à 100 emplois sur la même surface, ce qui nous amènera, là où c’est possible, à construire en hauteur », examine Guy Jullien. La métropole s’active en parallèle à acquérir du nouveau foncier, à hauteur de 6 M€ par an, pour faciliter le déploiement d’opportunités économiques nouvelles. Elle vise la polarité nord-est de son territoire, dans les dernières boucles de l’Isère en amont de Grenoble, et notamment du côté de Meylan, à Inovallée. Une zone inondable, qu’une modification toute récente du Plan de prévention du risque inondation ouvre à la construction sous contrainte : ici, les bâtiments seront construits sur pilotis et surélevés. Un numéro d’équilibriste se joue entre urgence économique et exigence environnementale, quand la loi zéro artificialisation nette exige des compensations de plus en plus importantes. « Il reste aussi des potentialités à Saint-Martin-d’Hères. Mais nous ne produirons pas à tout-va, car il y a l’enjeu climatique à intégrer. » 

Parc d'activités Centr'Alp © Lyon Drone Service
Parc d'activités Centr'Alp © Lyon Drone Service

 

Préserver les dernières capacités d’accueil 

Cette situation se répète dans le Grésivaudan. Jean-François Clappaz, vice-président à l’économie, au développement industriel et à la stratégie foncière au sein de la communauté de communes, l’assure : « Nous gardons la foi, mobilisés comme jamais pour la réindustrialisation de la vallée. » Alors que trois projets d’aménagement de zones d’activités sont susceptibles d’entrer dans une phase opérationnelle (Secrétan, à Montbonnot ; Grignon, à Pontcharra ; et l’extension des Fontaines, à Bernin), le Grésivaudan a lancé un travail d’étude pour la requalification et l’optimisation foncières. Plus de 1 000 parcelles sur les 52 zones d’activités de la vallée ont été passées à la loupe et croisées avec les cartes de risques. « Au total, seules 30 d’entre elles sont réellement densifiables. Ce n’est pas à la hauteur de ce que l’on avait imaginé », confie Jean-François Clappaz. Sur Grande-Île, un dernier petit terrain de 3 hectares pourrait bientôt accueillir de l’activité. « En tout cas, il ne sera pas vendu à la découpe, explique-t-il, car il faut préserver nos dernières capacités d’accueil pour des entreprises de grande taille. » L’application du Plan de prévention du risque inondation aurait fait perdre au Grésivaudan 50 hectares d’activités économiques. La mise en œuvre du zéro artificialisation nette à l’horizon 2050 (avec un palier de réduction de l’artificialisation de 50 % retardé à 2034 au lieu de 2031) constitue un autre frein au redéploiement industriel de la vallée. « Face à des élus nationaux qui ont de moins en moins envie de prendre des risques, nous essayons de mettre en place une ingénierie pour nous donner un peu de latitude. Mais vue d’ici, sans l’assouplissement de certaines normes environnementales, la réindustrialisation de la France nous paraît être une perspective floue. » 

Encourager la densification 

La maîtrise du foncier domine également la réflexion du Pays Voironnais. La communauté de communes accompagne les entreprises pour encourager l’optimisation de l’existant, tout en incitant les communes à faire évoluer leur règlement en faveur de la densification. L’heure est donc aux projets compacts, comme sur le secteur du Parvis, à Voiron, et aux requalifications, avec l’opération Héritage sur l’ancienne friche des établissements Paraboot, à Tullins. Des programmes mixtes voient le jour : le parc Le Roulet, à Coublevie, qui associe tertiaire et production ; les projets Confluence et Atrium, à Voiron, regroupant bureaux et commerces, dans une approche d’intégration des activités et donc de diversité des emplois. « Nous veillons aussi à poursuivre l’extension de Centr’Alp et de Bièvre Dauphine, du côté de Rives, qui concentrent une part importante d’un tissu industriel dont nous sommes très fiers », confirme Thomas Faure, chargé de mission pour l’aménagement des espaces économiques du Pays Voironnais. 

Le commerce : de nouveaux usages qui vont transformer les villes 

Autour des villes, l’heure est donc à la réflexion pour imaginer de nouveaux scénarios d’aménagement économique. Intra-muros, on se creuse aussi la tête pour répondre aux nouveaux défis. L’évolution du comportement d’achat mobilise toutes les attentions. « Nous assistons à un changement total de paradigme. Aujourd’hui, on peut acheter une Tesla en à peine plus de clics que des Cotons-Tiges, et voilà que le réseau social chinois TikTok se lance à son tour dans l’e-commerce », décrit Cyril Ravier pour expliquer en partie la désaffection du commerce au centre-ville. Le directeur du cabinet Besson, à Grenoble, estime que « tout est à refaire » pour rendre les centres urbains plus désirables. Au regard des bouleversements sociologiques, écologiques et digitaux, il prône l’inventivité. L’amélioration du confort de la déambulation, le mélange des commerces de proximité avec des services marchands et publics, des animations thématiques ou encore l’accueil de concepts originaux et des formats flexibles sont quelques-unes des pistes à suivre pour donner envie de « consommer la ville » plus souvent. L’exemple de l’aménagement de l’Orangerie, qui concilie boulangerie, déjeuner sur place, mur d’escalade et coworking dans un lieu patrimonial, pourrait inspirer d’autres projets immersifs. Quitte à abandonner ses vieux réflexes ? « Il faut arrêter de penser les commerces comme hier, estime Cyril Ravier. À commencer par la voiture : toutes les métropoles se vident de l’automobile, ce n’est pas spécifique à Grenoble. Moins de voitures, c’est aussi un gain de qualité de vie pour les personnes qui vivent au centre. » Citant la ville de Milan, à l’identité très commerçante, qui prie les automobilistes de garer leur voiture dans des parkings à l’extérieur, Cyril Ravier enjoint les collectivités à accompagner les nouveaux commerces locaux. « Par exemple, et selon certains critères, en les exonérant de la part communale de la taxe foncière pendant six ans. » Un vrai redémarrage du commerce en ville peut-il toutefois s’inscrire dans la durée, dans un contexte de croissance économique structurellement modérée et de fléchissement démographique ? 

R. Gonzalez

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