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Services — Le 2 avril 2020

Formation : quelle activité après la tempête ?

Pour le secteur de la formation, l’embellie a instantanément pris fin avec la pandémie du Coronavirus. Toutefois, les problématiques de pénurie de compétences demeurent et s’avivent même avec la crise. Comment les organismes de formation adaptent-ils leur activité et anticipent-ils l’avenir ? Comment les salariés s’emparent-ils de la réforme et prennent-ils leur formation en main ? Premières évolutions.

© AdobeStock

Coup de froid dans le monde de la formation. Le secteur a été l’un des premiers touchés, dès fin février et début mars, par l’annulation en cascade des sessions réalisées en inter ou en intra. La seconde salve est intervenue le 12 mars, avec la fermeture au public de l’ensemble des établissements d’enseignement – écoles, collèges, lycées, universités et CFA – en France. La troisième, en forme de coup de grâce, s’est traduite par les mesures de confinement, interdisant de fait la poursuite des actions de formation en présentiel ou au poste de travail, jusqu’au 15 avril au moins. Seuls les organismes en capacité de poursuivre les sessions à distance ont eu la possibilité d’assurer une continuité d’activité. Ils se sont toutefois heurtés à des participants confinés, en télétravail, parfois en chômage partiel ou arrêtés pour garde d’enfants, disposant d’équipements et de réseaux plus ou moins adaptés. Pour éviter la désorganisation et une participation en pointillé, la plupart des sessions ont été décalées par les clients. À l’exception du service public de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et des écoles privées, soumises aux obligations de continuité pédagogique, le secteur de la formation professionnelle, au même titre que les restaurateurs, les commerces, les professionnels de la culture et des loisirs, a baissé le rideau.

De nombreux organismes fragilisés

Dans ce cadre, la Fédération de la formation professionnelle (FFP) s’est mobilisée pour mettre à la disposition de ses adhérents des outils de formation à distance clé en main, négocier le remboursement par les financeurs de sessions annulées, et le maintien du financement lorsque sont utilisées des solutions numériques. Mais plus largement, elle sensibilisait dès le 9 mars les pouvoirs publics à “l’enjeu vital de trésorerie” rencontré par la plupart de ses adhérents. Et soulignait l’importance de “travailler dès à présent au plan de relance de l’économie qui passe par un investissement massif dans la formation”. Car, crise du Coronavirus ou pas, les enjeux de modernisation et transformation globale de l’économie, à moyen terme, sont bien toujours présents. Sous l’impact du digital et de l’automatisation croissante des activités, ce sont en effet près de 60 % des métiers nouveaux qui devraient faire leur apparition d’ici 2030. Une mutation lourde, qui imposera une mobilisation massive de moyens en formation. En présentiel, au poste de travail, ou en distanciel lorsque ce sera possible.

Un “tournant historique” ?

C’est déjà ce constat qui avait fait bouger les lignes d’un système de formation pesant, conçu en France pendant les 30 Glorieuses et devenu, pour une large part, inadapté. Par petites touches, puis de façon plus décisive, avec la loi du 5 septembre 2018 “pour la liberté de choisir son avenir professionnel”, le secteur a fait son aggiornamento. Place désormais à une “société de compétences”, et au libre choix, opéré par chacun, d’évoluer vers de nouvelles opportunités professionnelles, via notamment l’application mobile MonCompteFormation.gouv.fr, lancée le 21 novembre. Quelles ont été, depuis, les pratiques observées chez les salariés français ? Selon le bilan publié par le ministère du Travail, en février dernier, 160 000 personnes, parmi 5 millions de visiteurs uniques, et 1 million de formations téléchargées, ont, en trois mois, constitué un dossier de formation. La plupart concernaient un permis de conduire, un bilan de compétences, une formation en création ou reprise d’entreprises, en langues ou au digital. “Surtout, souligne le ministère, les ouvriers et les employés représentent plus des deux tiers de ceux qui ont utilisé l’appli pour se former. Sicette tendance se confirme, l’appli Mon Compte Formation constituera un tournant historique dans la démocratisation de l’accès à la formation, qui bénéficiait jusqu’à présent majoritairement aux cadres et aux personnes les plus qualifiées.”

Début d’une montée en puissance

Prochaines étapes de nature à booster encore la dynamique : au 1er avril, Pôle Emploi abonde directement le compte personnel de formation des demandeurs d’emploi. De même, à partir de mi-avril, les comptes de tous les salariés et des indépendants seront abondés de 500 € (800 € pour les personnes atteintes d’un handicap ou peu qualifiées), au titre de 2019. Et en juin, ce sera cette fois au tour des entreprises, des collectivités territoriales, de l’État ou des fondations, d’abonder les comptes personnels de formation afin d’inciter leurs collaborateurs à suivre les formations correspondant aux compétences qu’ils recherchent… L’application devrait donc véritablement monter en puissance à partir de ce mois d’avril. Elle pourrait être aidée en cela par une disponibilité plus forte de personnes désormais confinées, massivement concernées par le télétravail, et donc incitées à s’inscrire, consulter leur compte, prendre des décisions en s’inscrivant directement à des modules de formation…

2020, une future “année blanche” ?

Précisément, pour le secteur de la formation professionnelle, quels effets attendre de cette période inédite ? À l’heure où le déroulement des examens et concours demeure pour l’heure suspendu et s’organisera selon des modalités inconnues à ce jour, les incertitudes subsistent. Les reports des sessions qui auraient dû initialement se tenir au printemps susciteront immanquablement une perte sèche sur la période concernée, et un encombrement du calendrier sur le second semestre. Sur cette période pèse également une autre inconnue : quelle sera la vigueur de la reprise économique ? Si elle se révèle intense, alors les entreprises, pour rattraper un premier semestre perdu, ne pourront libérer les salariés. Les formations se trouveront reportées d’autant, pas avant 2021, voire 2022. Mais si, en réponse au gel de l’économie, les entreprises engagent des mesures de chômage partiel, des plans de licenciement dès le courant de l’année 2020, le nombre de personnes disponibles pour une formation, ou pour initier une reconversion, pourrait alors rapidement monter en flèche. De même, les entreprises pourraient être incitées à engager elles-mêmes des plans de formation destinés à préparer l’avenir, avec l’aide de leur OPCO, et former leur personnel aux mutations à accomplir. Les projections d’activité des établissements et organismes de formation, selon l’hypothèse qui aura le plus de chances d’advenir, changent du tout au tout. Dans le premier cas, il leur faudra faire face à “une année blanche”. Dans le second, elles devront parer à une affluence d’inscrits. De nouveau, après une année 2019 déjà marquée par un recul d’activité dû à l’entrée en vigueur de la réforme, le secteur est encore soumis en 2020 à l’adaptabilité, à l’agilité permanentes.

Préparer le nouveau cycle économique

À moyen terme, au-delà de 2020, les prévisions sont beaucoup plus optimistes. Ce sont en effet près de 24 millions d’actifs qui, progressivement, s’inscriront sur l’appli MonCompteFormation.gouv.fr, et feront des arbitrages pour consommer leurs crédits disponibles. En 2019, le nombre d’apprentis a augmenté de 16 % et il a toutes les chances d’évoluer encore à rythme soutenu, compte tenu des dispositions très favorables instaurées par la loi de 2018. L’ampleur des ruptures sociétales, des mutations technologiques, des changements de business models sera plus que jamais agissante d’ici 2030. La gravité de la crise générée par la pandémie du Coronavirus entraînera, comme celle intervenue en 2009, une redistribution des cartes dans tous les secteurs. Dans cet environnement changeant, les acteurs de la formation auront alors un rôle clé à jouer : celui de structurer, et rendre même possibles, les grandes transformations de l’économie.
É. Ballery
 

Infos clés

Le secteur de la formation a été l’un des premiers touchés par l’annulation en cascade des sessions.

Entre novembre et février, 160 000 personnes ont constitué un dossier de formation.

 

Qui se forme, et à quoi ?
900 000 formations ont été suivies entre 2015 et 2018 par les salariés du secteur privé.
7 fois plus de formations suivies par les salariés du privé en 2018 qu’en 2015 (383 000, contre 53 000 en 2015, “année blanche” après la réforme de 2014).
264 000 personnes en recherche d’emploi sont en formation en juin 2019, soit une augmentation de +13,7 % sur un an.
Les formations sont de plus en plus courtes : 88 heures en 2018, contre 117 heures en 2017 (78,5 % des formations durent moins de 100 heures en 2018)
Une formation sur dix est financée entièrement par le salarié en 2018, un taux qui devrait très significativement augmenter avec l’appli MonCompteFormation.gouv.fr.
Trois domaines sont particulièrement prisés par les salariés qui commencent une formation :
- plus d’un tiers se forment aux langues vivantes, civilisations étrangères et régionales (dans 85 % des cas, préparation aux tests Bulats ou Toeic) ;
- un sur dix se forment à l’informatique, traitement de l’information, aux réseaux (dont 66,4 % préparent la certification informatique Tosa, certification bureautique et compétences digitales) ;
- un sur dix se forment aux transports, à la manutention, au magasinage (dont 25,9 % préparent le certificat d’aptitude à la conduite en sécurité, 23,3 % le permis de conduire de catégorie B).

Source : DARES.
La formation professionnelle perçue par les Français
• La formation professionnelle continue est perçue à 87 % comme une chance pour évoluer professionnellement, à 84 % comme une nécessité pour conserver son employabilité tout au long de sa carrière, 80 % des actifs indiquant avoir un métier qui évolue et qui nécessite des formations.
22 % des actifs se projettent dans cinq ans dans un autre métier, et 42 % dans le même métier, mais exercé différemment.
60 % d’entre eux jugent aussi la formation contraignante, car difficilement compatible avec les agendas professionnels chargés.
• Si 56 % estiment être acteurs de leur formation, ils ne sont que 16 % à l’être “tout à fait”, et 44 % à ne pas être acteurs.
22 % ont contacté directement des organismes de formation, 20 % ont fait des recherches, 18 % ont suivi une formation de leur propre initiative en dehors des heures de travail (de type cours du soir ou Mooc…).
57 % des actifs estiment être mal informés (en lieux ressources ou en formations porteuses en matière d’emploi).
• Lorsqu’ils sont en mesure d’émettre un souhait, les actifs évoquent le plus souvent leur désir de suivre une formation en lien avec l’informatique et les nouvelles technologies.
• Plus les répondants sont formés au départ, plus ils affichent le désir de continuer à se former tout au long de leur carrière ou ont les clés pour le faire. Cela laisse entrevoir un besoin d’accompagnement plus prégnant pour les moins diplômés.
Les salariés des petites entreprises font aussi état d’un niveau d’information moindre, ou une plus grande difficulté à concilier formation et activité professionnelle.

Source : Enquête Harris interactive pour Centre Inffo, Baromètre de la formation et de l’emploi, réalisée du 16 au 20 décembre auprès d’un échantillon national représentatif de 1 559 actifs français, âgés de 18 ans et plus.

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