Carole Lymer : "L’intelligence artificielle, une réelle opportunité pour les femmes"
Présidente de French Tech Alpes Grenoble depuis juin dernier, Carole Lymer a fondé, en 2024, Honima, un studio d’intelligence artificielle spécialisée dans l’IA générative. Pour elle, les jeunes femmes ne sont pas assez poussées vers les filières tech.
L’an dernier, avec sa société Honima, Carole Lymer a lancé un premier système d’analyse permettant d’automatiser l’accès à la donnée pour faciliter l’aide à la décision. Elle s’adresse notamment aux grands retailers et aux sociétés de service qui souhaitent améliorer la connaissance et la satisfaction clients. Pour en arriver là, la chef d’entreprise a opéré une reconversion professionnelle.
“Mon parcours est assez symbolique de ce que peuvent vivre les femmes puisque je me suis reconvertie à l'intelligence artificielle et à l'analyse de données, raconte-t-elle. J'ai suivi un an de formation, pris des cours de maths particuliers… J'ai passé un baccalauréat littéraire option maths, mais je me dis que si la filière de l'informatique n'était pas aussi stéréotypée et réservée aux hommes, j'aurais vraiment choisi ce domaine.”
Selon plusieurs sources qu’elle a pu recueillir, 76% des lycéens perçoivent l’informatique comme un métier masculin, et seulement 33% des filles sont encouragées par leurs parents à s'orienter vers le numérique (contre 61% des garçons).
“Dans la tech, l'intelligence artificielle nous ouvre un boulevard puisqu'il descend, en partie, les barrières techniques. Il faut saisir l'opportunité de l’IA pour aller lancer des produits tech. Aujourd’hui, ce qui fait la différence, c'est la réelle compréhension du besoin de l'utilisateur. De nombreuses femmes se retrouvent ainsi dans des métiers d'UX researcher, d'UX designer, des profils pour lesquels la compréhension de l'utilisateur est essentielle. J’en rencontre beaucoup dotées de compétences métiers très fortes en communication, en marketing, en RH, qui comprennent extrêmement bien les besoins utilisateurs et se lancent dans l'IA.”
Des femmes inspirantes à Grenoble
La jeune femme relève de plus en plus de dirigeantes présentes dans la tech. Grenoble compte, en effet, des figures emblématiques, parmi lesquelles Maud Vinet, CEO et cofondatrice de Quobly (quantique), Yun Luo, CEO et cofondatrice de Rosi Solar (recyclage de panneaux solaires), Camille Migdal, présidente de Cell&Soft (biotech), Awatef Ben Tahar, CEO et cofondatrice de The Element Biotechnology, Katia Hilal, CEO et fondatrice d’Amiral Technologies (IA au service de la maintenance prédictive), Sophie Rivoirard, cofondatrice de MagREEsource (fabrication d’aimants permanents), Marie-Gabrielle Jouan, présidente et cofondatrice de BGene (biotech), Elza Bassi et Rebecca Lopez, cofondatrices de Glaads et de Zouaf (solutions digitales)…
Toutes ces femmes sont, pour Carole Lymer, des exemples inspirants : “Il est de notre responsabilité de lutter contre les stéréotypes. Nous devons mettre en avant les profils d'entrepreneuses tech et de chercheuses afin de rendre ces filières attractives pour les jeunes filles. Si nous n'en avons pas dans les filières scientifiques, nous n'aurons pas de dirigeantes de sociétés deeptech. L'envie d'entreprendre est extrêmement présente chez les femmes, mais elles ont besoin de prendre davantage confiance.”
Si la dirigeante de Honima a accepté de prendre la tête de French Tech Alpes Grenoble, c'est, entre autres, parce qu'elle savait que Salomé Géraud présidait French Tech Toulouse. Également maman de jeunes enfants et chef d’entreprise, la jeune toulousaine représentait un exemple inspirant. “J'ai envie d'ouvrir la voie, d’affirmer que c'est possible, que nous pouvons, nous aussi, jouer un rôle dans la tech”, conclut Carole Lymer.
F. Combier
Infos clés
Selon le Baromètre SISTA x BCG paru en décembre 2025, en France, les femmes seules ne représentent que 9 % des start-up fondées en 2025, les équipes mixtes constituent 10 %. Le nombre total de start-up comptant au moins une femme parmi ses fondateurs est en augmentation de +4 % par rapport à 2019.
Une levée de fonds sur quatre est réalisée par une équipe comprenant au moins une femme (+8 points par rapport à 2019). Quant au montant moyen levé par les femmes, il est en progression, passant de de 4,4 M€ en 2022 à 5,4 en 2025.

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