Renaissance Fusion muscle son projet industriel
En confiant sa direction à Sam Guilaumé à l’automne 2025, Renaissance Fusion affiche clairement ses ambitions : passer d’une start-up deeptech à un acteur industriel de la fusion nucléaire. À Grenoble, l’entreprise prépare ses premières lignes de production et vise un chiffre d’affaires dès 2026.
Ingénieur en électronique, Sam Guilaumé a bâti sa carrière dans les semi-conducteurs et les start-up technologiques, qu’il a souvent accompagnées jusqu’à l’industrialisation. Après avoir cofondé la société Movea, en 2007, puis dirigé plusieurs entreprises, il a rejoint Renaissance Fusion en octobre 2025. Sa rencontre avec Francesco Volpe, à l’origine de la création de la start-up, a agi comme un déclencheur. « La fusion n’est pas une innovation de plus. C’est un basculement pour l’humanité », explique-t-il. Francesco Volpe se recentre alors sur son rôle de CTO, laissant au nouveau CEO la responsabilité de structurer la trajectoire économique de la société.
La fusion, de la promesse scientifique au marché
Énergie décarbonée, pilotable et générant peu de déchets, la fusion nucléaire est désormais perçue comme une solution industrielle crédible. « Elle n’est plus un projet relevant exclusivement de la science, elle devient aussi un projet industriel : produire 1 GW pendant un an ne nécessiterait qu’une très faible quantité de ressources – eau de mer et lithium – tout en évitant les contraintes de la fission nucléaire », insiste Sam Guilaumé. Pour Renaissance Fusion, l’enjeu est désormais clair : rendre cette technologie reproductible, économiquement viable et compatible avec une production à grande échelle.
Pour y parvenir, l’entreprise a fait le pari du stellarator, une architecture de confinement magnétique plus stable, mais plus complexe que le tokamak. Sa différenciation repose sur le développement de bandes supraconductrices haute température (HTS), permettant de concevoir des aimants innovants. « Plutôt que de fabriquer des aimants 3D extrêmement complexes, nous dessinons le champ magnétique directement dans la bande supraconductrice », résume le CEO. Ce positionnement ouvre un marché immédiat : le HTS représente déjà plusieurs milliards d’euros par an, avec une offre mondiale limitée à deux fabricants, en Russie et en Chine. « C’est un sujet de souveraineté industrielle majeur », souligne-t-il.
Premiers revenus attendus dès 2026
Soutenue par France 2030 et par un partenariat avec le CEA, Renaissance Fusion prévoit une ligne pilote de production de HTS opérationnelle à l’été 2026, générant ses premiers revenus. Une usine est ensuite envisagée pour 2028.
Forte de 109 salariés – originaires de 24 pays – et dotée d’un rythme soutenu de recrutements, l’entreprise grenobloise avance par étapes. Elle compte vendre d’abord ses briques technologiques, avant de concevoir, à terme, une machine de fusion complète. « Notre objectif est de fournir l’énergie pour produire de l’électricité, pas de devenir électricien », conclut Sam Guilaumé.
L. Marty
Infos clés
- Développement d’un réacteur à fusion nucléaire
- Fontaine
- 109 salariés originaires de 24 pays
- Premier CA prévu en 2026, avec la mise en fonction de sa ligne de production pilote de HTS
- Construction d’une usine industrielle prévue en 2028
A savoir
- La fusion n’est plus un projet de science : c’est désormais un projet industriel, avec des enjeux de souveraineté et de marché.

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