À Grenoble, MADMAX contribue au développement des processeurs à l’ère post-loi de Moore
La miniaturisation des circuits électroniques atteint aujourd’hui ses limites. Pour continuer à améliorer les performances des processeurs, une équipe grenobloise explore une autre voie : l’architecture. Créée en 2025, MADMAX s’inscrit au cœur d’enjeux industriels et stratégiques majeurs.
Pendant des décennies, les performances informatiques ont progressé grâce à la loi de Moore, fondée sur l’augmentation continue du nombre de transistors dans les circuits. Mais cette dynamique s’essouffle. « On peut aujourd’hui intégrer des dizaines de milliards de transistors sur une puce. Le vrai défi est désormais de les exploiter efficacement », explique Frédéric Pétrot, responsable de l’équipe MADMAX. Créée le 1er août 2025 à Grenoble, MADMAX fait partie d’un cercle très restreint d’équipes travaillant sur la microarchitecture des processeurs, un domaine clé mais peu représenté en France. L’équipe rassemble principalement des enseignants-chercheurs de Grenoble INP-UGA, aux côtés de chercheurs Inria, CNRS et de l’Université Grenoble Alpes.
Anticiper pour accélérer le calcul
Au cœur des travaux de MADMAX se trouve l’anticipation. Un programme informatique est une succession d’instructions ponctuée de décisions, coûteuses en temps. Les processeurs modernes tentent donc de prédire ces décisions à l’avance pour accélérer l’exécution. « Un ordinateur est devenu une sorte de boule de cristal », résume Frédéric Pétrot. Ces mécanismes améliorent les performances, mais posent aussi la question de la consommation énergétique. L’équipe travaille ainsi sur l’équilibre entre calcul et mémoire, sur la hiérarchie mémoire dans les systèmes multiprocesseurs et sur les limites du parallélisme, qui ne peut pas tout résoudre lorsque les calculs restent en partie séquentiels.
IA, industrie et souveraineté
MADMAX s’intéresse également aux accélérateurs matériels dédiés à l’intelligence artificielle, afin de réduire l’énorme consommation énergétique de ces calculs. Ces recherches prennent une dimension stratégique dans un contexte de forte dépendance européenne aux circuits conçus et fabriqués hors du continent. « Il est indispensable de maintenir un socle de compétences pour ne pas dépendre exclusivement d’acteurs étrangers », souligne Frédéric Pétrot.
Historiquement proche de l’industrie, l’équipe collabore notamment avec STMicroelectronics, Kalray ou Eviden, et participe à des projets nationaux et européens. À l’interface entre recherche et innovation, MADMAX contribue à préparer les compétences nécessaires à une future filière européenne des semi-conducteurs.

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