Tech&Fest : le High Level Forum tient son sommet à Grenoble
Le réseau international des écosystèmes d’innovation, créé en 2012 à Grenoble, mobilise des décideurs de la recherche, de l’enseignement supérieur, de l’industrie et des responsables publics du monde entier. Son sommet annuel, organisé du 2 au 4 février, réunira ainsi des membres de 21 pays, avec une journée ouverte le mercredi 4 février au Tech&Fest. Présentation par Bruno Charrat, chair du High Level Forum, directeur du développement des alliances en recherche et en innovation au CEA.
Quelle est la vocation du High Level Forum. Et pourquoi se réunit-il à Grenoble ?
Bruno Charrat : Tout est parti en 2008 de la création de l’écosystème Giant. Elle a marqué la volonté de regrouper les acteurs de la recherche, de l’enseignement supérieur, de l’industrie, pour répondre aux grands défis des technologies dans les domaines du numérique, de l’énergie, de la santé… en s’intéressant à leurs impacts sociétaux. C’est ainsi que Grenoble a construit un environnement singulier, défendant l’innovation pour la société de demain. En 2012, Giant a souhaité ouvrir la réflexion et regarder comment d’autres écosystèmes d’excellence dans le monde abordaient ces questions de collaboration et d’innovation. C’est ainsi que le High Level Forum est né. Il réunit aujourd’hui des décideurs internationaux responsables de l’innovation sur leurs territoires respectifs. Ils représentent des modèles d’écosystèmes très différents et parfois référents au niveau mondial (Silicon Valley, Hsinchu à Taïwan, Tsukuba au Japon, Montréal au Canada, NSTDA en Thaïlande…).
A savoir
Le HLF fédère 70 écosystèmes mondiaux d’innovation.
Comment, depuis 2012, ce réseau a-t-il grandi, et sur quels axes travaille-t-il ?
BC : Le HLF fédère 70 écosystèmes mondiaux d’innovation, dont plus d’une trentaine sont présents cette année. La plupart comportent de grands centres référents d’innovation dans le numérique (quantique, intelligence artificielle, cybersécurité, robotique) d’Asie, du continent nord-américain ou encore d’Europe... Trois groupes de travail ont été formés au sein du HLF sur des préoccupations transverses, communes à tous : la résilience des chaînes d’approvisionnement, devenue centrale depuis la pandémie, celle des talents et des compétences, et enfin le thème de l’évaluation de l’impact des innovations sur la société. Ces travaux font l’objet de restitutions régulières. Et nous tenons un sommet annuel, qui se déroule une fois sur deux à Grenoble. Le dernier s’était tenu en 2024 à Taïwan.
Combien de délégations du HLF se réuniront à Grenoble ?
BC : Quand nos sommets précédents ont plutôt réuni plutôt une soixantaine de participants, cette édition, uniquement sur invitation, accueille plus de 100 membres, représentant plus de 30 écosystèmes d’innovation, issus de 21 pays. Une première journée ouverte est organisée le 4 février dans le cadre de Tech & Fest, une magnifique vitrine du territoire, de sa capacité d’innovation et de son fonctionnement en écosystème. En venant sur l’agora, les visiteurs peuvent rencontrer les délégations du HLF. C’est vraiment la mission du HLF de faire dialoguer et réfléchir ensemble des campus d’innovation internationaux, pour mieux innover et agir dans le monde qui est le nôtre.
A savoir
De façon paradoxale, les tentatives de grandes régions de recomposer des blocs souverains font aussi ressortir nos interdépendances respectives.
À ce titre, en quoi le thème du sommet 2026, « De la recherche à la réalité, innover dans un monde en transformation », marque-t-il un jalon important pour le réseau ?
BC : En début d’année 2025, le comité de pilotage du HLF, composé de 12 membres qui se réunissent tous les mois, a émis ce constat : nous passons d’un environnement traditionnellement incertain, à un monde plus inconnu, marqué par la disparition des repères dans de multiples domaines. Les disruptions se multiplient dans tous les domaines technologiques : le quantique, l’intelligence artificielle, la robotique, la cybersécurité… La société, confrontée au dérèglement climatique, aux tensions géopolitiques, est elle aussi traversée par de profondes perturbations. Ce passage de l’incertitude à l’inconnu devient un nouvel enjeu pour les écosystèmes d’innovation.
Précisément, les volontés de coopération au sein HLF ne se trouvent-elles pas annihilées par un monde devenu plus fragmenté, sur le plan géopolitique ?
BC : De façon paradoxale, les tentatives de grandes régions de recomposer des blocs souverains font aussi ressortir nos interdépendances respectives. Le continent américain et l’Europe sont dépendants des matières critiques fournies par la Chine, qui elle-même dépend des approvisionnements en équipements de l’européen ASML, des puces de Nvidia issues des capacités de production taïwanaises. Les besoins de nouer des coopérations, des dialogues sont donc toujours aussi forts. Notre conviction commune est qu’aucun acteur ne peut réussir à innover seul. Nous observons d’ailleurs un nouvel intérêt de la part d’écosystèmes d’innovation à nous rejoindre, au Danemark, en Bulgarie, en Italie, en Espagne, en Arizona... Et la France noue des coopérations bilatérales de plus en plus fortes, avec Taïwan par exemple, ou multilatérales en Europe, à l’image de l’inauguration de la ligne pilote FAMES. Face à la complexité, les stratégies de coopérations, d’alliances, sont essentielles, surtout dans un monde fragmenté.
E. Ballery

Commentaires
Ajouter un commentaire