Jean-Yves Claverie : « Résilience globale » et prudence pour les mois à venir
Le premier semestre 2026 a été marqué par de fortes variations du prix du pétrole et de profondes incertitudes pour l’avenir. Jean-Yves Claverie, directeur départemental de la Banque de France de l’Isère, partage l’analyse du bilan de conjoncture publié en juin 2026 par la Banque de France en Auvergne-Rhône-Alpes. Près de 8 500 entreprises et établissements ont été interrogés entre fin mai et début juin. Bilan et perspectives.
Quelle principale tendance se dessine au cours de ce premier semestre 2026 ?
Les données fournies par l’enquête de juin font ressortir une résilience globale, en dépit des chocs survenus depuis fin février avec le blocage du détroit d’Ormuz. Le dénominateur commun, toutes branches confondues, est la stabilité des effectifs. Les chefs d’entreprises ne prévoient dans l’ensemble pas de recrutement, dans un contexte chargé d’incertitudes, entre le conflit au Moyen Orient, les tensions géopolitiques et les élections présidentielles de 2027.
Quelles sont les évolutions plus fines qui se dégagent, par secteur ?
Les entreprises industrielles indiquent avoir limité les hausses de prix dans l’ensemble afin de rester compétitives, en dépit de l’augmentation du coût des matières premières qui touche toutes les activités. À cela s’ajoute la hausse du prix du pétrole et ses conséquences, notamment sur le coût du transport des marchandises. Les carnets de commandes ont conservé une bonne dynamique depuis le début de l’année, plus marquée dans les produits informatiques et électroniques, portés par des commandes liées à la création de nombreux data center aux États-Unis. Le taux d’utilisation des capacités de production se situe ici au plus haut niveau depuis juillet 2023, proche de 77%. Les chefs d’entreprise interrogés dans notre enquête tablent sur une croissance d’activité pour les prochaines semaines. La situation apparaît plus dégradée dans les services marchands, notamment pour la restauration, confrontée à l’augmentation du prix des denrées et aux canicules successives, qui ont entraîné une baisse de la fréquentation. Une tendance que les professionnels ont vue se maintenir pendant tout l’été.
La construction envisageait un rebond, certes prudent, en 2026. Qu’en est-il ?
Le secteur a connu une embellie en juin dans le second œuvre, en raison de la forte demande d’installations de climatiseurs. Les entreprises de gros œuvre ont quant à elles été confrontées à une baisse d’activité au cours du deuxième trimestre. Les incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient ont pesé sur leur trésorerie, et elles ont dû rogner sur leurs marges pour éviter de répercuter la hausse des prix des matières premières, alors même que les carnets de commandes se creusaient. À cela s’ajoutent l’inertie de la commande publique, ralentie par la situation des finances publiques, et les canicules qui entraînent des retards sur les chantiers. Cette tendance devrait se maintenir dans les prochaines semaines.
Quels sont les principaux indicateurs à observer ?
L’objectif est toujours la lutte contre l’inflation. Nos prévisions n’avaient pas intégré une tendance haussière des taux directeurs de la Banque centrale européenne. Notre scénario de base tablait aussi sur un prix moyen du baril à 83 $ sur 2026. Le premier point de vigilance demeure la situation au Moyen-Orient et ses impacts.
A. Fourney

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