Joëlle Personnaz : concevoir avec le vivant
Elle plaide pour une construction éthique, respectueuse de la terre et porteuse d’une vision inspiratrice du partage. L’architecte multiprimée veille à une approche symbiotique de son art, déterminée à déconstruire l’invisibilité qui touche les femmes de sa discipline.
Son premier projet récompensé remonte à 2016 : pour la restauration d’une grange d’un hameau proche de Saint-Martin-d’Uriage, elle décroche alors le prix départemental de la Construction bois et celui de la Biennale de l’habitat durable de la Ville de Grenoble. Un moment charnière dans sa trajectoire professionnelle démarrée neuf ans plus tôt avec la création de sa première agence, à Marseille. « Cette grange très ancienne, j’ai constaté qu’elle était déjà bioclimatique, conçue pour une économie d’espace et parfaitement adaptée aux usages. Je me suis alors intéressée de près à l’architecture vernaculaire, en m’inspirant de ce savoir-faire des générations précédentes pour d’autres chantiers similaires. »
Révéler la poésie des lieux
Comme pour son grand-œuvre, qu’elle réalise pour la Maison Aribert, à Uriage : « 2 500 m2 de bâti ancien à restaurer pour un chef doublement étoilé. Une véritable aventure qui m’a fait basculer sur une autre échelle », confie-t-elle. Soit deux ans d’études et de chantier, depuis la première esquisse jusqu’à la remise des clés, début 2019. Son cahier des charges : préserver l’âme de cette belle bâtisse du xixe siècle en y révélant toute sa poésie et en replaçant le site dans une dimension écologique. Bingo : la Maison Aribert sera le premier établissement français à décrocher l’étoile verte Michelin, qui salue l’innovation durable et les comportements vertueux dans la restauration.
Une moisson de prix
Diplômée de l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille, Joëlle Personnaz enseigne à son tour à l’Ensa de Grenoble, portée par « le goût de transmettre ». Elle s’est aussi formée en 2016 à la géobiologie, soit l’étude de l’influence d’un lieu sur l’environnement et les êtres vivants, une discipline qu’elle considère « complémentaire » à son métier. Une valeur ajoutée qui a certainement contribué au plébiscite de ses réalisations récentes, largement primées. Poussant ses convictions, elle renonce aux projets qu’on lui propose de l’autre bout de la France, attachée à réduire au maximum son empreinte carbone. Et l’architecte compte faire profiter de sa sensibilité patrimoniale des établissements recevant du public, cabinets comptables et autres laboratoires de recherche… tous locaux.
R. Gonzalez
A savoir
« Dans le cadre de l’expo « Femmes libres à travers l’art », Joëlle Personnaz a créé « La cabane de l’intime », en collaboration avec des étudiants de l’école d’architecture de Grenoble. »

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