Emploi : derrière l’atonie, la mutation se poursuit
Si le chômage ne connaît pas d’envolée brutale en 2026, la dynamique de l’emploi s’essouffle. Dans un contexte économique incertain et avec des perspectives floues, des secteurs parviennent quand même à tirer leur épingle du jeu.
La fin de l’année 2025 a été marquée par une hausse de 84 200 nouveaux demandeurs d’emploi de catégorie A (sans aucune activité) au quatrième trimestre 2025, soit une progression de 2,6 % par rapport au précédent. Cette évolution traduit la prise en compte de l’inscription, depuis le début 2025, de tous les allocataires du RSA et des jeunes en parcours d’insertion à France Travail, ainsi que de l’entrée en vigueur au 1er juin d’un nouveau régime de sanctions. Sans ces paramètres, la hausse du nombre de chômeurs aurait plutôt avoisiné 2 %. Mais un fait demeure : le climat d’incertitude ouvert en 2024 n’incite pas les entreprises à recruter. Avec un taux de chômage à 7,7 % au troisième trimestre, l’objectif de plein-emploi annoncé pour 2027 (autour de 5 %) s’éloigne. Le marché de l’emploi apparaît donc fragilisé, et l’année 2026 n’augure rien de meilleur. L’Insee et la Banque de France anticipent même un taux de chômage en fin d’année à 7,8 %, et même à 8 %, selon l’OFCE. Mais si le marché du travail « connaît un ralentissement sans rupture brutale d’ampleur », selon le ministère du Travail, il n’est toutefois pas à l’« arrêt », comme le mentionne Caroline Malerba, présidente du groupe ACE. À la tête d’un réseau d’agences de travail temporaire en Isère, la dirigeante cite en exemple la période de 2009 où « il n’y avait, pour le coup, plus d’activité. En ce moment, nous sommes plutôt face à des entreprises qui ajustent leurs recrutements, sans envisager de les arrêter ».
Un rebond possible ?
Quelques signaux reprennent même des couleurs. Ce sont d’abord les grandes entreprises qui ouvrent la voie à une possible « dynamique » d’embauches. Selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), 51 % d’entre elles prévoiraient de recruter au moins un cadre au premier trimestre 2026, contre 48 % un an plus tôt. Du côté des PME, cette proportion s’établit à 16 % (12 % l’an dernier). « Avec un climat des affaires qui s’est amélioré au cours du quatrième trimestre et des investissements qui ont suivi au début de l’année, la projection de l’emploi des cadres à court terme est encourageante », commente Michel Fuchs, responsable de l’antenne iséroise de l’Apec. Grenoble en connaît déjà les effets. « À chaque reprise du secteur industriel, le bassin suit le mouvement, précise-t-il. Cette dynamique se traduit sur le terrain par une augmentation des offres publiées sur notre plateforme et un regain de confiance des cadres, plus enclins à envisager une mobilité professionnelle. » À noter que la métropole grenobloise recense un peu plus de 61 000 cadres au total.
Des métiers en tension
La croissance faible de l’économie française (0,9 % en 2025) a certes freiné les embauches, mais elle n’a pas stoppé les besoins dans des secteurs en pénurie, comme la restauration, le nettoyage et les activités hospitalières. Ceux-ci ont recruté massivement. D’autres métiers portés par des enjeux technologiques et énergétiques majeurs continuent aussi de se démarquer. Les fonctions cadres liées à la transition énergétique, à la maintenance industrielle, à la supply chain, aux métiers du chiffre ou encore aux systèmes d’information demeurent recherchées. La cybersécurité figure également parmi les secteurs les plus en tension à Grenoble, souligne Michel Fuchs. Entre métiers émergents et professions indispensables à l’économie, des perspectives demeurent, en attente d’une stabilité suffisante pour permettre au marché de l’emploi de retrouver pleinement l’élan connu ces dernières années. Entre 2017 et 2023, le taux de chômage était passé de 9,6 à 7,1 %. La fin d’une exception ?
R. Charbonnier

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