L’entreprise, le territoire et la culture
Quels liens existe-t-il entre l’économie, le patrimoine des territoires et la culture ? Fondations, mécénat, tourisme de savoir-faire ou événements d’entreprise sont autant de formes diverses et de leviers saisis par les acteurs économiques pour faire vivre la pérennité du patrimoine et des lieux culturels. Tour d’horizon des pratiques.
Le sondage a surpris. Peu avant les élections municipales, début mars, la Fondation du patrimoine révélait dans une enquête réalisée par l’institut Odoxa, que « 90 % des Français considèrent que le patrimoine local est important pour l’image de leur commune, comme pour celle de la France ». Ils estiment aussi, à 54 % d’entre eux, que les monuments sont en danger, et à 72 % que les élus devraient s’engager davantage dans la préservation du patrimoine local. Une attente qui transcende les classes d’âge, puisque ce dernier item se trouve partagé par 72 % des personnes de 65 ans et plus, et par 69 % des moins de 25 ans. L’entreprise, directement reliée aux attentes sociétales, s’intéresse au sujet. Certaines sociétés, dont le secteur d’activité est étroitement lié aux débouchés économiques des secteurs culturels et patrimoniaux – rénovation de sites historiques, techniques du son, de l’image, logiciels ou applications de visites, services de sécurité… – sont évidemment mobilisées autour de ces enjeux. L’impact économique en France est d’ailleurs mesuré avec précision (même si les nomenclatures de statistiques sont en cours de réforme au niveau européen pour intégrer les activités numériques, encore hors champs d’étude). La production totale des branches culturelles est ainsi évaluée par le ministère de la Culture à 108,8 Md€ en 2023. Avec une valeur ajoutée établie à 49,5 Md€, en hausse de 4,1 %. Mais de façon plus large, l’entreprise, sur son territoire, s’affirme comme un acteur direct du patrimoine ou du dynamisme culturel. Nombre d’entre elles sont partie prenante pour soutenir de grandes institutions, comme le Musée de Grenoble (près de 200 000 visiteurs en 2024) ou la Maison de la culture de Grenoble (MC2, labellisée Scène nationale, 80 spectacles en saison), « axée sur l’ouverture internationale et l’excellence artistique ». Le Groupe Samse, Air Liquide, Teledyne, bioMérieux, Safilaf, GEG, Groupama, La Banque Populaire, la Caisse d’Épargne, le Crédit Agricole et SG comptent parmi les mécènes de ces institutions.
Un levier d’action : les fondations d’entreprise
De façon plus structurée, les actions de soutien sont parfois encadrées au sein de fondations. C’est le cas notamment pour les groupes Vicat, GEG, Caisse d’Épargne Rhône-Alpes, très actifs au niveau local.
Sur le plan national, la Fondation de France abrite 974 fondations, qui ont consacré 453 M€ de fonds à toutes les causes d’intérêt général en 2025, soit un montant en hausse de 22 % par rapport à 2023. Or la culture se situe au troisième rang des causes défendues, derrière la santé et la recherche médicale (24 %), l’enfance, la jeunesse et l’éducation (20 %), et devant le climat et la biodiversité (12 %), la solidarité et les vulnérabilités (12 %). Certaines sont spécialement dédiées à la conservation du patrimoine, comme la Fondation Bérenger, pour le château de Sassenage.
Réintroduire une vision à moyen et à long terme
D’autres entreprises s’engagent autour de projets ponctuels, comme l’opération de mécénat organisée autour de la réhabilitation de la tour Perret. Ou la célébration, tout au long de 2025, du centenaire de l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, à l’initiative de l’association Hydro21. Celle-ci réunit une centaine d’entreprises de la filière de l’hydroélectricité.
Les raisons de cet engouement ? Plus qu’un intérêt passager, la culture et le patrimoine sont de nature à exprimer une volonté d’ancrage de l’entreprise dans l’espace et dans le temps, à susciter cohésion, sens et sentiment d’appartenance auprès des salariés et des habitants d’un territoire. Et demain, à encourager créativité, innovation, disruption, dans un monde canalisé par l’IA ? C’est la conviction des auteurs Solène Saint-Gilles et Jean-Philippe Zappa, partagée dans leur ouvrage paru en avril 2026, L’Intelligence artistique, comment transformer l’entreprise par la culture. Une façon de s’inscrire dans une vision à moyen et à long terme, de reprendre la main sur le passé et l’avenir, dans un présent gagné par l’immédiateté.
E. Ballery
A savoir
Fréquentation 2025 des sites et musées en Isère
3 250 500 visiteurs
(– 5 % par rapport à 2024, + 2 % par rapport à la moyenne sur trois ans)
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