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Experts — Le 27 février 2026 - Mis à jour le 27 février 2026

Dette publique : des inquiétudes à relativiser

Estimée à environ 3 500 Md€ et représentant plus de 117 % du PIB, la dette publique française est régulièrement présentée comme une source d’inquiétude majeure. En croissance forte, nourrie notamment par des déficits publics supérieurs à 5 % ces trois dernières années, elle a coûté pas moins de 52 Md€ en 2025, payés sous forme d’intérêts. Pour colossale qu'elle puisse paraître, une analyse de ses impacts ne saurait être menée sans intégrer un certain nombre de bénéfices qui lui sont associés.

Hugues Poissonnier, professeur  à Grenoble École de Management  et directeur de l’Irima.
Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de l’Irima © M. Brichet

Une analyse historique éclairante

Comme toujours, l’histoire ne manque pas de livrer des enseignements essentiels. Si l’augmentation de la dette publique française démarre au milieu des années 1970, les crises économiques ont constitué des occasions de voir sa croissance s’accélérer. La dette a ainsi bondi de 30 % entre 1974 et 1981 au moment des chocs pétroliers. Ce fut également le cas entre 1990 et 1993 sous l’effet de la forte récession économique. Plus récemment, la crise financière de 2007-2008, la pandémie de 2020 puis, dans une moindre mesure, la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine en 2022 ont joué un rôle non négligeable dans l’explosion de la dette publique. Pourtant, une récente étude de l’OFCE, publiée en 2024, estime que les différentes crises évoquées n’expliquent que la moitié de l’augmentation de la dette constatée entre 2007 et 2023. Une autre contribution essentielle à la croissance de la dette réside dans les politiques libérales qui, entre baisses des prélèvements sociaux et réductions d’impôts, ont contribué à fortement réduire les recettes. Une autre étude récente de l’OFCE révèle ainsi que, sur le dernier demi-siècle, les gouvernements de droite (qui n’ont certes pas le monopole des politiques libérales) ont davantage contribué à l’augmentation de la dette que les gouvernements de gauche (avec des progressions de 2,2 points de PIB par an en moyenne pour les vingt-quatre ans d’exercice du pouvoir par les premiers, contre 1,6 point de PIB par an pour les dix-neuf ans assurés par les seconds). 

Une analyse géographique encore plus instructive 

Il est utile de connaître les créanciers qui permettent à l’État et à de nombreux acteurs économiques de vivre à crédit. Force est ici de constater la non-neutralité du poids des créanciers étrangers. Plus de la moitié de la dette publique française (près de 55 %) est ainsi détenue par des « non-résidents », parmi lesquels figurent des fonds spéculatifs, souvent prompts à revendre leurs obligations à la première inquiétude venue. Un vrai problème potentiel puisqu’une telle situation soumet le pays à une vulnérabilité plus forte en cas de choc. Il est pourtant intéressant de constater qu'il existe pour la France, ce que les économistes qualifient de « privilège exorbitant », un avantage considérable partagé avec les États-Unis : une capacité à faire financer nos déficits, et donc notre train de vie, par l’étranger, tout en gagnant de l’argent, comme le montre une étude récente publiée par deux économistes du Cepii : si la situation de la France se caractérise par un endettement net vis-à-vis de l’étranger (avec des placements inférieurs de 670 Md€ à ce qu’elle doit au reste du monde), ses créances lui rapportent plus que ce que lui coûtent les dettes (en raison de taux d’intérêt différents). Un tel avantage repose sur la confiance dans la capacité qu’aura le pays à rembourser ses dettes. Une confiance toutefois dangereusement fragilisée par la crise politique récente et la possible instabilité à venir.

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