Yohann Croizat, Tenerrdis : La crise au Moyen-Orient envoie un signal positif pour les ENR
Yohann Croizat est arrivé comme délégué général de Tenerrdis en janvier dernier. Dans un contexte international chahuté dans lequel les enjeux énergétiques se font plus que jamais sentir, il livre sa vision du pôle pour les années à venir et dresse un panorama des filières les plus prometteuses.
En 2025, Tenerrdis a soutenu 36 projets et en a labellisé 28. Pourquoi cette différence ?
Yohann Croizat : A l’origine, les pôles ont été créés pour labelliser des projets d‘innovation. L'État avait besoin d'une organisation indépendante qui identifie ce qui était viable économiquement et socialement en termes d'innovation pour, ensuite, financer les bons projets. La labellisation n’est plus obligatoire, mais elle reste fortement recommandée pour obtenir les financements. L'effet de levier des pôles est très efficace pour la réussite des start-up et PME innovantes. Pour un euro mis par l'État, plusieurs euros sont investis par le privé, avec ce que cela engendre en termes de création d'emplois et de valeur sur nos territoires.
Jusqu'à présent, nous ne labellisions que les projets qui pouvaient être présentés à un guichet avec un financement public. Or je pense que nous allons modifier cette règle. Nous nous apercevons que cet acte de labellisation a autant de sens pour une entreprise qui souhaite investir et qui doit simplement voir son banquier.
Nous accompagnons de nombreux projets émergents. Nous en avons toujours une quarantaine, voire une cinquantaine à l’étude. Nos membres viennent nous voir pour que le pôle les aide à trouver un bon partenaire, à identifier ce qui leur manque afin que cette innovation puisse être convertie. Ou bien alors ils disposent déjà d’une innovation, mais ils ont du mal à trouver le marché ou le premier client qui viendrait financer le démarrage de la production.
La crise actuelle au Moyen-Orient rend la question de la décarbonation et de la transition énergétique encore plus prégnante. Comment vos adhérents réagissent-ils ?
Y. C. : Les entreprises ont commencé par subir les difficultés d’approvisionnement. Nous relevons aussi des membres qui ont du mal à adresser ou à continuer à adresser le marché américain. En termes de stratégie, beaucoup de questions se posent.
Mais les difficultés liées au pétrole sont potentiellement un signal “positif” pour les ENR. Cela renforce la perception qu’il s’agit d’un sujet essentiel. La Région Rhône-Alpes n'a pas attendu ce contexte national pour soutenir les industries tournées vers l'énergie, mais cela fournit un signal de réassurance qui facilite l'investissement privé et la prise de risque. Cette perception globale devrait modifier significativement les budgets nationaux et européens sur le sujet.
En termes de recherche aussi, l’innovation pourra être mieux comprise. Prenons un exemple simple : l'hydrogène. Une pile à hydrogène dans une voiture peut être perçue comme risquée. Or, il existe tout un travail pour sur-sécuriser ce système embarqué, mais cette innovation-là n'a pas été communiquée ou a été mal expliquée. Le contexte fait prendre conscience qu'il faut se tourner vers d’autres énergies que les énergies fossiles. Il y a encore un travail à faire pour que cela soit une réalité dans la conscience collective.
Quelles sont les filières les plus prometteuses pour les prochaines années ?
Y. C. : Les innovations les plus nombreuses concernent le volet consommation. Parce que les acteurs qui arrivent à moins consommer constatent tout de suite un retour sur investissement. Les industriels se sont donc emparés du sujet pour récupérer, par exemple, la chaleur fatale, celle produite indirectement par les procédés. Idem avec le CO2 produit par les industries qui pourra être utilisé pour être transformer en hydrocarbure (e-méthanol, e-kérozène, e-méthane) grâce à un procédé utilisant l’hydrogène. Dans les matériaux de construction, nous avons également beaucoup d'innovations puisque, même si le coût de production est un peu plus élevé, elles permettent au final d'économiser 10%, 20% ou même 30% de consommation.
Et du côté de la production des énergies renouvelables ?
Y. C. : Pour revenir à l'hydrogène, il s’agit, pour l'industrie, de produire un hydrogène plus vert. Sur la mobilité, par contre, la filière batterie semble prendre le pas à court terme sur l’hydrogène car, en termes de ratio puissance produite/coût pour la produire, nous sommes encore loin de la batterie. L'erreur serait d'arrêter complètement l'hydrogène, parce que nos concurrents asiatiques, eux, continuent d’investir massivement. Ils savent que c'est la technologie d'après. Si nous investissons des milliards, mais que nous ne faisons pas en sorte que les entreprises positionnées sur ce secteur trouvent leur marché, nous risquons de rater encore la rupture technologique suivante. Tenerrdis travaille d'arrache-pied sur cette filière, en partenariat avec la Région. Pour l'instant, la batterie constitue justement l'autre filière qui marche plutôt bien. Les Chinois n’utilisent pas la même technologie que nous. Elle est un peu moins performante, mais elle coûte moitié moins cher. Or, les consommateurs cherchent avant tout une voiture qui ne coûte pas trop cher et qui ait assez d'autonomie. Il y a un volte-face à réaliser pour que nous arrivions à nous repositionner avant de se faire inonder par le marché chinois.
Nous avons aussi de l'hydroélectricité. Le sujet a été bloqué pendant presque dix ans pour un litige avec l'Europe qui nous obligeait à avoir un environnement plus concurrentiel. Un compromis a été trouvé qui devrait débloquer les investissements, et donc les projets, et l'innovation sur cette filière. Ceci est de très bon augure puisque, en région et notamment à Grenoble, nous avons des fleurons de l'hydroélectricité.
Enfin, il existe un important enjeu autour des infrastructures. De nombreux chercheurs et experts avec lesquels nous travaillons se disent que le black-out qui s’est produit en Espagne pourrait arriver en France. Il existe donc de nombreuses recherches pour arriver à gérer les réseaux de façon intelligente. Dans ce domaine aussi, les logiques de souveraineté sont très importantes.
Propos recueillis par F. Combier

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