Tourisme d’affaires à Grenoble : Comment progresser en capitalisant sur les atouts de Grenoble ?
Dans une année de nouveau marquée par de fortes incertitudes géopolitiques et économiques, les professionnels du tourisme d’affaires de la région grenobloise se réinventent encore. Quelles sont leurs lignes de force ? Entre contraintes et nouvelles opportunités, comment évoluent leur stratégie et leurs modèles d’affaires ? Sur quels atouts ou plans d’action les acteurs du tourisme peuvent-ils compter en Sud-Isère pour soutenir leur activité ? Le titre de Capitale européenne de l’innovation peut-il contribuer à renforcer le dynamisme du territoire ? Chiffres-clés, indicateurs et analyses.
Avec 500 exposants, 1 000 marques et 24 500 visiteurs professionnels venus de 65 pays et de tous les continents, l’édition du 21 au 23 avril du salon Mountain Planet, à Grenoble, a tenu toutes ses promesses. De quoi redonner le sourire aux professionnels de l’accueil – hébergement, transport, restauration, consommation, visites… –, fortement mobilisés pendant ces journées. Et de formuler un nouvel adage, « quand le tourisme d’affaires va, tout va » ? C’est bien ce que sous-tend le contrat de filière « Tourisme d’affaires et événementiel », signé en juillet 2025 entre l’État et les acteurs du secteur. Avec 1 200 foires et salons, ainsi que 2 300 congrès, la France accueille chaque année 230 000 exposants pour 25 millions de visiteurs, dont plus d’un quart venu d’un pays étranger (sur un total de 100 millions de touristes internationaux passant au moins une nuit par an dans l’Hexagone). Les enjeux en termes d’image et de recettes pour les territoires sont majeurs. Le ministère délégué en charge du Tourisme a évalué à 30 Md€ les retombées économiques des événements professionnels tenus en France. En soulignant bien sûr un élément clé : les dépenses liées aux séjours des congressistes sont estimées à 268 euros par jour, quand elles s’établissent à 70 euros pour les touristes d’agrément.
Alpexpo en pleine ascension
À rebours de la conjoncture économique et de la crise géopolitique qui altère le visitorat de destinations phares, Grenoble aborde la période avec un optimisme raisonné, chiffres à l’appui. C’est en tout cas le constat dressé par Alpexpo, infrastructure majeure dans les Alpes qui réunit quatre espaces en un seul lieu : l’espace congrès (de 20 à 456 personnes, pour séminaires et réunions d’entreprise), le parc des expositions (trois halls de 42 000 m2, pour de grands salons), un centre de congrès (deux amphithéâtres de 500 et 1 500 places) et le Summum (jusqu’à 5 000 places pour les spectacles, soirées de gala…). L’agenda des manifestations de 2026 et 2027 fait le plein, entre grands rendez-vous – Destination Montagnes en janvier, Mountain Planet en avril, Conférence internationale Matériaux en novembre prochain, Sommet international des troupes de montagne en février 2027 – et événements grand public. « Nous sommes maintenant capables de répondre à tous les compartiments du jeu ! », déclare Jerôme Riff, directeur d’Alpexpo (CA compris entre 6,5 et 10 M€, selon les années paires et impaires). « Quand je suis arrivé, en 2020, le monde de l’événementiel était en désespérance. Alpexpo affichait alors chaque année 5 M€ de pertes. Les mois pendant lesquels tout était éteint, en 2020, ont permis de remettre complètement à plat notre fonctionnement et de repenser l’avenir », retrace-t-il. « Alpexpo a retrouvé toute sa vitalité. Nos performances sont au rendez-vous malgré une hausse significative des coûts. Entreprise publique, certes, mais gérée avec la rigueur et l’agilité d’un acteur privé, nous optimisons nos processus pour rester le moteur économique et culturel du territoire. ».
Une « montée en gamme » de l’événementiel
L’équipement, dont la société de gestion a déjà été reprise par la Région en juillet 2020, devrait être transféré à 100 % au Conseil régional dans les mois prochains. « Cela serait déjà fait si les élections municipales n’avaient pas retardé l’échéance », commente Nathalie Béranger, présidente de la SPL Alpexpo et élue au Conseil régional. Elle confirme un chiffre d’affaires récurrent en hausse de plus de 50 % depuis 2022. Et un visitorat en progression de 70 %. « Au-delà d’une exploitation totalement au vert, nous avons fixé des objectifs RSE, et visons une certification ISO 20121 attestant d’une gestion durable des événements », poursuit Jérôme Riff. Il restera à inscrire le planning massif de travaux, évalués entre 80 et 120 M€, et dont la mise en œuvre a été différée à la suite de la découverte de matériaux à risques dans les toitures, pour finaliser la remise à niveau complète du « parc événementiel » de Grenoble. Cette « bonne santé » du tourisme d’affaires est confirmée par l’agence Grenoble Alpes, l’établissement public créé par la Métropole, en dépit d’un contexte changeant. Son directeur, Cyril Laily, fait état d’une « montée en gamme » des événements accueillis, grâce à une politique collective des institutionnels comme des entreprises, ciblée sur des segments qui font la renommée de Grenoble, comme l’innovation, la science, les technologies ou l’univers de la montagne. Par ailleurs, les efforts de promotion à l’étranger font progresser la part de la fréquentation internationale dans le visitorat à Grenoble, qui passe de 29 % en 2024, à 33 % en 2025.
Répondre aux attentes très spécifiques des clientèles business
« L’attractivité du CEA Minatec, de l’Université Grenoble Alpes et du CHU sur la tenue des congrès scientifiques ou médicaux à Grenoble est significative dans le processus de candidature, en complémentarité avec les politiques métropolitaines et le soutien de Grenoble Alpes Métropole. Et globalement, c’est toute la destination Grenoble Alpes qui en bénéficie et accompagne cette montée en gamme, poursuit le directeur. Même si la CCI de Grenoble limite désormais dans ses murs l’accueil des événements à ses partenaires, le relais pris par la Maison Minatec et l’Université notamment, fonctionne. Côté hébergement, les hôtels ont investi pas moins de 50 M€ en cinq ans, avec une offre adaptée couvrant toutes les attentes. Ils mettent en place des hébergements innovants en coliving, en coworking, pour s’adapter aux nouvelles demandes. La percée de plateformes, comme Airbnb ou Booking, plafonne à présent à un peu plus de 37 % des nuitées marchandes totales constatées sur la Métropole. »
Structurer l’offre autour de couples marchés-produits
L’agence Grenoble Alpes a aussi mis en place en 2025 le G-Pass Business, ouvrant l’accès aux transports en commun de MRéso et à des réductions d’établissements partenaires en ville (sur 24, 48 ou 96 heures) pour la clientèle d’affaires. Elle s’emploie à mettre en place une offre de services adaptés pour répondre à des attentes très spécifiques : spécifiques : bagagerie, accès coworking, visites spécifiques en lien avec le titre de Grenoble Capitale verte européenne et maintenant de Grenoble Capitale européenne de l’innovation. « Ces deux distinctions européennes représentent un atout unique. Il est possible de lire, depuis la Bastille, la place historiquement tenue par le développement de l’innovation et de l’excellence à Grenoble. Nous devons répondre à l’intérêt des publics sur le sujet », annonce Cyril Laily.
Pour véritablement accompagner la montée en gamme, les professionnels du secteur militent toutefois pour la création d’un vrai lieu réceptif en centre-ville, susceptible d’accueillir les délégations étrangères ou les soirées de gala des congressistes. « L’ancien musée de Peinture, situé en face de la préfecture, serait idéal pour remplir cette vocation », plaide Danièle Chavant, présidente de l’Umih. Tous sont aussi en demande d’une amélioration de la sécurité et de la propreté de la ville, véritables freins à l’attractivité. Si la fréquentation des touristes d’affaires est donc plutôt au vert, le point le plus dur demeure celui de la clientèle de week-end, insuffisante en raison de l’image encore négative du territoire au plan national. « Nos hôtels situés dans l’agglomération bénéficient d’une bonne fréquentation en milieu de semaine, ou le week-end en hiver quand les touristes gagnent les stations. Mais sur les ailes de la semaine ou de saison, nos taux d’occupation sont trop faibles, ce qui rejaillit sur nos résultats à l’année. Et nos prix plafonnent : dans ma catégorie, Valence dépasse désormais Grenoble », témoigne Michel Garnier, directeur d’Okko Hotels Grenoble et membre du bureau du Club hôtelier.
En saison ou le week-end, les massifs environnants ou les sites patrimoniaux concentrent les visiteurs, mais Grenoble peine encore à ressortir comme une destination touristique à part entière. Néanmoins, là encore, des nouveautés apparaissent, organisées autour de couples marchés-produits plus pertinents. L’accueil des cyclotouristes s’organise. Et au-delà des touristes du nord de l’Europe, férus d’outdoor, la destination Grenoble Alpes fait une percée en 2025 auprès de la clientèle espagnole, qui se hisse à présent au deuxième rang des touristes étrangers : « Nous constatons de nouveaux flux de visiteurs, fuyant le surtourisme et en recherche d’atouts comme la qualité de l’hébergement, la gastronomie, le patrimoine… Nous capitalisons sur cela en complément de la continuité de nos autres actions », confirme Cyril Laily.
Priorité à un « tourisme d’exploration »
Pour le Département, l’offre qui se bâtit en Isère n’exclut pas, et même sert directement, celle proposée en centre-ville. C’est ici plutôt le prolongement du séjour, à partir de la multiplication des centres d’intérêt, qui est visé. En témoigne l’ouverture, en 2022, du musée Champollion, à Vif, qui sera bientôt suivie, dès 2027-2027, par la création d’un douzième musée départemental, portant sur l’histoire de Vienne. L’angle retenu, à côté de l’offre outdoor et de la promotion de la montagne, est clairement culturel. « Malgré la rigueur qui frappe les budgets des collectivités, le Département n’a réalisé aucune coupe sombre sur la culture ces dernières années, soutient Christophe Suszylo, vice-président du Département en charge du tourisme et de l’attractivité.
Les 11 musées départementaux, comme leurs parcs et jardins, sont et resteront gratuits. Des visiteurs sont au rendez-vous des politiques dynamiques d’exposition temporaire menées par les équipes : le musée Champollion a par exemple vu en 2025 sa fréquentation augmenter de plus de 30 % grâce à l’exposition « Curieuses momies ». La stratégie du Département est ainsi de franchir le cap d’un tourisme de passage à un tourisme de découverte : « Notre message est simple : venez explorer l’Isère », résume le directeur d’Isère Attractivité. Combiner, et même faire se rejoindre le tourisme d’affaires avec celui de la découverte et de l’exploration ? Voilà tout l’enjeu des grandes destinations. À conjuguer avec la notoriété, de Grenoble sur l’innovation, couronnée par la labellisation européenne en 2026.
Infos clés
LE TOURISME D’AFFAIRES ET LE TOURISME EN 2025
DANS L’AGGLOMÉRATION GRENOBLOISE
Nombre de nuitées marchandes : 1,719 million en 2025
Part de touristes internationaux : 33 % (29 % en 2024)
(sur les 109 529 personnes accueillies par Grenoble Alpes Tourisme)
Source : Grenoble Alpes Tourisme
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