Faire de la baisse des dépenses de R&D une opportunité ?
Une étude réalisée par le cabinet Odoxa pour l’Association des conseils en innovation a mis en évidence un net recul des dépenses de R&D des entreprises françaises (baisse moyenne de 24 % pour 342 entreprises interrogées, dont 36 % affirmant les avoir réduites en France depuis la modification en 2025 des critères d’éligibilité du crédit d’impôt recherche). La R&D reste donc considérée comme une variable d’ajustement lorsque la conjoncture devient difficile et que les aides publiques se tarissent. Une telle situation n’est pas observée en Allemagne, aux États-Unis et au Japon, où les cultures de l’innovation rééquilibrent les tendances au court-termisme financier.
Des origines multiples aux conséquences non négligeables…
Plusieurs évolutions récentes ont contribué à la forte réduction des dépenses de R&D des entreprises françaises. À l’augmentation des taux d’intérêt et au ralentissement économique s’ajoutent des difficultés liées à la hausse des coûts énergétiques ainsi qu’à une pression réglementaire plus forte dans certains secteurs. Le renforcement des concurrences américaines et chinoises, elles-mêmes très subventionnées, a sans doute contribué à décourager des entreprises de jouer la carte de l’« exploration », devenue plus risquée, au profit de l’« exploitation » des investissements passés, pour reprendre les termes de James March. Si de tels choix répondent aux objectifs d’amélioration de la trésorerie à court terme, ils risquent de se traduire par des conséquences dommageables à plus long terme, dont un décrochage technologique de nature à affaiblir des secteurs encore dominants aujourd’hui, du fait des efforts passés (aéronautique, santé, énergie…). La fuite des talents, déjà amorcée au bénéfice de certains pays asiatiques ou de la Suisse, est également à craindre à court terme.
… mais une occasion de repenser la R&D et l’innovation
La réduction des dépenses de R&D peut cependant, et de façon paradoxale, avoir des effets bénéfiques. Trop souvent, l’innovation est appréhendée comme une finalité. Repenser cette dernière est une occasion de la remettre à sa juste place, celle d’un moyen au service d’une finalité. Celle-ci peut prendre la forme du progrès (apprécié dans ses dimensions économique, sociale, environnementale…). À bien y regarder, il existe des innovations dont l’impact en matière de progrès reste très discutable, pour ne pas dire négatif. Mieux sélectionner les dépenses de R&D peut se révéler vertueux, en renforçant la pertinence des innovations visées. Au-delà des résultats, les moyens privilégiés peuvent également évoluer vers des modalités collaboratives bienvenues. Plusieurs études témoignent de la pertinence de l’innovation collaborative du point de vue de l’enracinement de l’activité et de l’emploi sur un territoire, mais aussi de la capacité renforcée à atteindre des résultats ambitieux.
L’adversité et le renforcement des contraintes pesant sur nos entreprises peuvent donc, comme souvent, se révéler féconds et porteurs d’opportunités nouvelles, pour peu que des choix éclairés soient mis en œuvre.

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